Actualité juillet 2016

Les rapports annuels toujours loin des attentes

Cecile Desjardins | Le 22/06/2016 à 06:30

EXCLUSIF. Les rapports annuels sont toujours aussi volumineux et les entreprises ont du mal y à parler de leur stratégie, à hiérarchiser leurs risques ou à s’interroger sur leur avenir.

Court-termistes, pas assez prospectifs et… beaucoup trop longs. D’année en année, l’analyse des rapports annuels publiés par les entreprises – tant en France qu’à l’étranger – conduit au même constat… La déception est une nouvelle fois au rendez-vous dans l’étude menée, au niveau mondial, par le groupe KPMG sur près de 300 rapports annuels de tous horizons (1). « Les rapports annuels [sont] encore très centrés sur les états financiers passés, sans se projeter sur des indicateurs qui permettent d’évaluer les performances futures de l’entreprise », résume ainsi le cabinet d’audit et conseil.
Ce qui est sûr, c’est que les entreprises ne mégotent pas : les rapports annuels analysés affichent une longueur moyenne de 204 pages, avec un record mondial pour les documents publiés par les entreprises françaises, à 310 en moyenne (contre 60 pages en Russie) ! Mais la longueur est loin d’être un gage de qualité : les états financiers représentent en moyenne 42 % des volumes. Seuls 15 % des contenus sont consacrés à la stratégie et tout autant à des informations sur « les performances et les perspectives de l’entreprise ». 19 % des volumes sont consacrés à la gouvernance et aux rémunérations. « Seuls 17 % des rapports annuels informent les investisseurs si l’entreprise gagne ou perd des clients et 7 % donnent des informations sur le carnet de commande ou les ventes annuelles pour expliquer les évolutions des performances de base », souligne KPMG.

 

Court-terme

En outre, lorsqu’elles s’interrogent sur leur avenir, les entreprises ne voient pas très loin. « 44 % des rapports annuels ne vont pas au-delà des initiatives de court-terme lorsqu’ils évoquent la stratégie de l’entreprise », souligne KPMG. Seuls 9 % des rapports annuels donnent de la visibilité sur la performance opérationnelle à 5 ans. « Le document de référence est aujourd’hui beaucoup trop lourd à digérer : on peut même se demander qui le lit en dehors de ceux qui l’écrivent, des avocats et des auditeurs. Côté investisseurs, on constate qu’il n’est utilisé que lorsque la décision d’investir est déjà prise, pour aller glaner des détails. Aujourd’hui, il n’y a pas de communication resserrée qui permette à des investisseurs de se faire rapidement une opinion sur l’entreprise. Ils ont besoin d’une information plus stratégique et plus claire », détaille Jean-Florent Rérolle, associé chez KPMG, responsable des activités d’évaluation financière.
De fait, malgré la volonté affichée par certains groupes de clarifier leur communication (notamment dans le cadre du reporting intégré ), seules 11 % des entreprises livrent six indicateurs-clés de leur santé. De même, alors que les entreprises affichent dans leurs discours des liens croissants entre l’analyse des risques et choix stratégiques, moins de 10 % des rapports identifient les risques liés aux choix stratégiques, à la pertinence des produits et à la conduite du changement. D’ailleurs, seuls 11 % des rapports annuels semblent montrer que le profil de risque de l’entreprise soit « piloté dans le temps ». « Les informations en matière de risque semblent davantage publiées pour répondre à des obligations réglementaires que pour aider les investisseurs à comprendre comment les entreprises gèrent leurs risques les plus importants », déplore KPMG. Avec en moyenne 25 risques par entreprise, la France s’affiche à nouveau sur le podium, devancée seulement par l’Allemagne (31 risques) et loin devant des pays comme la Grande-Bretagne (13), l’Espagne (9) ou la Malaisie (3). Ainsi, les deux-tiers des entreprises françaises affichent des risques (qualifiés par KPMG de « standards ») macro-économiques, cyber, en matière de marché, de besoins de financement, liés à l’environnement politique ou réglementaire ou encore à la gestion des talents… Quand le trop est l’ennemi du bien ?
(1) – Pour réaliser « Room for improvement », la seconde édition du « Survey of Business Reporting », KPMG a analysé 270 rapports annuels en provenance 16 pays (Allemagne ; Afrique du Sud ; Australie ; Brésil ; Canada ; Espagne ; Etats-Unis ; France ; Hong-Kong ; Irlande ; Italie ; Japon ; Malaisie ; Royaume-Uni ; Russie et Suisse) et répartis entre 15 secteurs d’activité (hors services financiers).

%d blogueurs aiment cette page :