Pour continuer sur la Supply chain à l’épreuve du Covid.

Alors que la pandémie met à l’arrêt une partie des économies mondiales – et notamment occidentales -, le fonctionnement des supply chain est bouleversé. Les ruptures et les pénuries se succèdent à un rythme inédit, mettant en lumière la fragilité de tout un système. La notion d’espace et de temps doit être questionnée. Elle va amener dans les prochains mois à de profondes modifications, car il faudra bien tirer les leçons de cet événement inédit, spectaculaire et dramatique.

La pandémie met à l’arrêt une partie des économies, le fonctionnement des supply chain est bouleversé. Les ruptures et les pénuries qui se succèdent mettent en lumière la fragilité de tout un système. La notion d’espace et de temps doit être questionnée. Elle conduira à de profondes modifications, car il faudra bien tirer les leçons de cet événement inédit, spectaculaire et dramatique.

Le temps…

Ce fameux temps réel que les supply chain managers et autres dirigeants vantaient il y a peu, se révèle aujourd’hui bien chahuté. Ainsi, les sources d’approvisionnement, les unités de production et les circuits de distribution ont été mis en réseau à l’échelle de la planète.  Hyperconnectés, ils permettent en quasi-temps réel de situer les stocks, les marchandises en transit, à coup de block chain, de RFID (Radio Frequency Identification) et autre full web.

Sauf que cette force est aussi le point faible des supply chains hypermondialisées.

En effet, la situation actuelle donne raison à celles et ceux qui, depuis des années, pointent du doigt parfois les risques, parfois l’absurdité de certaines décisions de (dé)localisation, de gestion des flux.

L’espace et le temps …

Des produits font le tour de la planète là où le bon sens appellerait à un design des supply chain plus compatibles avec les impératifs de gestion des risques, de maîtrise des ressources ou de diminution de l’empreinte carbone par exemple. Il aura fallu cette crise brutale pour que, la touche pause enclenchée, nous regardions effarés ce système dont la logique – peu remise en cause hier – apparaît aujourd’hui comme folle.

Des supply chain pharmaceutiques en passant par l’agroalimentaire, le textile, l’électronique, l’automobile, le luxe par exemple : ce sont des pans entiers de nos économies qui sont touchés (1).

Alors, retour vers le futur ? Allons-nous revoir les notions d’espace et de temps le jour d’après Covid-19 ?

Pour cela, il faudra avec lucidité, secteur par secteur, à l’échelle nationale et supranationale (l’Europe), prendre des décisions prenant en compte à la fois la sécurisation des filières, leur rentabilité économique et leur impact écologique. Il n’est pas question ici d’ultra-protectionnisme et de fermeture des frontières : la Chine restera le principal pays producteur de terres rares, la France continuera à exporter ses vins et les Etats-Unis seront toujours leaders du Web. Non, il est question ici de réinventer des modèles de chaînes localisées à l’échelle d’un territoire (une région, un pays, un ensemble de pays proches des bassins de consommation) – ce que l’on appelle les relocalisations au sens large ou péricentrales (2). Ces mouvements ont déjà démarré, bien avant la crise du Covid-19. On peut aujourd’hui prédire que la source principale d’avantages concurrentiels des entreprises va résider sur leur capacité à maîtriser leurs chaines et donc sur leur résilience, leur plasticité, et leur agilité. Ainsi, les entreprises capables de continuer leur activité ou demain de la redémarrer rapidement sont celles qui ont préalablement développé un schéma industriel équilibré, c’est-à-dire intégrant dans une même zone de consommation les unités d’approvisionnement, de production et de logistique. Pour les autres, il va s’agir de s’inspirer de ces modèles : le made-in-France  ou in-Europe va reprendre des couleurs.

Les mantras d’hier ne seront peut-être plus ceux de demain…

Les flux tendus et le juste-à-temps montrent leurs limites (mais à d’autres occasions, ces limites avaient déjà été testées : catastrophes naturelles, grèves… avec peu de leçons tirées). Le fait que des secteurs stratégiques comme l’industrie pharmaceutique aient, par la délocalisation, insécurisé leurs approvisionnements en composants stratégiques en dit long sur la myopie généralisée des décideurs. Le coût d’achat a ainsi été privilégié au coût global – le contraire de ce que nous sommes nombreux à enseigner à nos étudiants !

L’absence de main d’œuvre qualifiée ou son trop faible nombre dans certains secteurs va nécessairement être un sujet fort : la formation professionnelle va avoir demain son rôle à jouer, la mobilité de la main d’œuvre et sa sécurisation seront aussi à questionner, y compris pour des activités demandant peu de qualification (la pénurie de saisonniers pour récolter les fruits et les légumes s’annonce déjà).

Enfin, le bilan carbone des entreprises va peut-être (enfin ?) être pondéré plus fortement, encourageant ainsi, autant que faire se peut, les circuits courts. Car, plus largement, le développement durable et la RSE peuvent être des lignes directrices pour reconstruire des modèles économiques solides, plus respectueux de l’environnement et des relations sociales.

(1) KYU Associés, Covid-19 : Impacts et résilience des Supply Chain – 17 Mars 2020
(2) Fernandes, V. (2012). Reverse offshoring and value creation: a theoretical framework. The European Business Review, sept-oct, 92-96.

Par Valérie Fernandes – La Rochelle Business School Excelia Group, professeur, pôle supply, purchasing & project management, doyen du corps professoral

Achats et Gestion des Risques ou la Supply Chain à l’épreuve du Covid 19

Une interview intéressante de Laurent Giordani sur les rapports entre  le département achats et le risk management. Une mise en perspective concrète qui souligne l’intérêt de penser de manière globale le dispositif opérationnel de continuité d’activité (en particulier concernant les relations fournisseurs)

Le risk management ne peut plus être le parent pauvre des politiques achats »

Comment les achats peuvent-il anticiper la relance? Quels enseignements tirer de cette crise? Quelle stratégie achats pour demain? L’avis de Laurent Giordani, associé du cabinet de conseil en management Kyu Associés, responsable de l’expertise Risk Management.

Quelles doivent être, selon vous, les points de vigilance prioritaires des services achats en cette période compliquée ?

Avant tout, il s’agit de ne pas s’éparpiller dans ce contexte particulièrement dense. Le premier point de vigilance, c’est l’évolution des besoins. A charge pour les achats d’être bien connectés aux donneurs d’ordre internes pour transmettre le bon signal aux fournisseurs.

Le deuxième point de vigilance est bien entendu l’évaluation des impacts sur les capacités. C’est plus que jamais le moment de suivre et mettre à jour son rating de risque fournisseur, à la fois sur les aspects opérationnels – production, approvisionnements, stocks, distribution – et santé financière. Cela passe par une connexion étroite et suivie avec ses partenaires clé, qui doivent eux-mêmes conduire la même démarche.

Enfin, le troisième point de vigilance est la capacité des fournisseurs à organiser la continuité et la reprise d’activité. Dans un baromètre des Risques Supply Chain que nous avons réalisé en décembre dernier, seuls 40% des répondants affirmaient disposer d’un Plan de Continuité d’Activité opérationnel. Au-delà de l’ampleur inédite et imprévisible de cette pandémie, cela montre le manque de préparation des entreprises en général à gérer des crises majeures et réagir efficacement.

Comment peuvent-ils aider à pérenniser l’activité économique de l’entreprise ? Doivent-ils rompre les contrats en cours si les produits ne sont pas de prioritaires pour eux ?

Il n’y a pas de réponse générale, c’est vraiment du cas par cas à l’échelle de l’entreprise voire même du fournisseur. Mais pour ne pas affecter encore plus la capacité de reprise, mieux vaut éviter au maximum les annulations pour ne pas aggraver la santé financière des fournisseurs fragiles. Dans la mesure du possible, il faut plutôt privilégier des décalages de planning.

Comment identifier rapidement les fournisseurs stratégiques en difficulté et quelles mesures mettre en oeuvre pour les préserver ?

Il n’y a pas de recette miracle. Malgré le confinement, c’est le moment d’être hyper connectés avec ses partenaires. Une cellule de crise doit être activée pour aligner les projections et suivre un plan d’actions commun. Il s’agit aussi d’amener ses partenaires clés à déployer ce type de dispositif en cascade avec leurs fournisseurs pour essayer de couvrir l’ensemble de la chaîne.

Attention toutefois au terme stratégique. Il ne concerne pas que le top 10 des fournisseurs en termes de chiffres d’affaires, mais bien les fournisseurs dont la capacité est incontournable. Hyundai a par exemple été contraint, fin février, d’arrêter la plus grosse usine d’assemblage du monde pour une rupture de composants de câblage de faible valeur.

Les plus fragiles auront avant tout besoin de soutien financier, via des commandes ou une réduction des délais de paiement. Système U a par exemple décidé de payer comptant les PME fournissant des produits locaux. Autre type de support : la capacité d’analyse. Comme nous le disions précédemment, beaucoup d’entreprises ne sont pas préparées à la gestion de crise. Un support méthodologique et des capacités d’analyse peuvent leur permettre de prendre les bonnes décisions et maintenir la tête hors de l’eau.

Est-il possible d’identifier de nouveaux fournisseurs afin de limiter la pénurie des approvisionnements ?

Là encore, il n’y a pas de réponse générique. Entre qualifier une nouvelle source de principe actif dans l’industrie pharmaceutique ou trouver un nouveau façonnier pour une enseigne de mode, ce ne sont clairement pas les mêmes implications. Reste à savoir s’il est plus pertinent de chercher à trouver un nouveau fournisseur ou de se consacrer à accompagner la reprise du panel existant. Comme la crise est à présent mondiale, peu de fournisseurs vont échapper aux perturbations…

Plus qu’une logique de pallier les ruptures, le sourcing doit servir à mieux équilibrer le potentiel de risque face aux futurs développements de la crise. Si, par exemple, 90% de la capacité est répartie entre l’Inde et le Bangladesh, il est plus qu’urgent de trouver des sources alternatives !

Comment les achats peuvent-ils anticiper la relance ? Est-il possible de préempter des stocks ?

Oui, c’est possible et c’est même indispensable dans un certain nombre de cas. Qu’il s’agisse de composants clé type électronique ou d’équipements de protection, les achats doivent anticiper les pénuries pour être les premiers servis. Les fluctuations des cours sur les matières premières sont aussi à surveiller pour prendre les bonnes options.

Au-delà des stocks, il faut aussi négocier des réservations de capacité industrielles et logistiques. Et concernant les masques de protection, cela peut même aller jusqu’à développer de nouvelles capacités, vu la concurrence à l’achat actuelle et à venir.

Quels sont, selon vous, les premiers enseignements à en tirer pour établir les futures politiques achats ?

L’enseignement majeur est que le Risk Management ne peut plus être le parent pauvre des politiques achats face aux enjeux de compétitivité. La résilience doit nécessairement être revalorisée dans les choix de sourcing et de schémas industriels.

La présence d’un dispositif de Risk Management chez le fournisseur n’est plus suffisante, il faut mesurer sa qualité et en faire une partie prenante des critères de mieux disance.

Quels seront, demain, les grands axes de réflexion à privilégier en termes d’achats ?

Il est encore tôt pour le dire. Mais a minima, les achats devront répondre aux trois enjeux mis en évidence par cette crise : la maîtrise, l’agilité et la résilience.

Après cette crise, il ne sera plus acceptable de ne pas avoir de visibilité sur ses fournisseurs au-delà du rang 1. Nombreux sont ceux qui sont encore dans ce cas et qui auront perdu un temps précieux et connu de mauvaises surprises.

Il faudra également se donner les moyens d’être plus agiles. L’équilibrage des capacités, et donc des risques, devra être mieux balancé face à la massification à outrance.

Le dernier axe de réflexion porte sur la continuité d’activité. Développer un dispositif opérationnel de continuité d’activité va devenir un pré-requis. Mais pour que le dispositif assure le bon niveau de résilience à un coût acceptable, il faut aussi le penser de manière globale entre les donneurs d’ordre et leurs partenaires stratégiques. Cela pourrait être une évolution majeure dans la manière de penser et d’organiser sa relation fournisseur.

Pensez-vous qu’il va y avoir une vague massive de relocalisation, de priorité aux achats locaux ?

Massive, certainement pas. Ce pourra être le cas pour certaines productions stratégiques s’il y a une impulsion politique forte pour privilégier l’indépendance vis-à-vis de la Chine à la rentabilité économique. Pour le reste, la compétitivité restera nécessairement un facteur clé qui ne permettra pas de rebasculer totalement vers des achats locaux. Dans un certain nombre de secteurs les savoir-faire ne sont également plus là et sont monopolisés par l’Asie.

En revanche, il est souhaitable de ré-équilibrer ses schémas industriels pour répondre aux enjeux de maîtrise, d’agilité et de résilience. Une intégration plus forte des savoir-faire et la production en zone pour zone sont clairement des réponses à ces enjeux et doivent être intégrées dans les stratégies achats.

Publié par Aude Guesnon le 7 avr. 2020

Les normes ISO font partie de la Soft-Law adoptée par les entreprises pour gérer leurs risques. L’AFNOR présente une norme pour le management des Plans de Continuité d’Activité.

Coronavirus : avez-vous votre plan de continuité d’activité ?

En ce temps de crise sanitaire, les entreprises constatent avec effroi leur impréparation. Anticiper toute perturbation pour y laisser le moins de plumes possible : voilà l’objectif d’un système de management de la continuité d’activité. Et c’est une norme volontaire qui en donne les lignes directrices : ISO 22301. Exceptionnellement, l’AFNOR permet de la consulter gratuitement.  Vous pouvez la consulter gratuitement.

La crise sanitaire que traverse la planète en ce début de printemps 2020 a mis en lumière deux sigles désormais mondialement connus : COVID-19 et FFP2. Le premier désigne le fameux virus ; le second le type de masque censé nous en protéger. Chez AFNOR, on se permettra d’ajouter trois autres sigles qui tombent fort à propos : SMCA, PCA et ISO 22301.

ISO 22301 : le management de la continuité d’activité

Un SMCA, c’est un système de management de la continuité d’activité. Le PCA est son bras armé : le plan de continuité d’activité. Ces deux outils sont décrits dans une norme volontaire internationale : ladite  ISO 22301, dont la dernière version date de novembre 2019 et qu’AFNOR vous propose de consulter gratuitement dans sa boutique en ligne. Pourquoi vous en parler maintenant ? Simplement parce que dans le monde de l’entreprise, il est important d’anticiper une crise, afin de la traverser sans trop de dégâts et de s’en remettre rapidement. « La norme spécifie les exigences pour mettre en œuvre, maintenir et améliorer un système de management afin de se protéger contre les perturbations, réduire la vraisemblance de leur survenance, s’y préparer, y répondre et se rétablir lorsqu’elles se produisent », résume Nicolas Scuto, chef de projet chez AFNOR Normalisation, qui anime le groupe de professionnels ayant mis à jour le document pour la France.

« Inondation, pandémie, coupure du câble télécom dans la rue à cause d’une pelleteuse maladroite… En entreprise, toute perturbation, petite ou grosse, provoque un ralentissement ou une rupture de production, de livraison, de prestation de service, expliquent Yves Mérian et François Tête, membres du Club de la continuité d’activité et contributeurs actifs à la norme, côté français. ll y a dix ans, on attendait six mois, on se faisait indemniser par les assurances et on repartait. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Imaginez des libraires à l’arrêt, qui mettent deux mois à reprendre leur activité : entre temps, le marché sera pris par Amazon et consorts ! » Pratique : le Club de la continuité d’activité met à disposition un guide de mise en place d’un SMCA selon la norme ISO 22301 Guide dans une ETI ou une PME. Vous pouvez aussi vous passer par la case formation : AFNOR Compétences a ouvert une « classe virtuelle » pour apprendre à mettre en place un plan de continuité de l’activité (7 heures, 500 € HT).

ISO 22301 : savoir apprécier les risques et définir les priorités

Dans l’entreprise, il faut désigner un pilote chargé de déployer, suivre et faire évoluer le SMCA. Ce pilote est souvent assisté d’un consultant extérieur, qui aide à sa mise en place. Le SMCA a aussi son référent au Comex. « Cette personne doit bien connaître l’environnement dans lequel l’entreprise évolue, savoir apprécier les risques et avoir le sens des priorités. Elle doit aussi avoir accès à tous les niveaux de l’organigramme, aux fonctions support comme l’informatique et aux services extérieurs comme la médecine du travail. C’est indispensable pour identifier quels sont les postes les plus exposés et les collaborateurs les plus vulnérables, dans le respect du secret médical », soulignent Yves Mérian et François Tête.

A charge, pour elle, de mener sur ces bases un bilan d’impact sur les activités (Business Impact Analysis en anglais, ou BIA). Cet exercice permet de définir des priorités (quel poste, quel équipement, quelle usine mettre à l’arrêt en premier et en dernier recours ?), des délais d’interruption acceptables (plusieurs heures, jours, semaines ?), des effectifs critiques (que faire sans la hotline informatique, sans service courrier ?). S’ensuit plusieurs scénarios qui doivent être finement étudiés : interruption partielle, interruption totale, délocalisation, télétravail généralisé, etc. Et c’est sur ces bases que le fameux PCA, le plan de continuité d’activité, définit les solutions (stratégiques) et mesures (opérationnelles) à mettre en œuvre, en fonction de la situation : plages horaires d’ouverture, modalités de télétravail, roulement d’effectifs, travail dominical, animation de la cellule de crise.

ISO 22301 : amélioration continue et outil de résilience

On le voit, le management de la continuité d’activité touche de près la gestion de crise, elle aussi objet d’une norme volontaire, XP CEN/TS 17091 (août 2019). La cellule de crise choisira les solutions du PCA les plus adaptées, voire en inventera de nouvelles, en toute agilité. Car, il faut bien le reconnaître : « En gestion de crise, on constate souvent que le PCA n’avait pas vu juste pour la crise en question. Car il n’y a pas deux crises qui se ressemblent ! », indiquent Yves Mérian et François Tête, prenant l’exemple de la répartition des masques dans la crise actuelle du coronavirus. C’est pourquoi un SMCA doit se penser en amélioration continue : les leçons d’une crise doivent venir enrichir le plan, pour mieux gérer la crise d’après. C’est le concept de RETEX : le retour d’expérience. »

Bref, la norme ISO 22301 doit figurer au-dessus de la pile au siège de l’entreprise. « Ceux qui l’ont adoptée ne le regrettent pas et se disent mieux armés », conclut François Tête, citant son cas personnel : « Je préside un conseil syndical d’immeuble, et je peux vous dire que cela m’est utile actuellement pour définir quel traitement réserver aux occupants âgés, que faire pour le nettoyage, comment sortir les poubelles… » Une crise fait toujours des dégâts, mais bien gérée, ces dégâts se trouvent minimisés.

Deux articles sur les risques liés au télétravail. Le 1er dresse un état de la situation (télétravail en période de confinement), identifie les principaux risques, fait des recommandations pour les atténuer. Le 2ème (visionnaire) paru en 2018 rappelle le contexte réglementaire qui accentue l’intérêt des entreprises pour ce risque à savoir le RGPD ; il est ce que j’appelle dans mes travaux un amplificateur de risque.

Recommandations de sécurité informatique pour le télétravail en situation de crise

La situation de crise et de confinement liée à l’épidémie du CORONAVIRUS – COVID-19 engendre une intensification du recours au télétravail. Pour beaucoup d’employeurs et de collaborateurs, cette situation inédite et qui va s’inscrire dans la durée, n’avait pas été anticipée. Une mise en œuvre non-maîtrisée du télétravail peut augmenter considérablement les risques de sécurité pour les entreprises ou organisations qui y recourent. Elle peut même mettre en danger leur activité face à une cybercriminalité qui redouble d’efforts pour profiter de cette nouvelle opportunité.
En complément des 
mesures générales de vigilance cybersécurité publiées sur la crise du CORONAVIRUS – COVID-19, cet article décrit les conseils de Cybermalveillance.gouv.fr tant pour les collaborateurs que pour les employeurs afin de limiter les risques de sécurité informatique liés au télétravail.

État de la situation

La crise sanitaire mondiale du CORONAVIRUS – COVID-19 a nécessité la mise en place de mesures de confinement et de stricte limitation des déplacements aux seuls motifs indispensables. Face à cette situation exceptionnelle et inédite, les entreprises, associations, administrations ou collectivités qui en avaient la possibilité ont dû mettre en place le télétravail pour préserver au moins les activités essentielles que ce mode de fonctionnement peut permettre.

Certaines de ces organisations étaient déjà préparées au télétravail, mais pas pour y faire face de manière aussi massive et en s’inscrivant autant dans la durée.

Pour beaucoup d’autres organisations, la mise en place du télétravail a dû se faire dans l’urgence, voire elles ont dû l’initier « à distance » avec des collaborateurs confinés et sans réelle maîtrise des mesures de sécurité à mettre en place pour protéger de manière satisfaisante le système d’information de l’organisation.

Dans certains cas, et faute d’avoir pu déployer les moyens nécessaires, le télétravail s’opère même depuis les équipements personnels des collaborateurs, dont le niveau de sécurité ne peut pas être évalué et encore moins garanti.

Parallèlement, on peut observer dans cette crise du CORONAVIRUS – COVID-19 une intensification des activités de cybercriminels qui, comme dans toute situation exceptionnelle, cherchent à profiter de l’aubaine et des vulnérabilités induites.

Cette situation engendre une augmentation des risques de cybermalveillance pour les organisations qu’il est indispensable de juguler au mieux sous peine de dommages considérables.

Principaux risques et cybermenaces liés au télétravail

Avec l’intensification du télétravail, les cybercriminels vont chercher à mettre à profit la possible désorganisation et confusion des entreprises et organisations, ainsi que la dématérialisation des procédures qui en résulte, pour intensifier leurs attaques.
Les principales cyberattaques que l’ont peut envisager sont :

– L’hameçonnage (phishing) : Messages (email, SMS, chat…) visant à dérober des informations confidentielles (mots de passe, informations personnelles ou bancaires) en usurpant l’identité d’un tiers de confiance. Conséquences possibles : piratage de comptes professionnels de messagerie ou d’accès aux systèmes d’information de l’organisation, intrusion sur le réseau de l’entreprise, rançongiciels (ransomware), fraude aux faux ordres de virement… En savoir plus.

– Les rançongiciels (ransomware) : Attaque qui consiste à chiffrer ou empêcher l’accès aux données de l’entreprise et à généralement réclamer une rançon pour les libérer. Ce type d’attaque s’accompagne de plus en plus souvent d’un vol de données et d’une destruction préalables des sauvegardes. Ces attaques sont généralement rendues possibles par une intrusion sur le réseau de l’entreprise, soit par ses accès à distance, soit par la compromission de l’équipement d’un collaborateur. Conséquence : arrêt de l’activité de l’entreprise, perte de données… En savoir plus.

– Le vol de données : Attaque qui consiste à s’introduire sur le réseau de l’entreprise, ou sur ses hébergement externes (cloud), pour lui dérober des données afin de la faire « chanter », ou de les revendre, ou encore de les diffuser pour lui nuire. Comme pour les rançongiciels (cf. supra), ces attaques sont généralement possibles par une intrusion dans le réseau ou sur les systèmes hébergées de l’entreprise via ses accès à distance ou bien encore par la compromission du poste d’un collaborateur. Conséquences : atteinte à l’activité et à l’image de l’entreprise ou de l’organisation.

– Les faux ordres de virement (FOVI/BEC) : Escroquerie réalisée, parfois suite au piratage d’un compte de messagerie, par message et même téléphone, en usurpant l’identité d’un dirigeant ou d’un de ses mandataires, d’un fournisseur ou d’un prestataire, voire d’un collaborateur, pour demander un virement exceptionnel et confidentiel, ou un changement des coordonnées de règlement (RIB) d’une facture ou d’un salaire. Conséquence : perte financière pour l’entreprise ou l’organisation.

« Bien connaître les risques permet de mieux détecter les attaques et de comprendre l’intérêt des mesures de sécurité à appliquer. »

10 recommandations de sécurité pour les télétravailleurs

Vous êtes confinés et devez avoir recours au télétravail pour maintenir votre activité. Vous ne disposez parfois pas d’équipement professionnel pour télétravailler et devez le faire avec vos moyens informatiques personnels (ordinateur, tablette, téléphone, comptes de messagerie…).
Afin de préserver au mieux la sécurité de votre entreprise, appliquez les 10 recommandations suivantes :

  1. Si vous disposez d’équipements professionnels, séparez vos usages : Séparez bien vos usages professionnels et personnels au risque de les confondre et de générer des fautes de sécurité qui pourraient être préjudiciables à votre entreprise. L’activité professionnelle doit se faire sur vos moyens professionnels et seulement sur vos moyens professionnels et l’activité personnelle doit se faire seulement sur vos moyens personnels. En savoir plus.
  2. Appliquez strictement les consignes de sécurité de votre entreprise : Ces mesures de sécurité visent à protéger votre entreprise, donc votre activité. Si vous rencontrez des difficultés à appliquer les mesures prescrites, remontez l’information et demandez conseil à votre entreprise, mais ne les contournez pas de votre propre chef, car vous n’êtes probablement pas en mesure d’apprécier l’étendue des risques que vous pourriez prendre et faire prendre à votre entreprise
  3. Ne faites pas en télétravail ce que vous ne feriez pas au bureau : A fortiori sur vos équipements professionnels si vous en disposez. Ayez une utilisation responsable et vigilante de vos équipements et accès professionnels. Si vous utilisez vos moyens personnels en télétravail, ayez conscience que vos activités personnelles peuvent faire prendre un risque aussi à votre entreprise, redoublez donc d’attention et de prudence.
  4. Appliquez les mises à jour de sécurité sur tous vos équipements connectés (PC, tablettes, téléphones…) : Et ce dès qu’elles vous sont proposées afin de corriger les failles de sécurité qui pourraient être utilisées par des pirates pour s’y introduire et les utiliser pour attaquer le réseau de votre entreprise au travers de vos accès. En savoir plus.
  5. Vérifiez que vous utilisez bien un antivirus et scannez vos équipements : Vérifiez que tous vos équipements connectés (PC, téléphones, tablettes…) sont bien protégés par un antivirus, qu’il est bien à jour, et effectuez une analyse complète (scan) de vos matériels. Si un matériel ne peut avoir d’antivirus, évitez le plus possible de l’utiliser pour accéder au réseau de votre entreprise.
  6. Renforcez la sécurité de vos mots de passe : Utilisez des mots de passe suffisamment longs, complexes et différents sur tous les équipement et services auxquels vous accédez, qu’ils soient personnels ou professionnels. La majorité des attaques est due à des mots de passe trop simples ou réutilisés. Au moindre doute ou même en prévention, changez-les et activez la double authentification chaque fois que cela est possible. En savoir plus.
  7. Sécurisez votre connexion WiFi : Le télétravail s’opère en général principalement sur votre connexion WiFi personnelle. Il est donc primordial de bien la sécuriser pour éviter toute intrusion sur votre réseau qui pourrait être utilisée pour attaquer votre entreprise. Utilisez un mot de passe suffisamment long et complexe (voir plus haut) et assurez vous que vous utilisez bien le chiffrement de votre connexion en WPA2. Pensez également à mettre à jour régulièrement votre « box Internet » en la redémarrant ou depuis son interface d’administration.
  8. Sauvegardez régulièrement votre travail : La sauvegarde est le seul moyen permettant de retrouver ses données en cas de cyberattaques, mais également en cas de panne ou de perte de son équipement. Si vous en avez la possibilité, sauvegardez régulièrement votre travail sur le réseau de l’entreprise ou les moyens qu’elle met à disposition à cet effet, mais aussi sur un support externe à votre équipement (clé ou disque USB) que vous débranchez une fois la sauvegarde effectuée. En savoir plus.
  9. Méfiez-vous des messages inattendus : Que ce soit par messagerie (email, SMS, chat…) en cas de message inattendu ou alarmiste, demandez toujours confirmation à l’émetteur par un autre moyen. Il peut s’agir d’une attaque par hameçonnage (phishing) visant à vous dérober des informations confidentielles (mots de passe), de l’envoi d’un virus par pièce-jointe ou d’un lien qui vous attirerait sur un site piégé, ou encore d’une tentative d’arnaque aux faux ordres de virement (voir menaces supra).
  10. N’installez vos applications que dans un cadre « officiel » et évitez les sites suspects : Sur vos équipements professionnels, n’installez de nouvelles applications qu’après l’accord de votre support informatique. Sur vos équipements personnels utilisés en télétravail, n’installez des applications que depuis les sites ou magasins officiels des éditeurs (exemple : Apple App Store,Google Play Store) pour limiter les risques d’installation d’une application piégée pour pirater votre équipement. De même, évitez les sites Internet suspects ou frauduleux (téléchargement, vidéo, streaming illégaux) qui pourraient également piéger vos équipements.

12 recommandations de sécurité liées au télétravail pour les employeurs

Pour faire face à la crise et au confinement imposé par l’épidémie du CORONAVIRUS – COVID-19 les employeurs, entreprises, associations, administrations, collectivités se sont vues devoir mettre en place ou développer dans l’urgence le télétravail pour maintenir, au moins a minima,  leurs activités essentielles. L’ouverture vers l’extérieur du système d’information de l’entreprise peut engendrer des risques sérieux de sécurité qui pourraient mettre à mal l’entreprise, voire engager sa survie en cas de cyberattaque.
Voici 12 recommandations à mettre en œuvre pour limiter au mieux les risques :

  1. Définissez et mettez en œuvre une politique d’équipement des télétravailleurs : Privilégiez autant que possible pour le télétravail l’utilisation de moyens mis à disposition, sécurisés et maîtrisés par l’entreprise. Lorsque ce n’est pas possible, donnez des directives d’utilisation et de sécurisation claires aux employés en ayant conscience que leurs équipements personnels ne pourront jamais avoir un niveau de sécurité vérifiable (voire sont peut être déjà compromis par leur usage personnel).
  2. Maîtrisez vos accès extérieurs : Limitez l’ouverture de vos accès extérieurs ou distants (RDP) aux seules personnes et services indispensables, et filtrer strictement ces accès sur votre pare-feu. Cloisonnez les systèmes pour lesquels un accès à distance n’est pas nécessaire pour les préserver, surtout s’ils revêtent un caractère sensible pour l’activité de l’entreprise.
  3. Sécurisez vos accès extérieurs : Systématisez les connexions sécurisées à vos infrastructures par l’emploi d’un « VPN » (Virtual Private Network ou « réseau privé virtuel » en français). Outre le chiffrement de vos connexions extérieures, ces dispositifs permettent également de renforcer la sécurité de vos accès distants en les limitant aux seuls équipements authentifiés. La mise en place sur ces connexions VPN d’une double authentification sera également à privilégier pour se prémunir de toute usurpation.
  4. Renforcez votre politique de gestion des mots de passe : Qu’il s’agisse des mots de passe des utilisateurs en télétravail, mais aussi de ceux en charge du support informatique, les mots de passe doivent être suffisamment longs, complexes et uniques sur chaque équipement ou service utilisé. La majorité des attaques est due à des mots de passe trop simples ou réutilisés. Au moindre doute ou même en prévention, changez-les et activez la double authentification chaque fois que cela est possible. En savoir plus.
  5. Ayez une politique stricte de déploiement des mises à jour de sécurité : Et ce, dès qu’elles sont disponibles et sur tous les équipements accessibles de votre système d’information (postes nomades, de bureau, tablettes, smartphones, serveurs, équipements réseaux ou de sécurité…) car les cybercriminels mettent peu de temps à exploiter les failles lorsqu’ils en ont connaissance. Un défaut de mise à jour d’un équipement est souvent la cause d’une intrusion dans le réseau des entreprises. En savoir plus.
  6. Durcissez la sauvegarde de vos données et activités : Les sauvegardes seront parfois le seul moyen pour l’entreprise de recouvrer ses données suite à une cyberattaque. Les sauvegardes doivent être réalisées et testées régulièrement pour s’assurer qu’elles fonctionnent. Des sauvegardes déconnectées sont souvent indispensables pour faire face à une attaque destructrice par rançongiciel (ransomware). En outre, il convient également de s’assurer du niveau de sauvegarde de ses hébergements externes (cloud, site Internet d’entreprise, service de messagerie…) pour s’assurer que le service souscrit est bien en adéquation avec les risques encourus par l’entreprise. En savoir plus.
  7. Utilisez des solutions antivirales professionnelles : Les solutions antivirales professionnelles permettent de protéger les entreprises de la plupart des attaques virales connues, mais également parfois des messages d’hameçonnage (phishing), voire de certains rançongiciels (ransomware). Utiliser des solutions différentes pour la protection des infrastructures et pour les terminaux peut s’avérer très complémentaire et donc démultiplier l’efficacité de la protection dans un principe de défense en profondeur.
  8. Mettez en place une journalisation de l’activité de tous vos équipements d’infrastructure : Ayez une journalisation systématique et d’une durée de rétention suffisamment longue de tous les accès et activités de vos équipements d’infrastructure (serveurs, pare-feu, proxy…), voire des postes de travail. Cette journalisation sera souvent le seul moyen de pouvoir comprendre comment a pu se produire une cyberattaque et donc de pouvoir y remédier, ainsi que d’évaluer l’étendue de l’attaque.
  9. Supervisez l’activité de vos accès externes et systèmes sensibles : Cette supervision doit vous permettre de pouvoir détecter toute activité anormale qui pourrait être le signe d’une cyberattaque, tels une connexion suspecte d’un utilisateur inconnu, ou d’un utilisateur connu en dehors de ses horaires habituels, ou encore un volume inhabituel de téléchargement d’informations…
  10. Sensibilisez et apportez un soutien réactif à vos collaborateurs en télétravail : Donnez aux télétravailleurs des consignes claires sur ce qu’ils peuvent faire ou ne pas faire et sensibilisez les aux risques de sécurité liés au télétravail. Cela doit se faire avec pédagogie pour vous assurer de leur adhésion et donc de l’efficacité des consignes. Les utilisateurs sont souvent le premier rempart pour éviter, voire détecter les cyberattaques. Utilisez au besoin nos supports et notre kit de sensibilisation ou encore les recommandations aux télétravailleurs décrites supra. Ces utilisateurs coupés de leur entreprise ont également besoin d’un soutien de qualité et réactif pour éviter toute dérive.
  11. Préparez-vous à affronter une cyberattaque : L’actualité démontre qu’aucune organisation, quelle que soit sa taille, n’est à l’abri d’une cyberattaque. Il faut donc admettre que cela n’arrive pas qu’aux autres. La question n’est donc plus de savoir si on va être victime d’une cyberattaque, mais quand on le sera. Il faut donc s’y préparer. L’évaluation des scénarios d’attaques possibles (cf. menaces supra) permet d’anticiper les mesures à prendre pour s’en protéger et de définir également la conduite à tenir pour réagir quand elle surviendra : plans de crise et de communication, contractualisation avec des prestataires spécialisés pour recourir à leur assistance…
  12. Dirigeants : impliquez-vous et montrez l’exemple ! La sécurité est toujours une contrainte qu’il faut accepter à la mesure des enjeux qui peuvent s’avérer vitaux pour les entreprises. L’implication et l’adhésion des dirigeants aux mesures de sécurité est indispensable, tout comme leur comportement qui doit se vouloir exemplaire afin de s’assurer de l’adhésion des collaborateurs.

 

Travail nomade : risk managers et DRH limitent les risques

JULIE LE BOLZER

L’employeur doit s’assurer que le télétravailleur est convenablement équipé.

Bénéficiant d’une vision transverse, le risk manager apporte une méthode pour cartographier les risques inhérents au travail nomade.

D’après les entreprises matures sur le sujet, le travail à distance constitue notamment un vecteur de bien-être, d’engagement, de performance et de baisse du stress pour les collaborateurs concernés. Reste que le télétravail n’est pas sans risques.

Pour identifier les grains de sable qui pourraient venir contrarier sa mise en oeuvre, les directions des ressources humaines (DRH) ont tout intérêt à s’appuyer sur l’expertise et la méthode de cartographie des risk managers« Par essence, le responsable des risques occupe une fonction transverse et prouve son efficacité dès lors qu’il oeuvre en interface avec les autres départements de l’entreprise », explique François Beaume, vice-président chargé des risques digitaux de l’Association pour le management des risques et des assurances de l’entreprise (Amrae).

Accompagnement et confiance réciproque

En interagissant avec les différentes directions, le risk manager peut cartographier l’ensemble des failles et aider les services concernés, comme les ressources humaines, à mieux identifier et quantifier les risques« Le premier risque lié au télétravail est le manque de conformité juridique, d’où la nécessité pour la DRH de travailler sur la question avec les instances représentatives du personnel », pointe François Malan, vice-président métier et formation de l’Amrae.

De son avis, cette consultation du terrain et des règles clairement définies permettent d’emporter l’adhésion des collaborateurs et des managers« Le télétravail ne doit pas devenir une source de frustration avec des collaborateurs qui se retrouvent exclus du dispositif alors qu’ils pourraient y prétendre. L’accompagnement des managers et la confiance réciproque sont indispensables pour réussir cette transformation », prévient-il.

La cartographie des risques permet d’identifier les adaptations de process et d’organisation nécessaires au maintien de la performance de l’entreprise. « Les entreprises de services, par exemple, ne peuvent pas se permettre de ne pas être accessibles aux clients. Il s’agit donc de veiller à ce que tous les membres d’une même équipe ne soient pas en télétravail au même moment », souligne François Malan.

Equipement suffisant et installation aux normes

Autre élément essentiel à la mise en place d’une politique de télétravail : l’aspect technique. L’employeur doit s’assurer que le télétravailleur est convenablement équipé, avec une connexion Internet suffisante et une installation électrique non défectueuse.« Le plus souvent, c’est l’entreprise qui dote les collaborateurs des outils nécessaires et les assure. Si elle ne fournit pas les équipements et qu’elle n’assure pas le matériel, elle doit inviter le télétravailleur à se rapprocher de son assureur et elle peut interdire le recours à des logiciels non sécurisés », rappelle François Beaume.

En effet, le risque cyber constitue l’un des principaux dangers du télétravail. Il s’avère donc essentiel d’impliquer le directeur des services d’information (DSI) à la démarche. « On a coutume de dire que 50 % des risques cyber sont liés aux individus et aux comportements des personnes. Si les collaborateurs sont conscients de la menace et adoptent une certaine hygiène informatique, l’entreprise se met davantage à l’abri », remarque François Beaume, estimant que la formation constitue la pierre angulaire de la sécurité informatique« Les firewall, antivirus, antimalware, VPN [« virtual private network » ou réseau privé virtuel, NDLR] et autres ne se révèlent réellement efficaces que si l’ensemble des équipes est sensibilisé », dit-il, insistant sur « la nécessité de mettre autour de la table la DRH, la DSI, le service juridique et le risk manager pour que les mesures qui sont prises soient cohérentes entre elles ».

Si ce travail transverse entre les différentes entités de l’entreprise constitue un rempart aux risques, il n’est pas encore effectué naturellement dans toutes les entreprises. « Dans les organisations moins matures, le risk manager n’est associé qu’aux projets considérés comme stratégiques. Si le télétravail est jugé comme tel, le risk manager interviendra dès le début. Mais cela est encore loin d’être le cas partout », conclut François Malan.

Julie Le Bolzer

Entré en application le 25 mai 2018, le règlement général sur la protection des données (RGPD) oblige les entreprises à prendre des mesures techniques et organisationnelles garantissant la sécurité des données personnelles qu’elles traitent dans le cadre de leurs activités (données RH, consommateurs, clients, fournisseurs…). « Avec le travail à distance, certains collaborateurs sont amenés à manipuler des données personnelles en dehors de l’entreprise, d’où la nécessité de prendre en compte la dimension télétravail dans la politique de protection des données personnelles pour en garantir la sécurité effective grâce à un bon usage des outils informatiques », prévient Guillaume Bordier, avocat associé chez Capstan Avocats.