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COMMUNICATION DE CRISE : QUELLES LECONS TIRER DE L’ACTUALITE ? (2) AMELIORER SA COMMUNICATION DE CRISE

Pour commencer :

  • De bonnes fêtes de fin d’année à tous ; rendez-vous en 2023 🎄
  • Des liens vers les posts déjà écrits sur ce sujet et disponibles sur le blog

Communication de crise : quelles leçon tirer de l’actualité ?

L’impact d’une dégradation de la réputation sur la valorisation boursière organisation 

L’importance de l’anticipation et des exemples de plans d’actions pour mieux gérer les crises

La (non)communication de crise de Nike

  • Des indications de lecture dans notre ouvrage (Aubry ; Dufour)

« RISK MANAGEMENT. ORGANISATION ET POSITIONNEMENT DE LA FONCTION RISK MANAGER. METHODES DE GESTION DES RISQUES »

https://librairie.gereso.com/livre-entreprise/risk-management-fris2.html

Risque de réputation : p.38-40

Amplification du risque par les médias et exemples d’affaires médiatisées : p.65-72

(Non) communication de crise de Nike : p. 80-84

Méthodes et outils face à l’urgence : gestion de crise : p.190-213

  • Des ressources pour adopter les outils d’une bonne communication de crise à travers :

L’interview par E. Hervé du directeur de la communication de Bouygues sur sa vision de la communication en temps de crise

La proposition d’une autre forme de communication.

Communiquer en temps de crise avec Pierre Auberger, directeur de la communication du groupe Bouygues

Pierre Auberger est le directeur de la communication du groupe Bouygues depuis maintenant 13 ans. Après un début de carrière en marketing et vente chez Danone, c’est finalement vers la communication qu’il se tourne en rejoignant le Groupe Bouygues.

Membre du comité de direction du groupe, il nous éclaire sur les enjeux actuels de la communication.

Qu’est-ce que la crise pour vous ? Pour le groupe Bouygues ?

D’un point de vue académique, la définition d’une crise me semble assez simple : la convocation d’une cellule de crise se décrète quand il y a un impact sur la réputation de l’entreprise, de ses dirigeants et éventuellement sur le cours de l’action. Il faut savoir évaluer la dangerosité d’un événement pour déclencher la cellule de crise et le process qui va avec.

Il faut ensuite déterminer le niveau de la crise et la gérer au bon niveau : ne pas sur-gérer et ne pas sous-gérer non plus. Une crise qui doit être traitée au niveau local doit rester au niveau local et ne pas aller au niveau national et inversement.

Des crises, nous en avons objectivement souvent chez Bouygues, de plus ou moins grande ampleur. Celle qui m’a le plus marqué, c’est l’annonce de la fausse mort de Martin Bouygues. Ce dysfonctionnement total de l’AFP a été un coup de tonnerre dans un ciel bleu : un samedi après-midi de fin février 2015, l’AFP annonce, dans un communiqué de presse, la mort de Martin Bouygues. S’ensuit alors une communication d’une grande violence qui a été reprise dans tous les médias du monde entier. À notre grande stupéfaction, on nous annonce qu’il serait décédé dans sa maison dans l’Orne, alors qu’il n’en avait pas ! Cinq minutes après, sa fiche Wikipédia avait déjà été modifiée.

Le contexte était particulier : c’était la fin des vacances scolaires et les interlocuteurs de l’AFP n’étaient donc pas nos interlocuteurs habituels et n’ont pas procédé aux vérifications d’usage.

J’étais en Bretagne ce week-end-là. Je n’avais pas mon téléphone à proximité. Je vais le récupérer après le déjeuner et je vois 8 appels en absence et des messages de condoléances. En remontant, j’avais un premier message à 14h05 qui me demandait de rappeler l’AFP. Une de mes filles m’appelle alors et me dit qu’on annonce la mort de Martin Bouygues à la radio. Je tombe de ma chaise. Je l’avais quitté la veille en bonne santé et il était parti prendre une semaine de vacances en Thalasso à Quiberon. Quand on vous annonce la mort de quelqu’un, le premier réflexe n’est pas de l’appeler pour vérifier l’information. Et il y avait un tel matraquage médiatique que j’y ai cru. J’ai alors réussi à contacter le directeur général délégué du Groupe qui m’a rassuré.

C’est difficile parce qu’il y a un côté très émotionnel, parce qu’on vous demande à vous, qui êtes un très proche collaborateur de Martin Bouygues, de réagir sur un sujet qui vous touche personnellement. Vous êtes assailli d’appels, internes et externes au groupe. Il a fallu gérer à distance, faire un communiqué de presse, un tweet de démenti… Nous avons mis environ 30 minutes à publier un démenti. Dans ce type de crise, la difficulté est d’aller à la source pour vérifier l’information, et de gérer avec expertise et efficacité une forme de chaos, de garder votre sang-froid alors que vous êtes touché personnellement…

Comment faire pour atténuer les conséquences de fausses informations ? 

À ce jour, à l’exception de l’événement dont on vient de parler, je n’ai pas eu de fake news importantes à gérer. À la suite de l’affaire de Vinci (rédaction de faux communiqués), nous avons décidé de faire certifier nos communiqués de presse par la blockchain avec Wiztrust. C’est-à-dire que tous nos communiqués sont estampillés Wiztrust pour que les médias puissent en vérifier l’authenticité grâce à l’émission d’un certificat. Nous encourageons aussi les journalistes à nous contacter avant de publier leurs informations, et nous entretenons des relations étroites avec les grandes agences de presse.

Les fake news, il faut leur tordre le cou. Pour cela, il faut avoir une veille forte, afin de déceler en temps réel les informations étonnantes. Ensuite, il faut un plan pour réagir de manière mesurée et efficace. La presse et les réseaux sociaux sont aujourd’hui interconnectés : quand la presse communique sur ses propres médias ou sur les réseaux sociaux, ça donne une crédibilité plus forte que quelqu’un sur Twitter. La majeure partie du volume d’information passe sur les réseaux sociaux : la probabilité que vous gériez la situation par ce canal est très importante aujourd’hui. C’est un sujet majeur que nous n’avions pas à gérer, il y a une dizaine d’années. Il faut donc de bons outils de veille et une bonne capacité de réaction.

Comment la veille est-elle organisée chez Bouygues ?

Nous avons plusieurs types de veilles : d’abord une veille classique avec des alertes et des revues de presse. Nous avons des veilles médias qui sont assurées par Kantar qui nous envoie tous les matins à 7h30-8h une proposition de revue de presse. Nous la corrigeons, nous la décortiquons puis nous la renvoyons à 8h30 aux 150 top managers du groupe. Chaque filiale a sa propre revue de presse, mais les 150 top managers ont une revue transversale tous les matins.

Nous avons une deuxième veille numérique avec des mots clef pour voir ce qui se dit sur les réseaux sociaux. Nous avons par ailleurs une veille presse avec des abonnements à toutes les dépêches des grandes agences que nous relayons aux dirigeants du groupe. Cela inclut une veille sur la télévision et la radio.

En temps de crise, nous mettons en place des veilles complémentaires en lien avec la situation.

Interview Emmanuelle Hervé

Les leaders les plus efficaces peuvent-ils activer d’autres leviers que ceux promus par la Silicon Valley ? À ce jeu-là, les méthodes de Jacinda Ardern sont intéressantes à décrypter.

Dans le paysage politique international, on aurait tort de penser qu’il n’y a de place que pour les nervosités brutales des Poutine et autres Bolsonaro. La crise du coronavirus a confirmé que certains des dirigeants les plus efficaces sont à l’opposé des méthodes les plus bruyantes.

Dans ce registre, la première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern s’est montrée particulièrement remarquable.

Elle avait déjà été internationalement saluée pour sa gestion des attaques perpétrées contre les mosquées de Christchurch en mars 2019. Pour sortir son pays de l’épidémie du Covid, la quarantenaire a effectué une nouvelle fois un travail efficace.

Les mesures de confinement ont été prises très tôt et de manière très stricte. Elles ont été soutenues par la mise en place d’une campagne massive de tests. Lors de la première vague, en quatre semaines, la Nouvelle-Zélande avait presque éliminé le coronavirus de son territoire, et n’a eu à déplorer qu’une quinzaine de décès.

Alors, quelles leçons tirer du leadership de Jacinda Ardern ? On fait le point.

Un leadership à hauteur d’Homme

Et si être à la hauteur consistait surtout à se mettre à la hauteur de ses troupes ? C’est le choix de Jacinda Ardern qui ne se place jamais au-dessus du lot, et fait toujours corps avec ses concitoyens. Et elle le prouve.

Pour montrer sa solidarité avec ceux qui éprouvent des difficultés financières, elle et ses ministres ont annoncé qu’ils allaient baisser leur salaire de 20%. Quand Jacinda Ardern intervient à la télévision, elle n’hésite pas à se montrer dans le même état d’urgence que tout le monde. Alors que le pays allait entrer en confinement, elle s’est adressée aux gens depuis le canapé de son salon. Elle venait de mettre au lit sa fille de deux ans, et s’excusait de porter ce qui semblait bien être un survêtement. « Excusez ma tenue décontractée, cela peut devenir une affaire compliquée de mettre les tout-petits au lit. » On est très loin des ors de la République et de l’hymne national. Ici, Jacinda Ardern n’empoigne pas les attributs supposés du pouvoir, elle vit ce que traverse la nation.

No bullshit, cap sur la confiance 

Jacinda Ardern parle clairement et honnêtement. Elle ne claironne pas, ne surpromet pas, ne se justifie pas. Elle explique, se repose sur les faits, rassure tout en étant stricte sur la tenue des objectifs. Autrement dit, elle ne s’enferre pas dans le bullshit. Ni elle, ni ses équipes à qui elle laisse la parole. « Il s’agit d’un grand projet complexe entrepris à un rythme soutenu, nous savons donc qu’il faudra du temps pour bien faire les choses », indique le ministère de l’Éducation de la Nouvelle-Zélande sur son site Web. On est loin de l’insistance répétée de dirigeants martelant qu’aucune erreur n’a été commise, et plaidant pour leur stratégie — ou leur manque de stratégie. Un stratagème qui, en plus d’être infantilisant et d’autant plus dangereux à un moment où la confiance est vitale.

L’importance de la coordination et du travail d’équipe

Tandis que des dirigeants comme Trump montait ses États les uns contre les autres, ou que Bolsonaro se trouvait seul contre tous, Jacinda Ardern montrait un front uni avec son gouvernement. Toutes les instances de l’État sont concentrées sur la gestion de la crise dans la sérénité. Ce qui permet d’ajuster les décisions et de changer leurs rythmes. Si les mesures de confinement radicales avaient été actées très tôt, celles du déconfinement étaient annoncées avec prudence. Le plan est évolutif, et tenant compte des contraintes des différents ministères. Il est d’ores et déjà annoncé qu’il nécessitera peut-être des retours en arrière, mais l’objectif commun fixe le cap : « si nous bougeons trop tôt, nous reculerons ».

Une vision d’ensemble qui reste proche du particulier

Si Jacinda Ardern donne dans le plan d’ensemble, elle reste aussi très attentive aux histoires particulières. Quand le premier ministre britannique Boris Johnson était sorti de soins intensifs en avril 2020, il avait tenu à remercier ses soignants lors d’une allocution à la télévision. Soulignant que c’était grâce à eux qu’il avait pu guérir du virus, il avait donné chacun de leurs prénoms à l’antenne. L’une de ses infirmières était néo-zélandaise. Jenny McGee a cru à une blague. Elle raconte : « Son hospitalisation a suscité beaucoup d’intérêt médiatique et pour être honnête, c’était le patient le plus difficile du lot. Mais pour nous, il était un patient comme les autres. Nous avons juste essayé de faire de notre mieux… c’était comme d’habitude. »

Jacinda Ardern a retrouvé Jenny McGee sur Facebook pour lui écrire un petit mot. « C’est totalement surréaliste d’avoir un message de Jacinda. C’est l’une de mes héroïnes. Je pense qu’elle est incroyable, et elle vient de me dire à quel point elle était fière de moi et que le pays était fier aussi. C’était tellement réconfortant, c’est quelque chose que je n’oublierai jamais. »

Et Jenny d’ajouter : « Je suis si fière d’être Néo-Zélandaise, nous sommes un merveilleux groupe de gens qui s’entend toujours dans l’adversité. Nous avons une attitude positive, cela vient tout naturellement de notre manière de voir le monde, de notre éducation. »

Est-ce à dire que les dirigeants ressemblent à leurs administrés ? Ou qu’ils sont des rôles modèles qui impactent les comportements de tous les citoyens ?

Béatrice Sutter.

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COMMUNICATION DE CRISE : QUELLES LECONS TIRER DE L’ACTUALITE ?

C’est comme souvent l’actualité qui a guidé le choix de ma thématique pour les posts à venir.

BALANCIAGA
Après avoir posté une campagne publicitaire de Noël mettant en scène des enfants sur le thème du « bondage », la marque Balenciaga a fait polémique sur les réseaux sociaux.
Hier soir, la marque de luxe s’est excusée tout en incriminant son agence de communication.
En crise, il est clé de prendre ses responsabilités – rejeter la faute sur des tiers peut avoir pour effet d’exacerber la crise. La preuve en est : aujourd’hui Balenciaga a supprimé la totalité de ses posts instagram face à la crise.

Comme le rappelle E.Hervé : « C’est pas de ma faute » en crise : un des sept péchés capitaux ! 

Vous trouverez dans les posts à venir :

  • Des liens vers des posts déjà écrits sur ce sujet et disponibles sur le blog

L’impact d’une dégradation de la réputation sur la valorisation boursière organisation 

L’importance de l’anticipation et des exemples de plans d’actions pour mieux gérer les crises

La (non)communication de crise de Nike

  • Des indications de lecture dans notre ouvrage

« RISK MANAGEMENT. ORGANISATION ET POSITIONNEMENT DE LA FONCTION RISK MANAGER. METHODES DE GESTION DES RISQUES. » https://librairie.gereso.com/livre-entreprise/risk-management-fris2.html

  1. Risque de réputation : p.38-40
  2. Amplification du risque par les médias et exemples d’affaires médiatisées : p.65-72
  3. (Non) communication de crise de Nike : p. 80-84
  4. Méthodes et outils face à l’urgence : gestion de crise : p.190-213
  • Des ressources pour adopter les outils d’une bonne communication de crise à travers :
  1. Un article passionnant sur les leçons à tirer de la crise Buitoni et Kinder
  2. Un article sur les solutions pour rétablir la réputation du PSG suite à l’affaire du « char à voile »
  3. L’interview par E. Hervé du directeur de la communication de Bouygues sur sa vision de la communication en temps de crise
  4. La proposition d’une autre forme de communication.

(1) Scandales alimentaires Kinder & Buitoni : quelles leçons tirer pour la communication de crise ?

Enseignement n°1 : Jouer cartes sur table plutôt qu’ergoter

Très rapidement, les industriels vont accumuler des couacs de communication et se voir alors battus en brèche dans leurs annonces par les autorités sanitaires. Le 7 avril, Ferrero publie un deuxième communiqué qui précise que d’autres bonbons Kinder produits à Arlon rejoignent la liste des produits retirés du marché. Du bout des lèvres, la marque admet qu’elle avait identifié la présence de salmonelles sur son site industriel le 15 décembre 2021 et qu’elle avait pris des mesures correctrices. Elle se félicite enfin de sa collaboration avec les autorités de sécurité alimentaire et de santé publique.

Ces dernières n’ont pourtant visiblement pas la même lecture quant à la volonté de l’industriel de circonscrire le problème. Dès le lendemain, l’agence de sécurité alimentaire belge (AFSCA) choisit d’employer la manière forte : l’arrêt de la production de l’usine à l’origine de contaminations à la salmonellose. En guise d’explications, elle ajoute : « Après investigations (…) et suite aux constats de ces dernières heures que les infos fournies par Ferrero sont incomplètes, l’Agence procède aujourd’hui au retrait d’autorisation de l’usine de production de Ferrero d’Arlon » tout en soulignant qu’un lien entre les centaines d’intoxications en Europe et l’usine avait été établi fin mars.

De l’autre côté de la frontière à Caudry, la pression augmente également sur l’usine suspectée. Les 22 et 29 mars, la direction départementale de la protection de la population effectue deux inspections dans les locaux et formule son constat : « de nombreuses anomalies graves en matière de nettoyage et d’entretien général des locaux et matériels (…) la présence de rongeurs au niveau de l’atelier boulangerie ». Dans l’intervalle, une enquête préliminaire pour « homicides involontaires, tromperie et mise en danger d’autrui » est ouverte et confiée au parquet de Paris tandis qu’en interne, d’anciens salariés du site et des représentants syndicaux commencent à grogner et dénoncer la non-prise en compte d’alertes récentes comme notamment celle émise par la DGCCRF avec un avertissement prononcé en septembre 2020 et une contre-visite en mars 2021 soulignant « des corrections sur certains points mais pas sur d’autres ».

Du côté de Nestlé, la maison-mère de Buitoni, la ligne de communication est minimaliste. Le géant suisse se retranche derrière la procédure judiciaire en cours pour éviter de communiquer : « Il s’agit d’une étape qui s’inscrit dans le cadre de l’enquête. Nous continuons à coopérer pleinement avec les autorités pour en assurer le bon déroulement. A ce stade, nous ne sommes pas en mesure de partager plus d’informations. Nous souhaitons réaffirmer que la sécurité et la qualité de nos produits sont nos premières priorités ».

Seule concession communicante le 30 mars : la mise en ligne d’une vidéo de Jérôme Jaton, directeur général industriel de Nestlé France qui répond depuis le site de Caudry à différentes questions relatives à la crise en cours. L’effort est louable mais les réponses quelque peu lapidaires. A la question « à votre connaissance, quels sont les dangers de cette contamination pour la santé ? », il répond embarrassé : « Je ne suis pas médecin mais clairement, la bactérie E-Coli, c’est quelque chose qu’on n’aime pas et c’est pour ça qu’on les traite au sein de l’usine ». Et le reste de la vidéo est du même tonneau !

Enseignement n°2 : Toujours traiter les signaux faibles avant qu’ils n’empirent

A peine le directeur industriel de Nestlé France a-t-il fait part de ses commentaires que dès le lendemain, un lanceur d’alerte anonyme met en ligne des clichés embarrassants des lignes de fabrication de pizzas à Caudry. Les photos dévoilées sont particulièrement indigestes avec notamment des vers dans la farine utilisée pour confectionner les pizzas ou encore le sol jonché de déchets alimentaires épars. Le directeur général de la communication de Nestlé France, Pierre-Alexandre Teulié reconnaît à l’AFP que les visuels ont bien été pris dans l’usine mais qu’elles ne correspondent plus à la réalité actuelle.

Pourtant, un premier signal faible s’était produit le 11 mai 2021 sur le site Web altermondialiste Mr Mondialisation. Ce jour-là, un long reportage est publié sur l’état lamentable des conditions sanitaires et hygiéniques de l’usine de Caudry, photos peu ragoûtantes à l’appui (voir ci-dessous). Il est assez difficile d’imaginer cet article détaillée ait pu échapper au dispositif de veille de l’industriel helvétique tant les noms de Nestlé et Buitoni sont rabâchés au fil des lignes.

Ce site connaît en tout cas aussitôt une deuxième vie le 31 mars 2022 à une heure de grande écoute sur la radio RMC Info. L’ancien employé de l’usine à l’origine des photos, témoigne de nouveau sur les conditions d’hygiène apocalyptiques qui régnaient dans l’usine et dit avoir prévenu la direction à l’époque. Quelque temps plus tard, un reportage revient sur le sujet dans le magazine Marianne (ainsi que dans la presse locale) tandis qu’une ancienne directrice de la communication de Nestlé France témoigne à charge dans Le Journal du Dimanche. Le 1er avril, le préfet du Nord prend un arrêté interdisant la production de pizzas dans l’usine de Caudry en soulignant que les reprises d’activité « seront conditionnées à la mise en conformité de l’usine vis-à-vis de ses obligations en termes d’hygiène alimentaire » et « de contrôles et de maîtrise des risques microbiologiques »

Enseignement n°3 : Déminer les potentielles crises adjacentes

Médiatiquement mises sur le grill, les deux entreprises vont pourtant commettre quelques boulettes qui vont faire mauvaise genre et contribuer à faire se déchaîner un peu plus les réseaux sociaux. Le 22avril, les parents d’une fillette contaminée par la bactérie E.coli après avoir consommé une pizza Buitoni ont reçu un bon d’achat de 20 euros de la marque. Et la maman de préciser à l’AFP que la veille, c’est le service consommateurs qui l’avait appelée au sujet du dossier médical de sa fille. La mère outrée déclenche alors une nouvelle polémique qui contraint l’entreprise à s’excuser platement  : « Cela n’aurait pas dû être fait et nous tenons à présenter nos plus sincères excuses à cette consommatrice qui a pu être heurtée par la réception de ces bons d’achat. Nous allons veiller à ce que cela ne se reproduise pas ».

La même mésaventure est survenue chez Kinder comme le confessera ultérieurement le directeur général de Ferrero France, Nicolas Neykov. Les parents d’un enfant malade s’étaient vu remettre un bon d’achat de 3 euros par la marque. En revanche, la colère des consommateurs va plutôt se cristalliser autour du centre d’appels mis en place par Ferrero. Le numéro dédié est engorgé pendant plusieurs jours rendant impossible les demandes de dédommagement. Un mois plus tard, la situation est fort heureusement revenue à la normale selon le DG France. En situation de crise, ces détails prennent toutefois une importance démesurée. Chaque petit raté active des polémiques qui viennent encore plus écorner la réputation de la marque et de l’entreprise. D’où l’importance de calibrer à dessein les dispositifs, soit en boostant les capacités du service consommateurs, soit en déconnectant toutes les autres opérations marketing en cours ou programmées pour éviter de fâcheuses collisions d’image.

Blog Olivier Cimelières

Carton vert ou carton rouge : la réputation du PSG se fait tacler. Quelles solutions ?

Cela devait être une conférence de presse sportive entièrement dédiée à la prestigieuse affiche Paris Saint-Germain contre Juventus de Turin dans le cadre de la Ligue des Champions. Il n’en fut rien. Un journaliste trublion de LCI est venu glisser une question extra-sportive autour du fait que la formation parisienne n’effectuait jamais ses déplacements en train. Aussitôt s’emballe une véhémente polémique clouant au pilori le coach sportif du PSG, Christophe Galtier et l’attaquant vedette Kylian Mbappé pour les réponses à côté de la plaque. Analyse de cette séquence médiatique et des possibles sorties de crise pour la réputation du PSG.

Lundi 5 septembre. La conférence de presse du PSG à 24 heures de son match contre la Juve bat son plein. Soudain, Paul Larrouturou, journaliste à LCI et connu pour ses questions souvent espiègles, prend le micro et interpelle Christophe Galtier. Il lui demande alors si le train fera un jour partie des modes de transport des joueurs de la capitale. Long silence puis Kylian Mbappé s’esclaffe. Goguenard, il laisse son entraîneur répondre. Lequel reprend son sérieux et lâche ironique : « La société qui organise nos déplacements est en train de regarder si on ne peut pas se déplacer en char à voile » ! Gros blanc dans la salle où le journaliste relance le n°7 parisien sur l’usage des jets privés qui avoue ne rien en penser et se lève dans la foulée. La machine à claques et à buzz est aussitôt lancée sur les réseaux sociaux et les chaînes d’information continue.

Un terreau médiatique inflammable et prévisible

Christophe Galtier a beau jeu de dire qu’il s’attendait précisément à cette question piégeuse. Il s’est trompé de tactique de communication. Sa saillie moqueuse a engendré une belle pagaille digitalo-médiatique. S’il pensait désarçonner le journaliste et couper court à la controverse, c’est totalement à côté du but. Or, une simple veille médiatique laissait déjà penser que le sujet soulevé par le reporter de LCI était de ceux qui s’enflamment à la moindre occasion. Pour s’en convaincre, il suffit de se remémorer quelques escarmouches significatives récentes pour comprendre que la mobilité d’une équipe sportive n’est plus un épiphénomène négligeable mais un point crucial de son image globale.

Début juillet 2022, Karim Benzema, l’attaquant français du Real Madrid s’était ainsi fait démolir par les internautes à cause de sa vidéo bling-bling mettant en scène des voitures de luxe, un jet privé et un jet-ski sur fond ensoleillé de Dubaï, cité de tous les excès environnementaux en la matière. Fondateur du média Bon Pote très engagé sur la question de l’environnement, Thomas Wagner assène (1) : « Ce clip, c’est un best of de ce qu’il ne faudrait plus faire. Le simple aller-retour entre Miami et Madrid en jet privé, c’est beaucoup plus que ce qu’une personne devrait émettre par an pour limiter le réchauffement climatique ».

Rebelote quelques jours plus tard sur les réseaux sociaux avec la vidéo d’un journaliste qui attend la sortie du conseil des Ministres dans la cour officielle du palais de l’Elysée. Smartphone en main, il filme les rutilantes berlines stationnées dont le moteur tourne afin de maintenir une température agréable à l’intérieur de l’habitacle. Alors même que le gouvernement venait d’appeler les citoyens français à la sobriété énergétique, l’image fait tache. Le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, désamorce habilement en reconnaissant la faute et invite les journalistes à ne pas baisser leur vigilance sur la question.

C’était sans compter le cliché embarrassant du président de la République chevauchant un puissant scooter des mers durant ses vacances estivales au fort de Brégançon. Publiée à la Une du magazine people Voici, la photo embrasse à nouveau les réseaux sociaux et le microcosme politique, notamment chez les élus écologistes qui voient, telle Sandrine Rousseau, une (2) « impression persistante qu’il ne comprend pas le réchauffement climatique. Et aujourd’hui il est criminel de ne pas le comprendre ». Enfin, pour parfaire ce décor chauffé à blanc, on peut ajouter fin août la polémique des jets privés où milliardaires, hommes d’affaires et célébrités sont sévèrement épinglés pour le recours permanent et dispendieux aux avions privés nettement plus polluants que des voitures et des trains.

PSG, un bouc émissaire idoine

Dans pareil contexte, il semblait assez évident que le PSG apparaissait de facto comme une potentielle cible controversée de choix. En effet, l’immense majorité des clubs de football privilégie depuis des lustres l’avion à tout autre moyen de transport pour effectuer les déplacements en terrain adverse. La Ligue française de football (LFP) a d’ailleurs fait état de statistiques significatives pour la saison 2019/2020 (3) : 65% des trajets des équipes de Ligue 1 et Ligue 2 ont été accomplis en avion. 31% sont assurés par bus et 4% par train. De fait, le PSG ne déroge pas aux comportements communément observés. Mais en termes de perception, il est différent des autres.

En effet, Paris Saint-Germain est un club à l’image assurément clivante. Pour les amateurs férus de ballon rond, il s’agit d’un club que l’on adule ou que l’on hait mais qui ne laisse jamais indifférent tant sa puissance actuellement exercée sur le football français est quasiment sans partage. A cela s’ajoute également le fait que le PSG incarne la capitale d’un pays encore tiraillé par son éternelle dichotomie entre Paris et la Province. Enfin, le club aux 10 titres de champion de France est détenu depuis 2011 par Qatar Sports Investments (QSI), une société financière émanant de l’émirat qatari. Lequel est particulièrement chahuté au sujet de la Coupe du Monde 2022 qui se tient sur son territoire en fin d’année et qui est vue comme une gabegie environnementale et sociale scandaleuse.

Malgré des dossiers et des réflexions déjà engagés en matière de responsabilité sociétale et environnementale (RSE) par le club de la capitale et du fait de ces différents critères d’image, PSG s’impose plus volontiers dans l’opinion publique comme un ogre sportif ultra-riche et peu soucieux du reste (et donc de l’environnement) en dehors des compétitions sportives. La boulette de Christophe Galtier et le rire nerveux de Kylian Mbappé ont alors servi de gâchette à ce cocktail réputationnel explosif. Imaginons un instant la même petite phrase grinçante prononcée par Guy Roux, l’ex-entraîneur emblématique et très populaire de l’A.J Auxerre. Il est fort à parier que la polémique n’aurait jamais acquis une telle ampleur tant le madré coach incarne un bon petit club de terroir à la belle histoire sportive

Un engrenage irréversible

A la lumière de ce contexte, il n’est donc guère surprenant que le tweet taquin d’Alain Krakovitch, directeur de SNCF-Intercités ait fait florès. Le twittos avait en effet choisi du newsjacking sur un précédent tweet du PSG montrant le défenseur parisien Marquinhos s’amusant comme un fou dans le jet le conduisant à Nantes pour une rencontre du championnat de France. Avec pratiquement 19000 cœurs et près de 2800 partages, la proposition de mettre des trains à disposition du PSG ne pouvait pas passer inaperçue.

Ensuite, la réponse sarcastique de Christophe Galtier a envenimé le débat et excité les ardeurs de tous les détracteurs. Sur les réseaux sociaux, le ton a oscillé entre effarement presque surjoué et humour vachard au point de voir des mèmes de Kylian Mbappé écroulé de rire circuler un peu partout. Côté politique en revanche, ce fut la curée depuis la ministre des Sports en titre, Amélie Oudéa-Castera jusqu’à la maire de Paris, Anne Hidalgo en passant bien évidemment par les incontournables politiciens écologistes qui ont trouvé là un grain à moudre bénit. A tel point que le groupe vert du Sénat envisage de déposer une proposition de loi « PSG » !

Redevenir audible et crédible

La direction du PSG a pourtant tenté d’atténuer le feu des critiques en incitant son coach à présenter ses regrets et en rappelant que l’avion n’était pas une règle d’airain puisque le match récemment joué à Lille avait été fait en autocar. Elle a même expliqué que l’équipe féminine recourait au train du fait des horaires et des calendriers de matchs plus compatibles avec ceux de la SNCF. Mais, rien n’y fait. Paris Saint-Germain est devenu inaudible tant il est pointé du doigt comme le symbole honni de l’inconséquence environnementale.

Comme bien souvent avec les buzz épileptiques des réseaux sociaux, l’agitation a commencé à vite retomber, notamment grâce à la victoire du PSG sur la Juventus 2 buts à 1. L’agenda médiatique a comme à son habitude embrayé sur les exploits de Mbappé durant la rencontre et oublié ses éclats de rire de la conférence de presse. Pour autant, il serait périlleux d’imaginer que tout va rentrer dans l’ordre comme auparavant. Même si le barnum digitalo-médiatique est passé à autre chose, Paris Saint-Germain va être de toute évidence scruté à la loupe lors de ses prochains déplacements à l’extérieur. Le 18 septembre prochain, l’équipe doit se rendre à Lyon pour y affronter l’Olympique Lyonnais. La capitale des Gaules étant à 2 heures de Paris en TGV, il n’est pas interdit de penser que les associations écologistes tenteront de rallumer la mèche si le club parisien préfère un jet à la SNCF.

Du concret à court et moyen terme

Ensuite, le club doit se désembourber de l’ornière réputationnelle dans laquelle il est tombé. Une option possible passe par donner des premiers signes concrets que les choses bougent au sein du PSG. Cela peut être par exemple par la « mise sous pression » de la SNCF en l’exhortant à fournir des offres de services réellement adaptées et compatibles avec les contraintes d’horaires, de sécurité et de budget d’une équipe comme Paris Saint-Germain et pas seulement des effets de manche à la faveur d’un tweet. Ceci d’autant plus que la compagnie ferroviaire et le club de football avaient déjà pris langue avant le pataquès de la conférence de presse.

D’autres pistes peuvent être également activées comme celle suggérée par Valérie Masson-Delmotte, la coprésidente du groupe 1 du Giec et membre du Haut Conseil pour le Climat sur France. Dans une interview accordée à France Inter, elle estimait que Kylian Mbappé serait (4) « un excellent ambassadeur pour le climat […] Et il y a plein de scientifiques qui seraient ravis d’aller échanger avec les footballeurs au PSG et ailleurs pour susciter leurs actions et partager des connaissances ». Une hypothèse loin d’être farfelue d’autant que le footballeur dispose déjà d’une association.

Enfin, à moyen terme, il serait bénéfique que Paris Saint-Germain active une ambitieuse stratégie RSE qui engloberait par exemple une consommation vertueuse d’eau pour les pelouses, des usages énergétiques optimisés pour l’éclairage du stade et place son futur nouveau d’entraînement à Poissy comme vitrine concrète de ses actions. En y associant pourquoi pas des ONG écologistes. Le football n’est-il pas après tout un sport collectif ?

Blog Olivier Cimelières

Ouvrage, disponible aujourd’hui 9 juin 2022, « RISK MANAGEMENT. ORGANISATION ET POSITIONNEMENT DE LA FONCTION RISK MANAGER. METHODES DE GESTION DES RISQUES. »

Professionnels qui souhaitez découvrir ou approfondir vos connaissances sur le Risk Management et la Fonction Risk Manager : un ouvrage, disponible aujourd’hui 9 juin 2022, « RISK MANAGEMENT. ORGANISATION ET POSITIONNEMENT DE LA FONCTION RISK MANAGER. METHODES DE GESTION DES RISQUES. »
🏁 Il est disponible aujourd’hui, 9 juin 2022 / Sur le site de GERESO Editions, collection Management https://librairie.gereso.com/livre-entreprise/risk-management-fris2.html
/ Sur les sites de la FNAC, AMAZON… 

🎯 Il s’agit de :
La 2ème édition de notre ouvrage 📖  « La Fonction Risk Manager. Organisation, Méthodes et Positionnement » / paru chez Gereso Editions / en 2019 / labellisé FNEGE dans la catégorie Manuel en 2020
✅ Avec un titre plus « large » / La Fonction Risk Manager / La démarche de Gestion des Risques
✅ Avec des ajouts :
👉 Une nouvelle période d’analyse / de 2019 à aujourd’hui
👉 L’intégration des nouveaux enjeux :
  • la loi sur le devoir de vigilance
  • le risque éthique et le risque de réputation
  • le risque cyber, le risque de fraude et leur gestion
  • le rôle du Risk Manager face à la crise sanitaire du Covid 19

👉 De nouveaux exemples

👓 Pour ceux qui découvrent notre ouvrage, vous y trouverez : 
✅ Un panorama complet de votre fonction (activité, place dans l’organisation, compétences), de la démarche de gestion des risques et de ses outils
✅ Des préconisations pour faire évoluer la fonction
✅ Une double approche académique et de terrain, au niveau du contenu, de nos parcours professionnels, des personnalités qui nous ont fait l’honneur de rédiger la préface et la postface.  

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La Gestion de Crises (3). Anticipation et gestion de crises. Retour sur l’anticipation et proposition de plans d’actions (2). Quatre grandes thématiques à appliquer pour améliorer la capacité d’anticipation d’une organisation.

Pour notre 2ème opus sur les solutions pour une « bonne » gestion de crises, un dernier article sur l’anticipation et la gestion de crises.

Emmanuelle Hervé, dg et fondatrice du cabinet de conseil en gestion de crise EH&A, revient dans cet article sur l’importance de l’anticipation dans la gestion des crises et sur l’impact d’une préparation insuffisante, puis propose quatre grandes thématiques à appliquer pour améliorer la capacité d’anticipation d’une organisation.

Dans la gestion de crise, l’incertitude fait partie du lot de tous les jours. Cependant, nous pouvons tenter de prendre les devants en anticipant les risques. L’anticipation est le seul moyen de garder une longueur d’avance et d’imaginer comment une situation peut empirer. Elle permet de garder une marge d’erreur, un temps pour se préparercartographier les parties prenantes, les dangers, et ce, dont on aura besoin pour remédier à la crise.

L’anticipation : le cœur de la gestion de crise

« Prendre les devants sur une situation future pour limiter les impacts négatifs »

En gestion de crise, l’anticipation fait référence à la capacité d’imagination de scénarios défavorables sur l’évolution d’une situation. Anticiper l’évolution d’une crise grâce à la construction des scénarios en considérant toutes les dimensions de celle-ci (RH, juridique, financier, opérationnel, réputationnel, IT etc.) permet de construire un plan d’action pertinent.

Dans notre monde volatile, incertain, complexe et ambigu, être en mesure « d’imaginer des scénarios futurs » est une qualité recherchée par les organisations pour faire face aux crises. Cette qualité s’acquiert grâce à de la méthode, au partage de la vision, au suivi des temporalités de la crise et à l’entraînement.

Dans la gestion de crise, l’incertitude fait partie du lot de tous les jours. Cependant, nous pouvons tenter de prendre les devants en anticipant les risques. L’anticipation est le seul moyen de garder une longueur d’avance et d’imaginer comment une situation peut empirer. Elle permet de garder une marge d’erreur, un temps pour se préparer, cartographier les parties prenantes, les dangers, et ce, dont on aura besoin pour remédier à la crise.

L’importance de l’anticipation réside principalement dans la préparation. En effet, de nombreux chefs d’entreprises ne voient pas les crises arriver. Il est parfois difficile de voir au-delà et d’imaginer que quelque chose pourrait mal tourner. Dans ces situations, les conséquences peuvent être catastrophiques :

  • Mauvaise gestion de la crise
  • Communication bancale
  • Manque de coordination entre les membres de l’équipe
  • Enregistrement imprécis des actions prises, des informations prises par manque d’anticipation des outils nécessaires : logiciels dédiés à la gestion de crise, mind mapping, white board…

Afin d’éviter ces conséquences, il y a 4 grandes thématiques à appliquer qui permettent de développer la capacité d’anticipation :

  1. Organiser une veille active : celle-ci permet de se tenir informé des évolutions de l’entreprise, de son environnement, des signaux faibles … Afin d’avoir un coup d’avance en permanence.
  2. Définir un plan de crise : il permet de savoir ce qu’est une crise, comment s’organiser en interne pour affronter la situation, de savoir quels sont les membres de sa cellule, d’identifier les scenarios défavorables pour adapter les prises de décisions. 
  3. Se former et s’entraîner pour réagir aux imprévus avec plus d’agilité : formations méthodologiques, media training, exercices pratiques, simulations…ce panel permettra aux membres de la cellule de crise et aux portes-parole de développer les réflexes, et l’agilité nécessaire quand une crise survient.
  4. Maîtriser et savoir manier la communication de crise : la communication de crise est un atout important de la gestion de crise car elle vient accompagner le processus et les actions mises en place par la cellule de crise pour les diffuser vers les parties prenantes avec le bon timing. Bien utilisée, elle permet d’éviter les sur-crises qui surviennent parfois même si la gestion opérationnelle de la crise a été bien faite.

L’entreprise doit penser à toutes les situations susceptibles de provoquer une crise et de s’y préparer dans le but d’agir plutôt que de réagir, anticiper plutôt que subir. Concrètement, anticiper permet d’être capable de se mobiliser sans délai en cas de crise à chaud et les bonnes pratiques à appliquer durant les exercices de crise « à froid ».

C’est pourquoi se préparer à gérer d’éventuelles crises est primordial pour ne pas être désarmé lorsqu’elles se produisent. Mesurer les risques, élaborer des plans d’anticipation, planifier des exercices d’entrainements, sont des éléments essentiels pour diminuer les conséquences éventuelles de la crise. L’ajustement des procédures, des méthodes et des outils ou la mise en place de ceux manquants ainsi que la formation et l’entraînement des équipes doivent permettre à l’organisation de mieux anticiper et se préparer pour des crises futures.

Juillet 2021. Emmanuelle Hervé.


 

 

 

La Gestion de Crises (2). Anticipation et gestion de crises. Retour sur l’anticipation et proposition de plans d’actions (1).

Je vous propose un article écrit par R. de Vittoris. Il est en charge de la gestion de crise pour le groupe Michelin depuis plus de 7 ans. Il est également chercheur associé dans le laboratoire de recherche en management CleRMa. Un double profil comme je les aime ! Il est enfin l’auteur de « Surmonter les crises » paru aux éditions Dunod.

Il revient dans cet article sur l’anticipation dans la gestion des crises mais va plus loin en proposant des plans d’actions destinés à en atténuer les limites et à l’améliorer.

L’ANTICIPATION. PRÉVOIR LE FUTUR : ÉTABLIR DES PROCESSUS ET OUTILS ESSENTIELS POUR LA SURVIE DE L’ORGANISATION.

L’anticipation est un élément dont l’importance est systématiquement louée dans l’univers de la gestion de crise. S’il est aisé de concevoir le bénéfice d’une anticipation pertinente afin de préparer l’organisation à affronter l’évènement tout en évitant un maximum la perte de repères associée, il est beaucoup moins facile de saisir les limites floues d’une activité propice à l’expression des biais.
L’anticipation, littéralement « prendre avant », se base essentiellement sur la prévision du futur en vue d’un ajustement des actions et situations du présent. Dans l’univers incertain de la crise, il a été maintes fois établi du caractère fondamental de cette prévision du futur pour l’établissement des processus et outils essentiels pour la survie de l’organisation.

LE BESOIN D’ANTICIPATION N’A PLUS BESOIN D’ÊTRE CONFIRMÉ

Il permet de réduire à la fois :

  • l’ambiguïté (par des interprétations possibles d’un réel futur dont les manifestations parcellaires pourraient générer des incompréhensions et des pertes de repères) et
  • l’incertitude (fournir un spectre large des possibles permettant à l’organisation de se situer dans l’échelle des possibles). Cette proposition structurante de l’avenir, forcément inexacte, n’a pas pour objectif la précision mais la mise en place de repères garantissant une focalisation constante et une interprétation cohérente et collective des évènements.

Second bénéfice majeur, celui d’amorcer un mouvement.
Dans des états de procrastination, de sidération ou de panique, l’anticipation permet, par une perspective future (aussi inexacte soit-elle) positive ou négative, de forcer à amorcer l’action. C’est alors en perspective des situations à venir que des actions peuvent s’amorcer et des décisions se prendre.

IL EST ESSENTIEL DE TENIR COMPTE DES « NOUVELLES » CARACTÉRISTIQUES DU RÉEL.

Nos sociétés sont désormais le lieu d’interactions et d’échanges récurrents, parfois autodéterminés et non-linéaires d’organisations complexes. Cette complexité a une tendance à augmenter avec la progression technologique et l’élaboration des tâches et induit ainsi une propension statistique à l’apparition de défaillance.
En outre, le couplage étroit entre les activités des différents systèmes conduit à une propension, pour les défaillances, à se propager dans l’organisation et même au niveau des organisations environnantes. C’est en partie en raison de ces éléments que les nœuds évènementiels que sont les crises actuelles deviennent multi dimensionnelles et non plus typiques et catégorisables par familles comme les penseurs de la crise auraient pu l’envisager dans le passé.

IL CONVIENT, EN OUTRE, D’ADMETTRE LES LIMITES DE L’ANTICIPATION

L’anticipation consiste essentiellement à une élaboration conceptuelle de l’avenir.
Or les propositions sont le fruit d’un réarrangement des connaissances dans une proposition semblant plausible pour des situations futures. Ainsi, l’activité même d’anticipation repose sur l’induction avec toute la notion d’erreur cognitive qu’elle véhicule.
Dans ses ouvrages Taleb utilise l’exemple d’une dinde pour qui l’apparente linéarité de son existence l’aveugle de futurs alternatifs à cette linéarité (son exécution à la veille de Thanksgiving).

Il est donc difficile aux anticipateurs de s’affranchir du passé pour imaginer le futur et d’éviter ainsi tout biais inductif.

Cette difficulté s’ajoute d’ailleurs à une conséquence négative des schémas anticipatifs lorsqu’ils sont établis et partagés : la réduction du champ cognitif des cellules de crises qui se reposent d’abord (ou se focalisent) sur cette perspective de futur sans la challenger.

NOTRE PROPOSITION
  1. Soulager les acteurs en charge de l’anticipation de toute autre tâche afin de bénéficier au maximum de leur ouverture cognitive
  2. Singulariser des équipes dédiées dans un processus uniquement tourné vers des prospectives à court, moyen et long terme. Une telle approche collective de l’anticipation, par l’émulation et la conceptualisation / projection par rebond qu’elle génère enrichi les réflexions et propositions
  3. Impliquer des acteurs sans spécialisation stricte en lien avec la crise en cours ni d’orientation opérationnelle forte. Une telle approche permettra une plus grande objectivation et un plus grand recul de la démarche
  4. Baser son approche sur la loi de Murphy en s’interrogeant constamment à propos de « comment cela pourrait-il être pire ? »
  5. Impulser les réflexions sur des scenarii de rupture, bouleversant les idées préconçues ou les éléments tenus pour acquis. De ce fait, il est fondamental de ne pas s’imposer de restriction vis-à-vis de la plausibilité des projections.

Raphaël de Vittoris

GESTION DE CRISES (1). Contextualisation : gestion de crises et démarche de gestion des risques ; un exemple récent de communication de crise « brouillonne »

Un thème pour les quatre semaines à venir : LA GESTION DE CRISES

Un contenu par semaine.

  • Contextualisation : la gestion de crises et la démarche de gestion des risques ; un exemple récent de communication de crise « brouillonne »
  • Des solutions en trois opus : anticipation et gestion de crises. Retour sur l’anticipation et proposition de plans d’actions (1) ; anticipation et gestion de crises. Retour sur l’anticipation et proposition de plan d’actions (2) ; présentation d’un outil, le RETEX.

Contextualisation : la gestion de crises et la démarche de gestion des risques

Pour moi, la gestion de crises est ce qui arrive une fois que le risque s’est réalisé – une fois qu’il est trop tard pour le RM. Un RM me disait : « pour moi il faut faire très attention, la plupart du temps, la gestion de crise, la communication de crise ne fait pas partie des descriptions de postes, c’est un tout autre métier. La gestion de risques est vraiment la préparation de tout avant, mais lors des événements se sont des spécialistes opérationnels qui prennent le relais, et surtout en communication de crise…»

Pour autant, revenir sur la gestion de crises a sa place dans un ouvrage consacré à la Fonction Risk Manager https://www.la-librairie-rh.com/livre-entreprise/la-fonction-risk-manager-fris.html et dans un blog consacré aux risques, à la gestion des risques et à la Fonction Risk Manager tant les sujets sont proches voire reliés : le risque de réputation est devenu le « cauchemar » des organisations ; les médias sont identifiés comme un des amplificateurs de risques – rôle encore amplifié par les réseaux sociaux -.

Risque de Réputation. Définition

Nicolas Dufour et moi-même reprenons la définition de Rayner (2003) : « toute action, évènement ou circonstance qui pourrait avoir un impact positif ou négatif sur la réputation d’un organisme…ou encore… comme un ensemble de perceptions et opinions présentes ou passées sur un organisme, nichées dans la conscience des parties prenantes. »/ouvrage p.35.

Dans le blog, je reviens en :

  • septembre 2020 sur l’identification du risque de réputation à travers les affaires Nike : « Risque de réputation. Définition, illustration à travers les affaires Nike 1990-2000, 2020. » ;
  • janvier 2020 sur son impact : « What Price Reputation ? Impact d’une dégradation de l’image sur la valorisation boursière. »

Risque de Réputation. Les médias comme amplificateur de risque.

Nous présentons les médias comme un des deux amplificateurs du risque qui a contribué à mettre en place l’image d’un monde plus risqué : « les médias tendent à amplifier la notion de responsabilité du dirigeant en cas de négligence et les logiques de compensation…Ces évolutions rendent les entreprises plus vulnérables et le risque est partout mais ce qu’elles craignent le plus, c’est la perte de réputation. »/ouvrage p.58.

Risque de Réputation. Evolutions : e-réputation ; éthique

Les entreprises doivent de plus en plus compter avec la viralité des réseaux sociaux. Le risque de réputation croise de plus en plus le risque éthique dans sa dimension développement durable et de plus en plus dans sa dimension gouvernance (respect des engagements pris). Elles doivent soigner leur e-réputation. Le risque de réputation est exacerbé. Le rôle des médias et ces évolutions récentes (e-réputation/éthique de l’entreprise) sont très bien illustrés dans l’étude VISIBRAIN dont je vous propose un résumé dans le blog en décembre 2020.

Des exemples de gestion de crises et communications de crise « ratées ». Dans notre ouvrage, je vous propose les exemples de Total Raffinerie de la Mède, AF-KLM, Lidl, Dove, Lactalis ou encore Nike qui comptent parmi les plus médiatiques.

Je vous propose un article de Valéry Rieß-Marchive qui analyse la communication de crises externe confuse après une cyberattaque du groupe Hopps. Bien qu’en interne, l’information ait été honnête et rapide auprès des employés, la communication externe manquait de clarté et surtout de transparence, ce qui a été souligné par les médias et les réseaux sociaux. Un alignement de la communication entre toutes les parties prenantes est important afin de maintenir la confiance de ces dernières.

Un exemple récent de communication de crise « brouillonne »

Cyberattaque : Colis Privé donne l’exemple d’une communication de crise externe brouillonne

La maison-mère de Colis Privé, le groupe Hopps, a été victime d’une cyberattaque fin avril. Mais il s’est montré incapable d’assurer une communication externe juste. Alors qu’en interne, elle semble l’avoir été.

La communication de crise du groupe Hobbs, dont font partie Dispeo, Colis Privé, ou encore Adrexo, pourrait bien rester dans les annales comme illustration de ce qu’il ne faut pas faire vis-à-vis du public et de ses clients finaux, lorsque l’on est confronté à une cyberattaque.

L’information a commencé à filtrer le 25 avril, par le biais du syndicat C.A.T. d’Adrexo. À cette date, celui-ci évoquait sur son blog un « incident informatique » : « le réseau informatique de l’entreprise connaît des difficultés » ; « une partie des services informatiques sont actuellement à l’arrêt suite à un incident ». Le lendemain, les choses gagnent un peu en clarté : « informatique à l’arrêt ; cyberattaque confirmée », apprend-on… toujours du syndicat C.A.T. d’Adrexo. Ce dernier « félicit[e] la transparence dont l’entreprise a fait preuve dès ce matin, car nous pensons qu’il est prudent d’anticiper toutes les conséquences pratiques dès aujourd’hui ».

En interne, la communication trouve donc un écho positif. Mais à l’extérieur, la situation est toute autre. Sur Twitter, le message officiel est bien différent. Là, le 26 avril au matin, Colis Privé ne parle que d’un « incident technique » à la suite duquel « vous ne pouvez pas vous connecter sur le suivi de votre colis. Veuillez nous excuser de la gêne occasionnée ». Il faudra attendre le 29 avril, vers midi et demi, pour que le message change : « Colis Privé a été victime d’une cyberattaque ».

https://cdn.ttgtmedia.com/rms/LeMagIT/colis-prive-0426_half_column_mobile.png

La communication extérieure officielle est à ce stade formalisée et répétée à l’envie : la cyberattaque « a été très rapidement contenue » ; « nos équipes et des experts externes travaillent ardemment à la résolution de cet incident ». Le lendemain, nos confrères de L’Usine Digitale n’ont rien de plus à se mettre sous la dent. Sur ses pages Facebook et LinkedIn, ou sur l’espace presse du groupe Hopps : rien ; silence complet sur l’incident.

Entre-temps, les critiques fusent depuis le 26 avril contre un Colis Privé muré dans le mutisme. L’annonce de la cyberattaque est même accueillie par certains consommateurs avec un doute non dissimulé. Et ce n’est guère une surprise. Car le groupe Hopps a commencé par chercher à minimiser la gravité de la situation, auprès du public, probablement en s’imaginant rassurer. Mais sans y parvenir. Ce faisant, il a semé le discrédit sur sa communication publique. D’où la défiance à son égard lorsqu’il a enfin reconnu la cyberattaque.

Mais là encore, le groupe s’évertue à minimiser la gravité de la situation, assurant que l’attaque « a été rapidement contenue » et parlant d’un incident « qui a pu occasionner quelques dysfonctionnements ». Pourquoi est-ce que cela ne passe pas ?

Notamment parce que côté syndicat, le message véhiculé le 26 avril ne laissait pas entrevoir un incident « rapidement contenu » : « pour Adrexo, les badgeuses ne fonctionnent pas, mais il en est de même pour l’ensemble des services informatiques sauf les messageries ». Qui plus est, « les routeurs ayant été débranchés dans les agences à la demande des services centraux, le réseau téléphonique filaire est également souvent à l’arrêt. Ceci veut aussi dire que l’entreprise ne peut plus facturer, gérer sa comptabilité ou éditer sa paie à ce jour ». Le 28 avril, le syndicat C.A.T. d’Adrexo expliquait que l’informatique du groupe était encore à l’arrêt et que la paie… serait assurée manuellement.

https://cdn.ttgtmedia.com/rms/LeMagIT/colis-prive-0430_half_column_mobile.png

Ironie de la situation, en interne, selon un e-mail partagé par la CGT, la direction affirmait, le 27 avril, souhaiter « donner un maximum de visibilité quant aux actions en cours ». Le message est d’ailleurs détaillé et plutôt transparent, donnant aux équipes une vraie visibilité sur la feuille de route des équipes impliquées dans la réponse à incident.

Ce courriel est intéressant à un autre titre. Là, pas question de minimiser la gravité de la situation. Même si l’on retrouve la tentation classique de jouer la surenchère quant à la sophistication de l’agresseur : « nous avions jusqu’ici réussi à contrer les attaques dont nous avions pu faire l’objet ; il s’avère que celle que nous venons de subir est l’une des plus virulentes au niveau mondial ».

Le vendredi 30 avril au matin, si les consommateurs affectés n’ont toujours qu’une information en peau de chagrin, en interne, la transparence est encore de mise, avec la perspective d’une « reprise progressive des fonctions principales, essentielles à notre activité, à partir de mardi prochain [4 mai, donc, N.D.L.R.], et ce pour toutes les filiales du groupe ».

Mais attention : « le rétablissement intégral de nos solutions informatiques et la mise en place de nouveaux process organisationnels prendront du temps, et nous savons que les conséquences de cette cyberattaque pourront être longues à être entièrement absorbées ». Ce qui ne va pas sans contraster quelque peu avec le triomphalisme affiché au paragraphe précédent : « à l’échelle de l’attaque que nous avons subie, le délai de résolution de cet incident est un exploit ».

Quiconque a suivi, même de loin, les cyberattaques récentes mesure à quel point l’expérience peut être traumatisante… et qu’il est illusoire d’espérer retrouver des conditions opérationnelles normales en l’espace de seulement quelques jours. Mais à défaut de rassurer, les efforts de minimisation de la sévérité de la situation donnent donc l’image d’une communication externe brouillonne et d’un manque de préparation.

Bien loin, donc, d’une communication de crise comme celle d’un OVHcloud, par exemple, dont le PDG a su se montrer pleinement mobilisé, dans la durée, après l’incendie de l’un de ses centres de calcul. Ce qui apparaît d’autant plus regrettable, pour le groupe Hopps, qu’en interne, la communication apparaît bien plus réussie.

Valéry Rieß-Marchive. Mai 2021

Risque Ethique. Travail forcé des Ouïghours : enquête ouverte en France contre quatre géants du textile

L’actualité récente témoigne de l’élargissement de la nature et de l’ampleur des risques, qui fait aujourd’hui de sa gestion une variable stratégique de la réflexion des entreprises.

Nouveaux risques.

Les cyber-attaques appartiennent à la catégorie des risques nouveaux ; le cyber-risque est d’ailleurs le premier cité par les entreprises dans le baromètre des risques de l’assureur Allianz. L’incendie de l’usine Lubrizol, le jeudi 26 septembre, n’est pas qu’un risque « traditionnel » d’incendie ; il s’agit d’un risque éthique dans sa dimension de développement durable. La plainte déposée début avril au parquet national antiterroriste (Pnat) par plusieurs associations de défense des droits humains contre quatre enseignes de la mode est un risque éthique dans sa dimension de gouvernance : respect par l’entreprise des engagements pris, transparence et ouverture aux besoins de l’environnement dans laquelle elle opère, prise en compte des parties prenantes, les actionnaires et tous les groupes ou individus qui peuvent affecter ou être affectés par la réalisation de ses objectifs.

Amplification du risque.

Les médias amplifient la notion de responsabilité du dirigeant en cas de négligence, les logiques de compensation. Le risque de réputation devient le « cauchemar » des organisations.

Pour plus de détail.

Voir La Fonction Risk Manager. Organisation, Méthodes et positionnement. Chapitre 1 Définition des notions mobilisées et contextualisation de la Fonction Risk Manager. Chapitre 3 Définition et illustration des différentes classes de risques auxquelles sont confrontés les Risk Managers.

Lien. https://www.la-librairie-rh.com/livre-entreprise/la-fonction-risk-manager-fris.html

Voir Blog. Catégorie Risques. Rubriques Risque de réputation ou Médias et amplification du risque.

Travail forcé des Ouïghours : enquête ouverte en France contre quatre géants du textile

La justice française a ouvert une enquête pour « recel de crimes contre l’humanité » contre quatre enseignes de la mode, qui contestent ces accusations. Cette enquête fait suite à une plainte déposée début avril au parquet national antiterroriste (Pnat) par plusieurs associations de défense des droits humains.

Il n’y a pas seulement la Chine qui est pointée du doigt. Alors que Pékin est accusée par l’Occident de torture, de travail forcé, voire de génocide sur la communauté Ouïghoure, plusieurs géants mondiaux du textile sont accusés de complicité par des associations de défense des droits humains. Quatre enseignes sont désormais dans le collimateur de la justice française, a indiqué une source judiciaire ce jeudi à l’AFP, confirmant une information de « Mediapart ».

Une enquête pour « recel de crimes contre l’humanité » a ainsi été ouverte fin juin contre Uniqlo France (qui appartient au groupe japonais Fast Retailing), Inditex (qui détient les marques Zara, Bershka, Massimo Duti), SMCP (Sandro, Maje, de Fursac…) et le chausseur de sport Skechers.

Une enquête « historique »

Ouverte par le pôle « crimes contre l’humanité » du parquet national antiterroriste (Pnat), cette enquête fait suite à une plainte déposée début avril à Paris par l’association anti-corruption Sherpa, le collectif Ethique sur l’étiquette et l’Institut ouïghour d’Europe.

Les associations reprochent à ces entreprises de commercialiser des produits fabriqués en totalité, ou en partie, dans des usines où des Ouïghours sont soumis au travail forcé. Elles estiment aussi que ces sociétés ne justifient pas d’efforts suffisants pour s’assurer que leurs sous-traitants ne sont pas impliqués dans les persécutions de cette minorité.

Ces multinationales, en bénéficiant du travail forcé de cette minorité, font « entrer un crime contre l’humanité dans nos vies quotidiennes », avait déploré en avril l’eurodéputé Raphaël Glucksmann, apportant son soutien à la démarche judiciaire des ONG. L’élu a réagi le jour même sur Twitter, estimant que l’ouverture de cette enquête était « historique ».

Les entreprises contestent

Dans le détail, le géant espagnol Inditex est épinglé pour ses liens supposés avec des producteurs de fils et de tissus du Xinjiang. Une accusation formellement contestée par Inditex France. « Des contrôles de traçabilité rigoureux sont menés au sein du groupe. Ils ont permis de vérifier que les allégations provenant de cette plainte sont infondées. Le groupe coopérera, pour l’établir, avec les autorités judiciaires françaises », indique l’entreprise espagnole.

Le géant mondial de la mode à petit prix a mis en place une charte il y a des années, qui condamne notamment le travail forcé, ou encore celui des enfants. Quelque 6.000 audits sont menés dans les pays « sensibles », afin de vérifier que ses sous-traitants la respectent. « Nous appliquons une tolérance zéro à l’égard de toute forme de travail forcé et nous avons établi des politiques et des procédures pour garantir que cette pratique n’existe pas dans notre chaîne d’approvisionnement ».

Uniqlo, qui a pris position officiellement contre le travail forcé de la minorité, est accusé lui de s’être fourni en textile dans la région et dans la province d’Anhui, où des milliers de travailleurs ouïghours ont été transférés, possiblement contraints.

Le fabricant SMCP a lui pour actionnaire majoritaire Topsoho, une société détenue par le Chinois Shandong Ruyi qui, aurait implanté ses usines depuis 2010 dans le Xinjiang. Des accusations réfutées avec « la plus grande fermeté », a réagi l’entreprise, qui assure vouloir « coopérer pleinement avec l’enquête pour démontrer que celles-ci sont fausses ».

Enfin, des chaussures de Skechers USA France auraient été produites dans une usine de la province du Guangdong, où travaillent des Ouïghours transférés potentiellement de force, selon les plaignants.

Avec AFP

Les Echos, 2 juillet 2021.

Risque de Reputation : Quelles Evolutions ? Médias, E-REPUTATION, ETHIQUE

Risque de Réputation. Définition

Dans notre ouvrage « La Fonction Risk Manager. Organisation, Méthodes et Positionnement », Editions Gereso, 2019, Nicolas Dufour et moi-même reprenons la définition de Rayner (2003) : « toute action, évènement ou circonstance qui pourrait avoir un impact positif ou négatif sur la réputation d’un organisme…ou encore… comme un ensemble de perceptions et opinions présentes ou passées sur un organisme, nichées dans la conscience des parties prenantes. » p.35

https://www.la-librairie-rh.com/livre-entreprise/la-fonction-risk-manager-fris.html

Voir blog janvier 2020 / « What Price Reputation ? Impact d’une dégradation de l’image sur la valorisation boursière. »

Voir blog septembre 2020 / « Risque de réputation. Définition, illustration à travers les affaires Nike 1990-2000, 2020. »

Risque de Réputation. Les médias comme amplificateur de risque.

Nous présentons les médias comme un des deux amplificateurs du risque qui a contribué à mettre en place l’image d’un monde plus risqué : « les médias tendent à amplifier la notion de responsabilité du dirigeant en cas de négligence et les logiques de compensation…Ces évolutions rendent les entreprises plus vulnérables et le risque est partout mais ce qu’elles craignent le plus, c’est la perte de réputation. » p.58.

Risque de Réputation. Evolutions : e-réputation ; éthique

Les entreprises doivent de plus en plus compter avec la viralité des réseaux sociaux. Le risque de réputation croise de plus en plus le risque éthique dans sa dimension développement durable et de plus en plus dans sa dimension gouvernance (respect des engagements pris).t soigner leur e-réputation. Le risque de réputation est exacerbé. Le rôle des médias et ces évolutions récentes (e-réputation / éthique de l’entreprise) sont très bien illustrés dans l’étude VISIBRAIN dont je vous propose un résumé ci-dessous.

Réputation des marques : 5 enjeux numériques à intégrer en 2021

2021, année de tous les dangers réputationnels ? A l’aune de cette année très particulière qui s’achève (enfin !) et qui aura dopé comme jamais les conversations et les contenus en ligne, Visibrain, la plateforme de veille d’Internet et des réseaux sociaux, a tracé 5 tendances majeures qui devraient perdurer, voire s’amplifier à l’encontre des marques et des entreprises. Points saillants d’un rapport instructif.

Pour le meilleur et pour le pire, l’année 2020 marque la consécration du digital dans la construction des réputations et des perceptions. Confinement oblige, jamais les citoyens ne se sont autant connectés sur les réseaux sociaux. Même si chaque génération a ses terrains numériques de prédilection, le volume des conversations et des partages de contenus n’a cessé de gonfler. La pandémie de la Covid-19 est évidemment le vecteur principal des commentaires des internautes. Néanmoins, les causes sociétales et environnementales ne sont pas en reste. Pour les marques et les entreprises, il s’avère plus que jamais d’être agile face aux menaces comme aux opportunités sous peine de réputation entamée.

Tendance n°1 : La réputation des marques est plus que jamais liée aux enjeux de société

Les débats sociétaux et environnementaux rattrapent et embarquent de plus en plus les marques. Même si ces dernières sont loin d’être demeurées à l’écart en lançant des programmes de développement durable, en soutenant des initiatives citoyennes et en se préoccupant davantage de leur raison d’être, elles sont de plus en plus souvent interpelées, voire sommées de s’engager et prendre des positions sur un sujet donné. En 2020, les thèmes n’ont pas manqué. Il y a bien sûr eu la crise sanitaire où les entreprises ont redoublé d’efforts pour apporter une contribution à mesure de leurs expertises et de leurs possibilités. Cela ne doit pas occulter d’autres causes qui ont tiré par la manche nombre de marques afin qu’elles évoluent dans leur positionnement ou leurs promesses.

A cet égard, on peut citer deux cas emblématiques : l’arrestation mortelle de George Floyd aux USA qui a entraîné l’explosion du mouvement #BlackLivesMatter et la campagne intense autour de l’esclavagisme de la minorité ouïghoure pratiqué par le gouvernement chinois. Dans le premier cas, plusieurs marques renommées ont senti le vent du boulet à tel point que le groupe Mars, propriétaire de la célèbre marque Uncle Ben’s, a décidé de se débarrasser de la bobine conviviale de son effigie face à la résurgence d’un passé esclavagiste dans les Etats du Sud. D’autres marques se sont engouffrées à leur tour dans le débat antiraciste mais non sans déclencher parfois des grincements de dent et des critiques cinglantes. Nike s’est aussi profondément impliqué avant de se faire flasher par le deuxième cas. Une ONG accuse en effet la marque d’exploiter le travail forcé des Ouïghours dans des manufactures chinoises.

Ces illustrations montrent concrètement que les entreprises ne peuvent plus ignorer la tectonique permanente des enjeux de société. Le rapport Visibrain note ainsi : « La RSE, qui était jusqu’alors un moyen de différenciation, est aujourd’hui un prérequis. Il en va de même pour le bien-être animal, l’égalité homme-femme, mais aussi le respect des droits de l’Homme, autant de causes qui prennent de plus en plus de place sur la scène sociale et pour lesquelles il faudra rendre des comptes en cas de mauvaises conduites. Ainsi, le degré d’engagement social d’une marque contribue directement sur sa perception, positivement comme négativement ».

Tendance n°2 : La distinction entre médias, influenceurs et réseaux sociaux s’efface

En perte de vitesse auprès de certaines cibles qui les suspectent de mentir ou cacher des choses et majoritairement ignorés des plus jeunes générations, les médias classiques souffrent. Ils restent certes d’indéniables carrefours d’audience et exercent encore une influence dans la narration de la société. Néanmoins, ils sont de plus en plus challengés par ce que Visibrain appelle des « médias hybrides » : « Ils s’appellent Brut, Mediavenir ou encore Loopsider et, durant la crise, leur part de voix a explosé sur les réseaux sociaux. Ils jouent parfaitement avec les codes des plateformes sociales, ce qui explique en partie leur succès. Ils se font également connaître grâce à certains de leurs journalistes, qui deviennent de véritables influenceurs ! ».

A ce brouillage des périmètres informationnels, doit s’ajouter le poids prégnant des influenceurs mais aussi et surtout des communautés activistes. Ces militants ont véritablement fait du « online » le champ d’expérimentation et d’action pour aller tacler les entreprises qui se situent à rebours de leurs convictions. Visibrain a identifié un schéma récurrent dans leur mode d’action :

  1. Une phase préparatoire où les groupes échangent via des messageries instantanées (WhatsApp, Telegram) qui sous le radar des veilles digitales ou des plateformes plus discrètes comme Discord.
  2. Une phase de transmission où les messages échafaudés contre les cibles désignées vont tenter de percoler et de circuler en masse sur les réseaux sociaux. C’est d’ailleurs à ce moment précis qu’une veille digitale de ce nom peut alerter une marque ou une entreprise.
  3. Une phase de contamination qui à l’instar du fonctionnement des virus, marque une amplification de la campagne (au-delà même des communautés de départ) allant ainsi toucher un plus large public et des médias classiques.

Tendance n°3 : La réputation des marques est un enjeu sur tous les réseaux sociaux sans exception

Pendant longtemps, les foyers infectieux de bad buzz étaient principalement cantonnés sur Twitter en premier lieu puis Facebook. Là aussi, la donne s’est substantiellement modifiée. Instagram est entré dans la danse des avatars réputationnels avec notamment la polémique autour du Slip Français où deux employés avaient diffusé des vidéos à caractère raciste. Pour Visibrain, cette porosité pourrait continuer de s’étendre en 2021, en particulier sur TikTok, le réseau en pointe actuellement où les marques se font déjà bousculer. Elles y sont quotidiennement citées comme #Mcdonalds cité dans 412 900 vidéos, #Amazon 289 000, #Zara 176 900, voire des enseignes moins attendues comme Super U (803 vidéos). Et la tonalité n’est pas toujours tendre et flatteuse.

Cette évolution va certes complexifier les stratégies de veille en ligne chez les annonceurs et obliger à segmenter plus finement. Pourtant, il va falloir aller de l’avant et s’imprégner de ces réseaux où marques et entreprises ne sont pas toujours à l’aise car les codes de communication sont nettement différents et très générationnels. Pour autant, faire l’impasse équivaudrait à prendre des risques réputationnels conséquents. Sur Instagram par exemple, les groupes activistes n’hésitent pas à infiltrer des conversations nées à partir d’un profil pour faire valoir leurs points de vue.

Tendance n°4 : La snack-vidéo, LE format de 2021

Effet collatéral du confinement : notre consommation d’écran s’est orientée à la hausse, avec notamment le besoin de rire et de décompresser via le partage de vidéos courtes et drôles. Visibrain l’assure : « En 2021, la snack-vidéo simple à consommer et à créer, s’imposera comme le format idoine du web ! C’est d’ailleurs durant le 1er confinement que TikTok, le réseau de la vidéo par excellence, a été propulsé sur le devant de la scène digitale ». Bien que TikTok réfléchisse actuellement à la possibilité d’allonger la durée de ses vidéos à 3 minutes, il est indéniable que ce format concis a vite fait des émules chez les concurrents. Instagram a répliqué avec les Reels, YouTube a dégainé Shorts et Snapchat a lancé avec Spotlight.

Ces formats très prisés constituent évidemment des opportunités de prise de parole pour les marques et les entreprises et se rapprocher ainsi de communautés plus jeunes pour lesquelles Facebook relève désormais de l’âge de pierre du numérique. Mais, comme à chaque évolution, il est important d’avoir conscience des potentielles chausse-trappes. La démarche devra être pertinente et authentique. Dans le cas contraire, une marque risquera alors de se prendre les pieds dans le tapis comme Jean-Luc Mélenchon et Marlène Schiappa qui à trop vouloir singer les codes, ont surtout été la risée des internautes.

Tendance n°5 : Fake News : un combat engagé mais pas encore gagné

C’est sans nul doute la tendance la plus préoccupante. L’OMS les a qualifiées d’« infodémie ». La Covid-19 les a amplifiées à ses dépens. Les Fake News (ou infox) vont plus que jamais se propager en 2021 et au-delà. Elle peuvent potentiellement toucher quiconque : personnalité, entreprise, marque, fait de société, cause. La liste est loin d’être close. Face à ce virus informationnel, il devient encore plus urgent et crucial de s’appuyer sur des dispositifs de veille pour anticiper et endiguer au maximum.

Si l’infox grossière est dorénavant vite éventée, la fake news élaborée est plus difficile à repérer et à contredire. Il y a notamment le phénomène croissant des vidéos « deep fake » qui font tenir des propos vrais ou faux à des personnalités en étant assemblés de manière très crédible. Or, le climat de défiance n’ayant toujours pas reflué, le fumet du conspirationnisme a encore de beaux jours devant lui. Pour Visibrain, le documentaire « Hold-Up » est le parangon de cette désinformation « raffinée » : « En jouant avec les codes, en mélangeant avis d’experts (personnalités du monde médical) et figures clivantes, déguisées en « grands gourous » du secteur, le film arrive à semer le doute auprès du grand public. Sur les réseaux sociaux, la sphère complotiste s’en donne à cœur joie ». Les entreprises ne sont plus à l’abri de ce type d’attaques réputationnelles. D’ailleurs, les laboratoires pharmaceutiques ont essuyé des tirs nourris à coups d’amalgames mixant du vrai, du vraisemblable et du carrément faux.

So what ?

En conclusion et en synthèse, le rapport Visibrain souligne avec acuité que « le climat sanitaire et social de 2020 a énormément joué sur les croyances tandis que la digitalisation du monde s’est accélérée, amplifiant les phénomènes de good buzz et de badbuzz. Désormais, tout se passe en ligne. La e-réputation devient la réputation, tout court. Il faut également intégrer que c’est la société, à l’échelle mondiale, qui est en crise. L’ignorance ne sera plus acceptée ».

Bien que cela ne soit pas forcément un horizon totalement réjouissant, l’avis de turbulences réputationnelles demeure plus que jamais un dossier stratégique et prioritaire pour les marques comme pour les entreprises. Consultant chez Image Sept, Antoine Dubuquoy formule joliment le défi qui s’annonce : « 2021 ne sera guère plus calme que les années précédentes. Nous sommes entrés dans l’ère des vérités alternatives, largement amplifiées par les réseaux sociaux. Nous sommes entrés dans une ère de défiance, une ère où la raison s’efface derrière la croyance […] L’attention des utilisateurs de réseaux sociaux est volatile, une indignation chassant l’autre, les rendant illisibles. Il est plus que jamais nécessaire de détecter en amont les signaux faibles et d’appliquer la vieille sagesse romaine, « Si vis pacem, para bellum» (NDLR : du latin « Si tu veux la paix, prépare la guerre »).

Blog O. Cimelière, Directeur-adjoint ESJ Entreprise.

Risque de réputation. Définition, illustration à travers les affaires NIKE, 1990-2000, 2020

Dans notre ouvrage « La Fonction Risk Manager. Organisation, Méthodes et Positionnement », Editions Gereso, 2019, Nicolas Dufour et moi-même reprenons la définition de Rayner (2003). Il définit le risque de réputation comme « toute action, évènement ou circonstance qui pourrait avoir un impact positif ou négatif sur la réputation d’un organisme…ou encore… comme un ensemble de perceptions et opinions présentes ou passées sur un organisme, nichées dans la conscience des parties prenantes. »

Contrefaçons, rumeurs, guerre économique, diffamation…sont autant de vecteurs de risques que l’entreprise devra contrôler afin de maîtriser son image. Les risques associés à l’image ou à la réputation de l’entreprise ne sont pas dédiés aux grandes entreprises. Ils sont également un enjeu pour chaque PME-PMI, ETI.

Nous l’illustrons à travers « l’affaire Nike (1990-2000) ».

Vous trouverez ci-dessous un extrait des faits reprochés à Nike et qui ont affecté sa réputation (p.39).

« En résumé, Nike a opté pour une stratégie basée sur une forte capacité d’innovation, un marketing agressif mettant en scène des superstars du monde sportif… Cette stratégie a relativement bien fonctionné, jusqu’à ce qu’elle fasse l’objet de critiques véhémentes par des activistes, dénonçant les pratiques des sous-traitants, considérées comme non conformes à l’éthique communément acceptée dans les pays développés. Au nombre des pratiques dénoncées, figuraient en bonne place le non-respect de certaines conventions internationales portant, entre autres, sur la liberté syndicale, les conditions de travail, le travail forcé, le travail des enfants et les questions salariales…

Puis un article écrit par O.Cimelière, Directeur-adjoint ESJ Entreprise sur la nouvelle tourmente qui affecte de nouveau la réputation de l’entreprise.  

« Dr Jekyll & Mr Nike : De la nécessité impérative d’avoir une communication RSE alignée pour sa réputation

Très active durant les mouvements de protestation liés à #BlackLivesMatter, la marque Nike se retrouve actuellement confrontée à des mises en accusations graves de la part d’une ONG australienne et du député européen Raphaël Glucksmann. L’entreprise s’approvisionnerait auprès d’usines chinoises où la minorité ouïghoure est réduite en esclavage. Jusqu’où tolérer un grand écart réputationnel sans s’égarer dans le « woke washing » ? Analyse.

Il s’intitule sobrement « You can’t stop us ». En 1 minute 30, le dernier film publicitaire de Nike magnifie le monde du sport dont les événements et les compétitions ont dû être annulés ou reportés durant la pandémie du coronavirus. Depuis fin juillet, ce vibrant appel à la résilience et à la volonté a été visionné 50 millions de fois à ce jour sur YouTube. La marque au swosh est familière de ces messages engagés et puissants qu’elle égrène au fil des mois. En mai dernier, c’était le spot « « We are never too far down to come back » qui invitait au relèvement après d’éprouvantes semaines de confinement en jouant avec l’allégorie de grands sportifs mythiques ayant vécu l’échec avant de retrouver le sommet. Sur YouTube, plus 1,1 millions de personnes ont plébiscité le film.

Il est pourtant un sujet actuel où Nike est étonnamment aux abonnés absents malgré les likes qui s’empilent en sa défaveur et les messages d’exhortation qui circulent sur les réseaux sociaux et dans des pétitions en ligne : le travail forcé des Ouïghours dans des usines chinoises manufacturant des produits textile pour la marque. Peut-on sincèrement être #BlackLivesMatter et fermer les yeux par ailleurs sur des atteintes fondamentales aux Droits de l’Homme ?

Nike, esclavagiste par procuration ?

L’épineux dossier des Ouïghours éclate début mars 2020 avec les révélations d’un rapport très fouillé de l’ONG australienne, Australian Strategic Policy Institute (ASPI). Dans celui-ci, il est question de la déportation de plus de 80 000 Ouïghours, une population turcophone et majoritairement musulmane vivant dans la région chinoise du Xinjiang. Depuis des années, celle-ci est persécutée par le régime central de Pékin qui entend dissoudre la culture ouïghoure en internant des millions de personnes dans des camps de rééducation (lire à ce sujet les articles conseillés en bas de l’article). Or, dans ces camps, l’ONG explique qu’entre 2017 et 2019, 80 000 d’entre elles ont été transférées de force pour travailler dans des usines chinoises (1) « appartenant aux chaînes d’approvisionnement de 83 marques connues mondialement dans la technologie, le textile et l’automobile. Des usines recourent au travail forcé des Ouïghours dans le cadre d’un mécanisme de transfert encadré par l’Etat (chinois), ce qui entache des chaînes de production à l’échelle mondiale ».

Nike n’est certes pas la seule marque emblématique pointée du doigt. A ses côtés, on retrouve d’autres noms illustres comme Apple, Samsung, BMW, Adidas ou encore Lacoste. En revanche, elle est sûrement celle qui interpelle le plus du fait de son activisme sociétal prononcé aux Etats-Unis et ailleurs. Souvent prompte à dénoncer la ségrégation raciale et à soutenir des sportifs engagés comme Colin Kaepernick ou Megan Rapinoe, Nike se veut une entreprise à raison d’être assumée et incarnée. Dans son rapport, l’ONG australienne s’appesantit toutefois particulièrement sur l’usine de Quingdao Taekwang Shoes qui fait travailler de force 600 ouvrières et qui est un établissement important pour Nike (2) : « Il s’agit pour la majorité de femmes ouïghoures des préfectures du Hotan et du Kashgar, considérées par le gouvernement chinois comme ‘arriérées’ et ‘contaminées par l’extrémisme religieux’. A l’usine, les ouvrières ouïghoures fabriquent des chaussures Nike pendant la journée. Le soir, elles sont obligées de suivre des cours où elles étudient le mandarin, chantent l’hymne national chinois et reçoivent des leçons d’éducation patriotique ».

Nike, do you hear us ?

La mise en cause de l’ONG n’a pourtant pas vraiment fait bouger l’entreprise. A la suite de la publication du rapport, Nike se retranche d’abord derrière le communiqué officiel du syndicat de branche « Retail Industry Leaders Association » qui précise notamment que des actions vont être engagées mais que ce problème ne peut être résolu par le seul truchement des entreprises et requiert une implication plus poussée du gouvernement américain (3).

Fin juin 2020, c’est le député européen Raphaël Glucksmann qui décide de remettre la pression sur le sujet. Depuis ses comptes Twitter et Instagram, il hèle publiquement Nike mais aussi Adidas et Lacoste à propos des conditions inhumaines que subissent les Ouïghours dans les usines chinoises qui fabriquent pour leur compte. Assez rapidement, Adidas et Lacoste reçoivent l’élu européen et prennent des engagements clairs pour changer les prestataires de leur chaîne d’approvisionnement et de production. En revanche, Nike fait la sourde oreille aux requêtes du philosophe qui tweete (4) : « Nike n’a pas répondu à nos demandes précises. Ce rejet de la transparence souligne l’importance cruciale de notre combat au Parlement pour une législation européenne sur le devoir de vigilance des entreprises. Là où le volontariat ne suffit pas, il faut imposer par la loi ». Et les internautes d’essayer de lancer un boycott de la marque récalcitrante.

Un démenti ambivalent

Courant juillet, Nike se décide enfin à sortir du bois avec un communiqué diffusé sur le site Web corporate. La marque au swosh réfute les assertions contenues dans le rapport de l’ASPI qu’elle qualifie d’inexactes. Elle explique ensuite que l’entreprise est particulièrement pointilleuse en matière de respect des Droits humains et qu’elle s’efforce de faire appliquer son Code de Conduite à ses partenaires et fournisseurs. Concernant l’usine de Qingdao Taekwang Shoes plus particulièrement vilipendée, elle précise qu’après avoir été alertée en 2019, elle a enjoint l’établissement à arrêter d’employer des ouvriers ouïghours en provenance de la région autonome du Xinjiang (5) et que les effectifs actuels n’en comptent plus.

Le plaidoyer ne semble pas convaincre tout le monde, à commencer par Gordon G. Chang, un auteur et éditorialiste américain. Il fait notamment référence à un reportage publié en Février 2020 par The Washington Post. Le journaliste y raconte qu’il a vu des ouvriers ouïghours travailler et être effrayés de parler à des interlocuteurs étrangers dans l’usine de Taekwang, par ailleurs fournisseur de Nike depuis 30 ans à raison de 8 millions de paires de chaussures de sport produites annuellement (6). Un témoignage qui vient donc quelque peu contredire les allégations de Nike dans son communiqué.

Schéma extrait du rapport de l’ASPI

Risque de résurgence d’un passé embarrassant

Avec la controverse sur le travail forcé des Ouïghours, la marque sportive joue avec le feu en termes de réputation. C’est en effet loin d’être la première fois que celle-ci se voit morigéner pour laisser perdurer des dérives dans les usines de ses fournisseurs (Nike ne possédant pas de sites de production en propre). Déjà dans les années 70, la marque avait été blâmée pour recourir à des ateliers de misère (les tristement connus « sweatshops ») en Chine, à Taïwan et en Corée du Sud. Des accusations qui sont réitérées en 1991 par des activistes qui dénoncent des dérives similaires en Indonésie. Un film intitulé « Behind the swosh » est même consacré au sujet. Rebelote en 1996 avec le magazine Life qui publie en particulier une photo qui va faire mondialement sensation (et réaction !). Celle-ci montre un enfant de 12 ans en train de coudre un ballon de football estampillé Nike.

C’est en 1998 que Nike commence à prendre la mesure du problème d’image qui ternit grandement la réputation de l’entreprise et de ses produits. Phil Knight, fondateur de Nike et PDG jusqu’en 2006, finit par admettre que sa société doit prendre sa part de responsabilité d’autant que l’opinion publique s’émeut ouvertement (7) : « Le produit Nike est devenu synonyme de salaires d’esclave, de travail forcé sans limite et d’abus arbitraires ». Malgré des actions concrètes réalisées sur le terrain, Nike éprouve des difficultés à se défaire de cette encombrante réputation d’entreprise méchante.

Une réputation entretenue de surcroît par les organisations activistes particulièrement suspicieuses et à l’affût du moindre dérapage. Lequel intervient à nouveau en 2006 à l’ouverture de la Coupe du Monde de football où de nouvelles photos d’enfants pakistanais cousant des ballons sont dévoilées. L’électrochoc est cette fois sévère. Nike rompt son contrat avec le fabricant en cause et rappelle les ballons pour un coût de 100 millions de dollars (8).

© Marie DORIGNY

Nike prend le taureau par les cornes

Depuis ces déboires, Nike a démontré un engagement nettement plus solide sur les questions de responsabilité sociétale. En 2013, la société va même prendre une décision radicale qui ne fut pas sans aller avec quelques débats houleux et réticents en interne avec les responsables des achats. À la suite des alertes répétées de Hannah Jones, vice-présidente de Nike en charge du développement durable et de l’innovation, sur les conditions de travail régnant au Bangladesh, Nike met un terme aux contrats passés avec plusieurs fournisseurs. Quelques semaines plus tard (le 24 avril 2013 précisément), une grande usine de confection, le Rana Plaza, s’écroule et tue 1135 personnes travaillant pour des marques de textile occidentales à des salaires miséreux et avec un niveau de sécurité inexistant. Nike ne fera pas partie des sociétés alors épinglées par les ONG et les médias.

L’affaire du travail forcé des Ouïghours remet le projecteur sur cet incessant pas-de-deux qui tiraille en permanence nombre d’entreprises occidentales et auquel Nike n’échappe pas. Si la question de l’éthique et de la responsabilité sociétale a concrètement avancé (mais il reste du chemin), il n’en demeure pas moins que les discussions demeurent âpres en interne pour parvenir à concilier la maîtrise des coûts de production et la décence des conditions de travail dans les pays où la main d’œuvre est moins chère. En réagissant bien tardivement dans la foulée de sa mise en cause sur le sujet des Ouïghours, Nike met en péril une réputation longtemps mise à mal puis rebâtie à force d’opiniâtreté et de concrétude.

Le cas d’école Boohoo en Grande-Bretagne

Pour s’en convaincre, il suffit de se référer aux récents avatars de Boohoo. Cette marque britannique de commerce en ligne de produits textiles se veut un parangon en matière d’éthique, de conformité, de transparence envers ses salariés mais aussi de production locale (c’est-à-dire au Royaume-Uni). Pourtant, en juillet 2020, une enquête du Sunday Times jette un gros pavé dans la mare. Le journaliste s’est infiltré dans l’atelier de confection d’un sous-traitant basé à Leicester où il met en lumière les conditions de travail déplorables des ouvriers. Depuis les révélations du Sunday Times, l’action qui a valu jusqu’à 4,15 livres à mi-juin 2020, a dévissé jusqu’à 2,10 livres à la mi-juillet (9). Banques, analystes et investisseurs regimbent désormais à accorder des lignes de crédit jugées non responsables pour une entreprise qui ne joint pas vraiment la parole aux actes.

La dichotomie entre impératifs de rentabilité et de compétitivité et exigences RSE va sans nul doute encore peser sur les stratégies de communication et de responsabilité sociale et environnementale. Il est fort à parier que d’autres entreprises à l’instar de Nike ou Boohoo, se feront encore pincer pour ce grand écart réputationnel. Il n’en demeure pas moins qu’il est fortement souhaitable de voir la dimension RSE s’imposer en lieu et place de la marge financière à tout prix. Ne pas le faire, c’est s’exposer à des violents retours de bâton où la réputation est ternie et non sans un certain impact sur les ventes mais aussi sur la durabilité des emplois. La route est longue mais elle vaut le coup. Entre Dr Jekyll et Mr Nike, il faudra trancher ! »

Source

– (1) – « Apple, Volkswagen, Nike associés au travail forcé de la minorité ouïghour en Chine » – Les Echos – 2 mars 2020
– (2) – « Chine : les Ouïghours transférés en masse pour travailler dans des usines fournissant Apple, Nike ou Sony » – TV5 Monde – 2 mars 2020
– (3) – Communiqué officiel de la Retail Industry Leaders Association – 10 mars 2020
– (4) – Reuben Attia – « Nike : pourquoi des internautes appellent-ils au boycott de la marque ? » – GQ Magazine – 10 juillet 2020
– (5) – Communiqué officiel de Nike – 21 juillet 2020 –
– (6) – Jilil Kashgari & Joshua Lipes – « Nike Says China-based Supplier Sent All Uyghur Workers Home Amid Forced Labor Allegations » – Radio Free Asia – 21 juillet 2020
– (7) – « Nike and child labour – how it went from laggard to leader » – Mallen Baker – 29 février 2016
– (8) – Ibid.
– (9) – Isabelle Couet – « L’affaire Boohoo, un cas d’école pour l’investissement responsable » – Les Echos – 22 juillet 2020

Pour en savoir plus sur le drame des Ouïghours

– Richard Artz – « Persécution de la minorité ouïghoure: Pékin dément et poursuit ses méthodes » – Slate – 11 août 2020
– Robin Tutinges – « Camps, arrestations, répression: cinq Ouïghours témoignent » – Slate – 19 juillet 2020
– Joshua Keating – « La Chine montre la voie de l’épuration ethnique en toute impunité » – Slate – 26 novembre 2019

What Price Reputation ? Article intéressant sur l’impact d’une dégradation de la réputation sur la valorisation boursière

La réputation des entreprises devient un facteur clef dans la valorisation boursière

La réputation des entreprises cotées participe désormais à hauteur d’un tiers à la valorisation des entreprises cotées. Pour l’établir, les investisseurs font passer au premier plan les données managériales et financières. Au détriment de l’innovation.

Publié le 9 juil. 2019

Qui dit temps troublés, tensions politiques liées à la perspective d’un « hard Brexit » et incertitudes économiques associées à la guerre commerciale menée par les Etats-Unis… dit retour aux « fondamentaux » des sociétés cotées pour prendre la mesure, de la manière la plus exacte possible, de leur réputation.

A cet égard, la lecture de la dernière étude « What Price Reputation ? » réalisée par  AMO (Havas), l’un des premiers réseaux mondiaux de communication corporate et de communication financière, est instructive sur le coût actuel d’une mauvaise réputation… comme sur son impact sur la capitalisation boursière de l’entreprise concernée et les critères retenus, où les items financiers l’emportent sur la qualité des produits et des services ou l’innovation.

A priori, pourtant, la notion même de réputation peut sembler arbitraire, à la fois subjective et difficilement appréciable. En réalité, il s’agit d’une réalité bien tangible. « La réputation d’entreprise contribue à hauteur de 38 % à la capitalisation boursière du CAC 40. Et à plus du tiers à celle des quinze principaux indices boursiers mondiaux, soit une valeur de 16 770 milliards de dollars dégagée pour leurs actionnaires. Et la tendance ne cesse de s’accélérer », explique Simon Cole, l’auteur de l’étude. Mais quoi de plus normal ? « A l’échelle mondiale, plus d’une société sur cinq a subi une dégradation de sa capitalisation boursière en raison d’une mauvaise réputation. »

Résister aux ondes de choc

Pendant un an, AMO s’est penché sur le profil de 1.611 sociétés cotées, notamment aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en France, en Russie et en Chine, pour réaliser son étude. « Les entreprises bénéficiant d’une bonne réputation sont davantage susceptibles de résister aux ondes de choc des marchés boursiers », justifie Simon Cole.

Même si l’importance de cette réputation varie selon les pays et les secteurs d’activité. Parmi les 15 principaux indices boursiers nationaux, la réputation du FTSE 100 britannique contribue à hauteur de 47 % à sa capitalisation boursière globale, alors qu’inversement, l’indice RTS du marché russe enregistre la contribution moyenne la plus faible, avec seulement 13,8 %.

De même, alors que le secteur technologique bénéficie d’une prime de réputation moyenne de plus de 43 % par rapport à la valeur générée par les seuls paramètres financiers… les secteurs du gaz et du pétrole ne recueillent qu’une (petite) hausse de 25,2 % de leur capitalisation grâce à leur valeur réputationnelle.

Véronique Richebois