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TELETRAVAIL ET RISQUES

Bonjour, c’est la rentrée du blog.

La même méthode :

  • Un thème approfondi sur deux ou trois semaines ; un contenu par semaine.
  • Une structuration pour réfléchir le risque : contextualisation et définition du risque / identification du ou des risques / proposition de Plans d’Actions.
  • Un fil conducteur : le rôle du Risk Manager pour prévenir les risques.
  • Les sources des articles.

Pour approfondir :

Un ouvrage de référence sur les fondamentaux de la gestion des risques et la fonction Risk Manager : « La Fonction Risk Manager. Organisation, Méthodes et Positionnement. » Editions Gereso. C.Aubry et N.Dufour.

https://www.la-librairie-rh.com/livre-entreprise/la-fonction-risk-manager-fris.html

Le programme des trois semaines à venir :

Aujourd’hui, 14 septembre 2021

  • Définition du télétravail et rappel du contexte.
  • Les risques liés à un télétravail non-encadré.
  • Télétravail et Cyber-malveillance.

A relire sur le blog dans la catégorie Risques, rubrique télétravail :

  • « Télétravail et harcèlement managérial »
  • « Des recommandations de sécurité informatique

La semaine du 20 septembre

Exemple de PA – L’exemple du télétravail dans le secteur bancaire : l’importance des accords d’entreprise pour prévenir le risque.  

La semaine du 27 septembre :

Exemple de PA – Télétravail et déconfinement : l’humain  reste le pivot essentiel.

Définition

Le télétravail est défini par l’article L.1222-9 du code du travail : « Désigne toute forme d’organisation du travail dans laquelle un travail qui aurait également pu être exécuté dans les locaux de l’employeur est effectué par un salarié hors de ces locaux de façon volontaire en utilisant les techniques de l’information et de la communication. »

Rappel du contexte

41% des salariés ont eu recours au télétravail pendant le premier confinement, avec un retour à la normale avec 31% des salariés en télétravail en décembre 2020 (30% en novembre 2019).

Le télétravail peut être mis en place par tout moyen. C’est de cette diversité que vient le risque. Si vous ne mettez pas un cadre normé, vous prenez des risques.

Quels sont les risques liés au télétravail ?

Caroline Diard – Enseignant-chercheur en Management des RH et Droit (ESC Amiens) –  identifie les risques suivants :

  • Cyber-malveillance (surexposition au risque)
  • Risques psychosociaux (Burn-out, stress)
  • Harcèlement
  • Hyper-connectivité
  • Surcharge de travail
  • Contrôle exacerbé
  • Perte de concentration et erreur opérationnelle
  • Fraude interne.

Je vous propose ci-dessous un article sur le premier de ces risques.

Le télétravail accroît le risque de cyberattaques

Analyse 

L’essor du télétravail, lié à l’épidémie de Covid-19, a rendu les entreprises davantage vulnérables face aux hackers, qui prennent pour cible des grands groupes comme des PME. Les pirates se servent des ordinateurs personnels des salariés pour entrer dans le réseau de leurs entreprises.

Depuis le mois de mars, la plateforme publique cybermalveillance.gouv.fr, qui aide entreprises et particuliers à se défendre face aux attaques informatiques, a vu sa fréquentation augmenter de plus de 300 %. « Pendant le confinement, on a constaté une forte hausse d’actes de malveillance contre des grandes et petites entreprises, notamment de ransomware », explique Jérôme Notin, directeur général de la plateforme.

Ces « rançongiciels » s’attaquent à un ordinateur ou un réseau informatique, cryptent les données et les « prennent en otage ». Un message s’affiche sur l’écran des ordinateurs, indiquant le montant à payer pour retrouver l’accès aux fichiers dérobés.

Ces dernières semaines, les experts en piratage, nommés ha­ckers, ont pris pour cible de gros groupes pour leur soutirer de l’argent. L’assureur MMA, le groupe audiovisuel France Télévisions, le constructeur automobile Honda… À chaque fois, des milliers de clients sont affectés. Et ce phénomène est mondial : le 23 juillet, les utilisateurs des GPS et montres connectées Garmin se sont retrouvés sans signal. L’entreprise américaine a payé une rançon de 10 millions de dollars, d’après les révélations du site d’aide informatique Bleeping Computer.

Le télétravail, un terrain fertile

Le télétravail s’est révélé un terrain fertile pour ces attaques. « Les cybercriminels sont passés par les machines personnelles des salariés pour se connecter au réseau des entreprises », constate Jérôme Notin. Les ordinateurs personnels, transformés du jour au lendemain en outils de travail, ne disposent pas de logiciels aussi efficaces que ceux des postes de bureau pour bloquer un virus ou détecter un risque.

« Les entreprises risquent de payer pendant longtemps cette généralisation du télétravail, qui s’est faite sans aucune prise en compte des contraintes de sécurité informatique », regrette le directeur général. Car les cyberattaques ne se manifestent pas toujours immédiatement. Il faut le temps, pour ses auteurs, d’exploiter les données et de détruire les sauvegardes qu’en font les entreprises.

Tout part d’un hameçonnage

Toutefois, ces attaques étaient déjà légion avant le confinement. La Commission européenne a estimé que 80 % des entreprises du Vieux Continent avaient connu, en 2018, « au moins un incident lié à la cybersécurité ». Ceux-ci partent souvent d’un hameçonnage : un message d’une source jugée fiable, comme un site ou un tiers dont l’identité a été usurpée, invite l’employé à ouvrir un lien ou un document d’apparence anodine, par exemple nommé « facture.doc » ou « formulaire.doc », qui infecte l’ordinateur.

D’après le dernier rapport de l’assureur spécialisé Hiscox, l’impact économique des cyberattaques contre les sociétés a été multiplié par six en un an. « Nos adversaires sont plus efficaces que jamais », commente Astrid-Marie Pirson, directrice de la souscription chez Hiscox France. Sur un panel représentatif d’entreprises de huit pays, le coût médian de ces attaques est de 50 000 €.

Aux pertes liées à l’arrêt brutal de l’activité (impossibilité de communiquer, facturer, livrer) s’ajoutent les conséquences sur l’image de l’entreprise. « Ces incidents font l’objet de plus de publicité qu’il y a quelques années, notamment en raison du règlement général sur la protection des données (RGPD), qui impose aux entreprises de notifier à leurs clients les attaques dont elles ont été victimes et donc les risques de violation de leurs données », remarque Astrid-Marie Pirson. Elle rappelle le chiffre présenté par Hiscox : 80 % des entreprises ayant perdu toutes leurs données font faillite dans l’année qui suit l’attaque.

« Personne n’est à l’abri ! »

En 2019, Delphine Chevallier a fondé Thalia NeoMedia pour former employeurs et salariés à la « cyberimmunité ». « Beaucoup de chefs d’entreprise me disent qu’ils ne risquent rien car ils ne veulent de mal à personne. C’est faux, personne n’est à l’abri ! Bien sûr, les grands groupes sont des cibles du fait de leurs activités, explique-t‑elle. Mais la cybermalveillance est un phénomène global. »

La recommandation de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) est de ne pas payer la rançon, mais de se rendre sur le site cybermalveillance.gouv.fr pour alerter des experts, et de porter plainte. « Même en payant la rançon, on n’est pas sûr de retrouver les données, parfois déjà détruites »,explique Delphine Chevallier.

D’après la dernière enquête du Club des experts de la sécurité de l’information et du numérique (Cesin), seules 4 entreprises sur 10 s’estiment suffisamment préparées en cas de cyberattaque de grande ampleur.

Zoé Pallier, 

Le 25/08/2020

Risque Ethique. Travail forcé des Ouïghours : enquête ouverte en France contre quatre géants du textile

L’actualité récente témoigne de l’élargissement de la nature et de l’ampleur des risques, qui fait aujourd’hui de sa gestion une variable stratégique de la réflexion des entreprises.

Nouveaux risques.

Les cyber-attaques appartiennent à la catégorie des risques nouveaux ; le cyber-risque est d’ailleurs le premier cité par les entreprises dans le baromètre des risques de l’assureur Allianz. L’incendie de l’usine Lubrizol, le jeudi 26 septembre, n’est pas qu’un risque « traditionnel » d’incendie ; il s’agit d’un risque éthique dans sa dimension de développement durable. La plainte déposée début avril au parquet national antiterroriste (Pnat) par plusieurs associations de défense des droits humains contre quatre enseignes de la mode est un risque éthique dans sa dimension de gouvernance : respect par l’entreprise des engagements pris, transparence et ouverture aux besoins de l’environnement dans laquelle elle opère, prise en compte des parties prenantes, les actionnaires et tous les groupes ou individus qui peuvent affecter ou être affectés par la réalisation de ses objectifs.

Amplification du risque.

Les médias amplifient la notion de responsabilité du dirigeant en cas de négligence, les logiques de compensation. Le risque de réputation devient le « cauchemar » des organisations.

Pour plus de détail.

Voir La Fonction Risk Manager. Organisation, Méthodes et positionnement. Chapitre 1 Définition des notions mobilisées et contextualisation de la Fonction Risk Manager. Chapitre 3 Définition et illustration des différentes classes de risques auxquelles sont confrontés les Risk Managers.

Lien. https://www.la-librairie-rh.com/livre-entreprise/la-fonction-risk-manager-fris.html

Voir Blog. Catégorie Risques. Rubriques Risque de réputation ou Médias et amplification du risque.

Travail forcé des Ouïghours : enquête ouverte en France contre quatre géants du textile

La justice française a ouvert une enquête pour « recel de crimes contre l’humanité » contre quatre enseignes de la mode, qui contestent ces accusations. Cette enquête fait suite à une plainte déposée début avril au parquet national antiterroriste (Pnat) par plusieurs associations de défense des droits humains.

Il n’y a pas seulement la Chine qui est pointée du doigt. Alors que Pékin est accusée par l’Occident de torture, de travail forcé, voire de génocide sur la communauté Ouïghoure, plusieurs géants mondiaux du textile sont accusés de complicité par des associations de défense des droits humains. Quatre enseignes sont désormais dans le collimateur de la justice française, a indiqué une source judiciaire ce jeudi à l’AFP, confirmant une information de « Mediapart ».

Une enquête pour « recel de crimes contre l’humanité » a ainsi été ouverte fin juin contre Uniqlo France (qui appartient au groupe japonais Fast Retailing), Inditex (qui détient les marques Zara, Bershka, Massimo Duti), SMCP (Sandro, Maje, de Fursac…) et le chausseur de sport Skechers.

Une enquête « historique »

Ouverte par le pôle « crimes contre l’humanité » du parquet national antiterroriste (Pnat), cette enquête fait suite à une plainte déposée début avril à Paris par l’association anti-corruption Sherpa, le collectif Ethique sur l’étiquette et l’Institut ouïghour d’Europe.

Les associations reprochent à ces entreprises de commercialiser des produits fabriqués en totalité, ou en partie, dans des usines où des Ouïghours sont soumis au travail forcé. Elles estiment aussi que ces sociétés ne justifient pas d’efforts suffisants pour s’assurer que leurs sous-traitants ne sont pas impliqués dans les persécutions de cette minorité.

Ces multinationales, en bénéficiant du travail forcé de cette minorité, font « entrer un crime contre l’humanité dans nos vies quotidiennes », avait déploré en avril l’eurodéputé Raphaël Glucksmann, apportant son soutien à la démarche judiciaire des ONG. L’élu a réagi le jour même sur Twitter, estimant que l’ouverture de cette enquête était « historique ».

Les entreprises contestent

Dans le détail, le géant espagnol Inditex est épinglé pour ses liens supposés avec des producteurs de fils et de tissus du Xinjiang. Une accusation formellement contestée par Inditex France. « Des contrôles de traçabilité rigoureux sont menés au sein du groupe. Ils ont permis de vérifier que les allégations provenant de cette plainte sont infondées. Le groupe coopérera, pour l’établir, avec les autorités judiciaires françaises », indique l’entreprise espagnole.

Le géant mondial de la mode à petit prix a mis en place une charte il y a des années, qui condamne notamment le travail forcé, ou encore celui des enfants. Quelque 6.000 audits sont menés dans les pays « sensibles », afin de vérifier que ses sous-traitants la respectent. « Nous appliquons une tolérance zéro à l’égard de toute forme de travail forcé et nous avons établi des politiques et des procédures pour garantir que cette pratique n’existe pas dans notre chaîne d’approvisionnement ».

Uniqlo, qui a pris position officiellement contre le travail forcé de la minorité, est accusé lui de s’être fourni en textile dans la région et dans la province d’Anhui, où des milliers de travailleurs ouïghours ont été transférés, possiblement contraints.

Le fabricant SMCP a lui pour actionnaire majoritaire Topsoho, une société détenue par le Chinois Shandong Ruyi qui, aurait implanté ses usines depuis 2010 dans le Xinjiang. Des accusations réfutées avec « la plus grande fermeté », a réagi l’entreprise, qui assure vouloir « coopérer pleinement avec l’enquête pour démontrer que celles-ci sont fausses ».

Enfin, des chaussures de Skechers USA France auraient été produites dans une usine de la province du Guangdong, où travaillent des Ouïghours transférés potentiellement de force, selon les plaignants.

Avec AFP

Les Echos, 2 juillet 2021.

LE RISQUE CLIMATIQUE : IMPACT SUR LES INSTITUTIONS FINANCIERES ET LA GESTION DES RISQUES

Rôle du régulateur : guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement. Gestion des risques : exercice pilote, scénarios, méthodologies.

Dans « La Fonction Risk Manager. Organisation. Méthodes et positionnement » https://www.la-librairie-rh.com/livre-entreprise/la-fonction-risk-manager-fris.html faire le point sur le rôle du régulateur comme amplificateur du risque (un des facteurs de l’élargissement du domaine du risque devenue variable stratégique dans la réflexion des organisations) et les étapes de la démarche de gestion des risques, les outils et méthodes.

Illustration sur le risque climatique.

LE RISQUE CLIMATIQUE : IMPACT SUR LES INSTITUTIONS FINANCIERES ET LA GESTION DES RISQUES

LES REGULATEURS

La transition énergétique, un sujet concernant l’ensemble des acteurs économiques, est placée au cœur des études de la Banque Centrale Européenne (BCE) en 2020.

L’année 2020 a marqué le début d’un dialogue entre les banques et les régulateurs sur l’intégration des risques climatiques et environnementaux dans les dispositifs de gestion des risques actuels. Etant un sujet majeur pour la BCE, ce nouveau défi a également suscité l’attention des autres autorités de contrôle.

BCE – “Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement”

Paru en Novembre 2020, ce document vise à établir la vision de la BCE pour la mise en place d’un cadre sain de la gestion des risques liés au climat et à l’environnement. Avec ce texte, la BCE veut engager la conversation banques-régulateurs sur l’incorporation de ces nouveaux risques dans leur cadre de la gestion des risques existants.

Le guide BCE n’est pas juridiquement contraignant pour les établissements mais il permet de se préparer aux évolutions futures de la réglementation. Néanmoins, il est attendu des établissements qu’ils réalisent un premier exercice d’autoévaluation en 2021 par rapport aux attentes de la BCE.

Dans le cadre de ses tests de résistance prudentiels, la BCE prévoit l’intégration d’un volet climatique pour l’exercice 2022.

La BCE distingue 3 catégories de risques climatiques : les risques physiques, les risques de transition issus d’un mouvement vers une économie bas-carbone, et les risques de responsabilité et de réputation.

Treize attentes prudentielles sont détaillées pour la mise en place d’un cadre sain de gestion des risques liés au climat et à l’environnement. Elles vont de l’élaboration de la stratégie de l’établissement à la diffusion des informations relatives à ces nouveaux risques.

Les treize attentes prudentielles de la BCE

  • Les établissements doivent comprendre l’incidence à court, à moyen et à long terme des risques liés au climat et à l’environnement.
  • La définition et la mise en oeuvre de la stratégie opérationnelle doivent intégrer les risques climatiques et environnementaux jugés matériels.
  • Ces risques doivent être pris en compte dans les processus de gouvernance de l’établissement.
  • Le Risk Appetite Framework doit prendre en compte explicitement cette nouvelle catégorie de risque.
  • Les risques liés au climat doivent être intégrés dans la structure organisationnelle de l’établissement selon le modèle trois lignes de défense.
  • La communication interne doit permettre aux instances de direction de l’établissement de prendre les décisions adéquates en matière de risques.
  • Le cadre de gestion des risques doit être actualisé pour intégrer ces risques dans les processus de détection, de quantification et dans l’ICAAP.
  • Prendre en compte ces risques dans les processus d’octroi de crédit.
  • Analyser l’impact des risques climatiques sur la continuité des activités et l’impact de l’activité actuelle de l’établissement sur le risque de réputation et/ou de responsabilité.
  • Suivre les impacts de ces risques sur l’exposition actuelle au risque de marché et mettre en place des tests de résistance.
  • Intégrer ces risques dans l’élaboration de test de résistance, scenarios de référence et scenarios adverses.
  • Suivre les impacts de ces risques sur les flux de trésorerie et le coussin de liquidité et actualiser le cadre de la gestion de la liquidité.
  • Publier les informations utiles et les indicateurs clés (KPI) sur les risques liés au climat et à l’environnement.
20212022
Auto évaluation des établissements sur leur dispositif de gestion des risques climatiques
Communication BCE-Etablissements sur les plans d’actions établis
Mise en place du test de résistance courant 2022 incluant les risques liés au climat et à l’environnement
Mise en place, par la BCE, de mesures de suivi concrètes sur ces nouveaux risques

ACPR (Autorité Prudentielle de Contrôle et de Restitution) – EXERCICE PILOTE CLIMATIQUE 2020

Mené en 2020 par l’APCR, cet exercice a mobilisé 9 banques françaises ainsi que 15 groupes d’assurances sur un exercice de stress test climatique.

L’objectif premier de cet exercice était d’initier une réflexion et sensibiliser l’ensemble des acteurs sur ce nouveau sujet et d’obtenir une plus grande transparence des institutions financières  à ce type de risque.

Cet exercice était l’opportunité pour les participants de renforcer leur dispositif de gouvernance interne en mettant en place de nouvelles stratégies de gestion des risques et de prise de décisions prenant en compte l’impact de ce nouveau type de risque.

Avec ce premier stress test, l’ACPR a voulu mesurer l’impact et le coût induit par le non-respect des accords de Paris et définir les méthodologies de gestion des risques climatiques. Pour cela, elle a fourni aux participants 3 scénarios d’un horizon temporel 2050.

Les résultats de cet exercice ont été remis par les établissements fin 2020. L’ACPR a publié la synthèse et l’analyse de ces résultats en avril 2021. L’ACPR souhaite initier le dialogue entre les régulateurs nationaux et les institutions financières sur le sujet des risques liés au climat et à l’environnement.

En 2022, l’ACPR prévoit la mise en place de nouveaux groupes de travail sur ce sujet. Elle participe aussi à la préparation de l’exercice de test de résistance de la BCE. Le prochain exercice climatique ACPR devrait se tenir en 2023/2024 avec l’intention de le reconduire fréquemment.

SCENARIOS UTILISES PAR L’ACPR

Référence : un scenario de référence basé sur la stratégie nationale française SNBC (Stratégie Nationale Bas Carbone) qui constitue la feuille de route pour atteindre le zéro émission nette en 2050. Le scenario prend en compte les orientations de la LTECV (Loi de Transition Energétique pour la Croissance Verte) telles que la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et les budgets carbones.

Transition retardée : Le scénario de réaction tardive suppose que les objectifs de réduction des gaz à effet de serre ne soient pas atteints en 2030. Ceci entraine la prise de mesures plus volontaristes en reproduisant les trajectoires d’émissions de GES, de PIB, et de prix carbone du scenario de transition désordonnée du NGFS (Network for Greening the Financial System).

Transition rapide : Le scenario de transition rapide et brutale est l’issue d’une révision du prix carbone et d’une baisse de la productivité à partir de 2025. Les technologies de production d’énergies renouvelables sont supposées non matures, ce qui entraine une augmentation des prix de l’énergie et une redirection des investissements publics et privés vers la production d’énergie. Ceci se traduit par une baisse de la productivité de l’économie dans son ensemble.

LES RESULTATS DE L’EXERCICE

L’exercice pilote est une première en matière de test de résistance climatique. Une mobilisation importante des acteurs financiers a été observée avec 85% du total du bilan bancaire (BPCE, SG, BNP, CA, …)  et 75% du total du bilan des assurances (AXA, Allianz, CAA, MAAF, MACIF, …).

Du point de vue des expositions, les résultats révèlent une exposition modérée des institutions financières face aux risques climatiques et environnementaux.  L’impact de ces risques se concentre sur 7 secteurs tels que la culture et productions animales, l’industrie extractive, l’industrie chimique, … En 2020, les banques sont en meilleure position que les assurances sur le plan de l’exposition aux risques climatiques. Les banques ayant participé à l’exercice ACPR ont un portefeuille de crédit moyen exposé à 9,7% sur les secteurs ci-dessus, tandis que les assurances ont un portefeuille moyen exposé à 17%. Ces expositions, relativement faibles, restent néanmoins un point d’effort pour l’ensemble des institutions financières afin d’être en cohérence avec les ambitions françaises en ce qui concerne la transition énergétique.

Les scénarios et les méthodologies définis lors de cet exercice vont être utilisés, par les ACNs et par la BCE, comme socle pour leurs exercices de stress tests à venir. Il est cependant important de noter que les scenarios définis par l’ACPR ne prennent pas en compte l’éventualité d’une récession entre 2020 et 2050 ce qui est inhabituel dans le cadre d’un exercice de stress test. Il paraitrait plus prudent, pour les institutions financières, d’utiliser des scénarios internes pour mesurer leurs expositions aux risques climatiques en combinant les scenarios ACPR et les éventuelles crises économiques pouvant survenir.

L’exercice révèle certains retards, notamment sur la capacité des banques à simuler leurs impacts physiques sur les portefeuilles crédits. En effet, les données nécessaires pour parvenir à estimer les impacts des risques physiques sont encore trop peu accessibles au niveau consolidé. Ces nouveaux besoins de données devraient donc être pris en compte par les institutions financières dans leurs futurs chantiers SI.

Enfin les limites méthodologiques de l’exercice devraient s’améliorer par la mise en place de nouveaux travaux par les différents régulateurs, notamment sur les hypothèses et scénarios, la prise en compte du risque physique sur les expositions corporate et les sources de données.

BCBS – CLIMATE RELATED FINANCIAL RISKS

En Avril 2021, la BIS a publié deux rapports sur les méthodologies à appliquer pour les risques liés à l’environnement et au climat.

Un cadre de gestion des risques sain doit :

Identifier les facteurs de risques climatiques

Cartographier et quantifier les expositions aux risques climatiques et les concentrations

Traduire ces risques en indicateurs financiers

Les risques liés au climat et à l’environnement imposent un nouveau besoin pour les banques : un nouveau type de données uniques par rapport aux bases disponibles à l’heure actuelle.

En effet, pour les problématiques telles que « les expositions aux risques de transition par une contrepartie », la localisation du siège social ne sera plus la seule donnée nécessaire. Le risque de transition peut nécessiter la connaissance de la localisation de l’ensemble de la chaine de valeur du client mais aussi, la localisation de ses fournisseurs, du mode et des routes de transport utilisés afin d’avoir une vision claire sur l’exposition du client à ce type de risque.

Ce document a pour objectif de présenter les méthodologies à l’étude pour l’application future des quantifications de ce nouveau risque.

La réflexion de la BIS se poursuivra sur les prochaines années, notamment en ce qui concerne les méthodologies de modélisation et de mesures des risques climatiques.

Pour 2021-2022 la BIS annonce sa volonté de poursuivre l’étude des risques climatiques sur 3 axes : régulation, supervision et communication.

By Omote | Juin 15, 2021 

A LA POURSUITE DU RISQUE CLIMATIQUE…RSE ET Maitrise des Risques.

Une étude intéressante de l’Observatoire des Risques Opérationnels (Oprisko).

Ses conclusions :

  • la RSE contribue à la maîtrise des risques ;
  • l’enjeu de la durabilité est identifié par les entreprises ;
  • les mesures mises en place sont de deux catégories ; elles sont discrètes ;
  • les mesures mises en place sont rentables à long terme.

Vous pouvez également lire l’article publié sur le blog « Les achats responsables au cœur des nouveaux enjeux de la RSE  » . Il propose un exemple d’intégration de la RSE à la démarche de gestion du risque achat. A retrouver dans les archives du mois de mai 2021 ou dans la Catégorie Risques, rubrique Risque et Opportunité.

Pour faire le point sur les étapes de la démarche de gestion des risques et l’approche que je propose voir :

https://www.la-librairie-rh.com/livre-entreprise/la-fonction-risk-manager-fris.html

Est-ce qu’une stratégie qui intègre des dimensions sociales, environnementales et de bonne gouvernance contribue à la maîtrise des risques d’entreprise ?

L’étude 2020 d’Oprisko complète est disponible ici : https://rushfiles.one/client/publiclink.aspx?id=zlhIk8PT8d

Qui d’entre nous a déjà entendu parler des critères ESG [1] ? Ou bien des 17 objectifs de développement durable (ODD) à atteindre d’ici 2030 (subdivisés en 169 cibles avec des indicateurs spécifiques) ? Et pourtant, les débats sont omniprésents depuis des années. Les médias traitent en permanence de développement durable, de responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE), de Charte Mondiale de l’ONU, d’agenda 2030[2], de stratégie 2050 (neutralité carbone), des objectifs de développement durable onusiens de 2015 (ODD).

Au-delà de ce jargon d’initié, la finalité reste la même, à savoir entamer la transformation qui mènera les populations à vivre dans de meilleures conditions sur terre. Il s’agit concrètement de repenser le modèle économique, en encadrant le développement économique avec des piliers environnementaux, sociaux et éthiques, afin que la croissance puisse être durable.

Évidemment cette transformation aura des impacts à l’avenir dans nos sociétés et dans les entreprises. Et nous sommes d’avis que les entreprises qui n’adopteront pas cette démarche d’intégration de « développement durable » s’exposeront à des risques accrus, d’où une gestion des risques innovante à implémenter. D’autant plus que les consommateurs et les collaborateurs des entreprises sont dorénavant plus attentifs et davantage sensibilisés à ces problématiques ; et en légiférant, les gouvernements se sont engagés pour une transition vers des économies post-carbone et responsables.

En somme, prendre en compte cet aspect « développement durable » correspond à un équilibrage entre l’efficacité économique (création de richesse et conditions de vie matérielle), la responsabilité environnementale (dimension écologique, écosystème) et l’équité sociale (santé, éducation). Le business oui, mais plus à n’importe quel prix.

Dans ce contexte, le postulat de notre étude était qu’une bonne stratégie d’entreprise doit intégrer des paramètres économiques, sociaux et respectueux de l’environnement. Car, pensons-nous, une stratégie qui intègre des dimensions sociales, environnementales et de bonne gouvernance contribue à la maîtrise des risques d’entreprise.

Toute la question est de savoir comment intégrer des principes de développement durable dans la gestion des risques opérationnels de l’entreprise. Notre étude de terrain visait à identifier les bonnes pratiques en la matière et si, pour des entreprises qui appliquent véritablement cette stratégie, cela permet effectivement de gérer plus efficacement ces risques.

A la vue des interviews collectées, le constat est mitigé. Alors que l’enjeu de la durabilité est clairement identifié, les mesures mises en place semblent ridicules, et les moyens engagés pour atteindre les objectifs paraissent dérisoires. 

Hormis le CRO de l’Etat de Genève, rares sont les organisations qui connaissent la définition du développement durable telle qu’elle ressort du Rapport Brundtland (1987) : « Le développement durable doit répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». Mais peu importe au fond, car les sondés ont conscience que la nature est vulnérable et les ressources de la planète limitées. Pour preuve, les inquiétudes et les mesures sont principalement centrées sur les aspects environnementaux, parfois sociétaux, rarement de gouvernance (ESG). La « durabilité » reste un concept intuitif et rassembleur, mais difficile à cerner, et à fortiori rarement normé. Rarement des chartes sont rédigées, et les sondés évoquent plutôt des principes, des critères (code de conduite), voire un esprit ou un système de valeurs.

Le tour d’horizon proposé dans cette étude a permis de mieux faire connaître les mesures en place, qui peuvent se regrouper en deux catégories : les mesures commerciales à l’adresse des clients (centrées sur l’offre des produits et services), comme la notation de la durabilité des clients et des fournisseurs par exemple ; et les mesures internes à l’entreprise, comme le tri des déchets, les économies d’énergie, ou l’incitation à la mobilité douce par exemple. Le chemin est long et sinueux pour que les organisations progressent réellement dans le domaine de la durabilité.

En outre notre enquête a mis en exergue certains bénéfices et inconvénients de la durabilité pour les organisations. Du point de vue économique, nous avons relevé que des organisations améliorent dans une certaine mesure leur profitabilité en augmentant leurs volumes d’affaires ou leurs prix, en rationalisant leurs processus ou en adaptant les salaires. Au niveau social, des organisations gèrent le turnover en limitant le risque de démission des employés tout en attirant plus facilement de nouveaux candidats grâce aux bienfaits des « valeurs de durabilité ». Cependant, l’horizon des investissements est plus long, car les opérations sont peu rentables à court terme. 

La transformation durable des organisations nécessite une analyse approfondie afin que soit mise en place une approche qui intègre les parties prenantes internes et externes à l’organisation. 

Cyrille Reynard 

17 décembre 2020


[1] Les mesures (ESG) sont les trois piliers de l’analyse extra-financière qui permettent d’évaluer la stratégie durable de l’entreprise : 1) environnementale (consommation d’énergie, tri des déchets, transports et mobilité, matériaux), 2) sociale (politique RH, égalité homme/femmes, santé et sécurité au travail, respect des droits humains, conditions de travail), 3) gouvernance (achats responsables, dialogue avec les parties prenantes, lutte contre la corruption et la fraude).

[2] Le Conseil fédéral attend des entreprises domiciliées en Suisse qu’elles assument leurs responsabilités environnementales et sociales dans toutes leurs activités. Rapport national 2018.

LA NECESSAIRE GESTION DU RISQUE CLIMATIQUE

Un article sur la nécessaire gestion du risque climatique et ses interactions avec la RSE. Retour sur le Forum pour l’Investissement Responsable (FIR).

L’engagement ESG du CAC 40 déçoit les investisseurs

Si la prise de conscience est réelle sur le climat et l’égalité femmes-hommes, les mesures concrètes restent insuffisantes, selon le FIR.

Déception. Le CAC 40 a encore bien des efforts à faire en matière d’ESG (environnement, social et gouvernance), selon le Forum pour l’investissement responsable (FIR). Il a lancé pour la première fois l’an dernier, une campagne de 12 questions écrites sur des sujets ESG à l’occasion des assemblées générales du CAC 40. A chaque réponse, le FIR a attribué une note allant de zéro à trois étoiles. Moins d’un tiers des réponses ont obtenu une note d’au moins deux étoiles. «Beaucoup de réponses sont décevantes, peu élaborées et n’ont pas été à la hauteur de nos attentes», regrette Alexis Masse, président du FIR, rappelant que le dialogue entreprises investisseurs est «fondamental».

Point positif, toutes les sociétés de l’indice ont répondu, mais celles de droit étranger ressortent en queue de classement (Airbus, ArcelorMittal) avec EssilorLuxottica, tandis que Schneider Electric arrive en tête, suivi par Orange, BNP Paribas, Crédit Agricole et Michelin.

Sur les sujets climatiques«une prise de conscience a eu lieu», reconnaît Alexis Masse. Toutefois, les sociétés peinent à expliquer l’alignement de leur plan d’affaires sur le scénario climatique, en proposant un plan de transformation et des jalons. Seules cinq sociétés communiquent un montant d’investissement.

En matière d’égalité femmes-hommes, les plans d’actions ne semblent pas très clairs pour la moitié du CAC 40. Seules cinq sociétés ont intégré ce critère dans la rémunération variable de leurs dirigeants.

Alors que l’offre de fonds responsables est particulièrement riche en France, le FIR ne comprend pas qu’ils ne soient pas proposés pour l’épargne salariale.

Trois sujets restent encore embryonnaires. En matière de biodiversité, «aucune entreprise n’a une prise en compte directe et indirecte, assez robuste, avec un plan et des actions concrètes», constate Caroline Le Meaux, présidente de la commission Dialogue & Engagement du FIR. Or, les investisseurs sont très demandeurs. Les sujets du salaire «décent» et de la responsabilité fiscale des entreprises, avec un mode de redistribution par l’impôt le plus efficient possible, sont encore peu étudiés.

Quant à la publication de l’avis des partenaires sociaux sur la déclaration de performance extra-financière, non obligatoire, personne ne le fait et l’immense majorité élude la question.

Le FIR vient de lancer la campagne 2021, avec les mêmes points – pour mesurer l’évolution – en ajoutant deux questions sur le lobbying responsable et sur l’économie circulaire.

Bruno de Roulhac  30/04/2021 

L’AGEFI Quotidien

Le risque devenu variable stratégique de la réflexion organisationnelle des entreprises sous l’effet de cinq facteurs. Illustration sur le risque climatique.

Après avoir défini le risque climatique (blog 28 mai), nous avons illustré le 3ème facteur d’élargissement du domaine du risque (difficultés à assurer le risque climatique) (blog 4 juin), nous illustrons le 5ème facteur : le rôle du régulateur-législateur (https://www.la-librairie-rh.com/livre-entreprise/la-fonction-risk-manager-fris.html) et les condamnations qui commencent à arriver.

APRÈS LA CONDAMNATION DE SHELL AUX PAYS-BAS, LES LITIGES CLIMATIQUES DEVIENNENT UN VRAI RISQUE POUR LES ENTREPRISES

Le 26 mai dernier, Shell a été condamné par un tribunal néerlandais à rehausser ses ambitions climatiques. Cette condamnation encourage les ONG écologistes du monde entier à suivre cette voie judiciaire pour faire bouger les majors pétrolières. Un risque que tous les secteurs identifiés comme polluants prennent désormais au sérieux. 

C’est une « immense victoire », un « jugement historique ». Les réactions se multiplient depuis le 26 mai, date à laquelle un tribunal néerlandais a condamné Shell à réduire ses émissions de CO2 de 45 % d’ici 2030 par rapport à 2019. « Cette décision va dans le sens de l’histoire qui veut que les sociétés s’engagent, mais pas à la légère », décrypte l’avocat en droit de l’environnement, Arnaud Gossement. Les juges néerlandais ont considéré que les engagements de Shell ne sont pas assez ambitieux pour répondre aux objectifs de l’Accord de Paris. Seuls des États avaient été condamnés pour leur manque d’ambition climatique. Le premier ayant justement été les Pays-Bas attaqués par l’ONG Urgenda.

« Les contentieux contre les entreprises sont encore plus puissants que ceux visant les États« , estime Arnaud Gossement. « Pour elles, la réaction est immédiate. Elles doivent faire face à une baisse des cours en Bourse, à la méfiance des investisseurs, au risque juridique… La pression est plus forte et plus rapide« , analyse l’avocat. Pour l’instant, les entreprises sont relativement épargnées par les recours juridiques sur le climat. Sur les 1 824 litiges climatiques portés devant les tribunaux depuis les années 1990, seul un quart concerne les entreprises, selon la base de données Grantham Institute on Climate Change and the Environnement de la London School of Economics.

Cette condamnation montre la voie à suivre

On retrouve ainsi la plainte de l’ONG ClientEarth contre la centrale électrique polonaise Belchatow. La poursuite du groupe agroalimentaire Casino par plusieurs ONG, dont des Françaises, pour son rôle dans la déforestation et l’accaparement de terres des peuples autochtones en Amérique du Sud. La plainte de Greenpeace demandant à l’entreprise PGE Polska Grupa Energetyczna de stopper ses investissements dans les énergies fossiles en vertu de la protection de l’environnement. Dans le détail, 32 plaintes concernent des producteurs d’énergies fossiles. Mais selon plusieurs experts, la condamnation de Shell devrait faire exploser ce type de recours contre les entreprises et particulièrement les majors pétrolières. 

Cette décision « ouvre la voie sur le terrain de la responsabilité climatique des multinationales pétrolières », croient ainsi Sébastien Mabile et François de Cambiaie. Les deux avocats sont en charge du dossier qui oppose un collectif d’associations et de collectivités, dont Notre affaire à tous, à Total. Ces dernières ont assigné en justice le pétrolier pour qu’il rehausse ses ambitions climatiques en s’appuyant sur son devoir de vigilance, une obligation faite aux entreprises de prévenir les risques sociaux, environnementaux et de gouvernance. « Ce litige est très similaire à celui de Shell. Un tel jugement aura des répercussions devant les tribunaux français« , croient les deux avocats.  

Pression sur les secteurs carbo-intensifs

« Partout, les gens sont prêts à poursuivre les compagnies pétrolières dans leur propre pays, en suivant notre exemple », estime même Roger Cox, avocat de l’association Milieudefensie. Et pour cause, Paul Mougeolle, de Notre Affaire à tous, prévient : « Si les entreprises ne prennent pas acte de ce jugement, nous multiplierons les moyens judiciaires pour faire reconnaître cette décision en France ». Le but, pour les associations, est surtout de pousser les multinationales à revoir leurs ambitions à la hausse, sans pour autant attendre le jugement du tribunal, en exerçant notamment une pression médiatique et réputationnelle.

Et ce phénomène pourrait s’étendre à d’autres secteurs. Un dirigeant d’une compagnie aérienne a ainsi déclaré au Financial Times que la décision de Shell était prise au sérieux. « En privé, les hauts responsables des industries polluantes admettent que la pression pour accélérer les réductions d’émissions augmente », écrit le journal britannique. Mais attention à ce que les actions judiciaires ne deviennent pas le seul levier dans la lutte climatique, prévient Arnaud Gossement. « Le temps judiciaire, très lent, n’est pas celui du changement climatique », argue-t-il.

Marina Fabre

RIsque climatique et Assurances.

Aujourd’hui, illustration de ce que j’appelle (dans l’ouvrage « La Fonction Risk Manager. Organisation. Méthodes et Positionnement ») le 3ème facteur d’élargissement du domaine du risque à savoir la difficulté à assurer le risque climatiqueDe la nécessité de mettre en place une démarche de gestion des risques globale de type ERM.

https://www.la-librairie-rh.com/livre-entreprise/la-fonction-risk-manager-fris.html

Je vous propose de lire sur ce sujet la Tribune de Jérôme Bergé parue dans Le Monde le 19 mai 2021.

Jérôme Bergé, expert en gestion des risques, rend compte dans une tribune au « Monde » du « stress test climatique » alarmant mené par l’autorité de supervision des banques et des assurances

Le paysage actuel de l’assurance pourrait connaître un bouleversement complet face au risque climatique

« L’ Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), qui supervise l’activité des banques et des assurances en France, a publié le 4 mai 2021 le bilan d’un exercice inédit, qui visait à évaluer les risques associés au changement climatique d’ici à 2050. Pendant un an, neuf groupes bancaires et quinze groupes d’assurance ont participé à cet exercice pour déterminer leur résistance aux changements climatiques.

Cette étude annonce en particulier une hausse importante de la sinistralité liée aux risques de sécheresse, d’inondations et de tempêtes cycloniques dans les territoires ultramarins, avec la multiplication par 5 à 6 du coût des sinistres dans certains départements. Il pourrait en résulter un retrait des assureurs des zones géographiques les plus exposées.

La situation décrite par l’ACPR est d’autant plus inquiétante que les chiffres de l’année 2020 en lien avec des événements climatiques sont déjà relativement élevés. Ainsi, la tempête Alex (du 30 septembre au 3 octobre 2020), avec des pluies diluviennes, a dévasté la vallée de la Roya pour un coût estimé à 200 millions d’euros par les assureurs. La période janvier-août 2020 a été la plus chaude jamais observée en France depuis le début des mesures météorologiques ; l’impact financier de la sécheresse s’élèverait à plus de 500 millions d’euros.

Optimiser la prévention contre les risques

Pour couvrir ce surplus de sinistres, les assureurs pourraient procéder à une augmentation des primes. Mais le coût des sinistres liés aux changements climatiques s’annonçant vertigineux, l’augmentation des primes le serait également. Le rapport évoque une hausse comprise entre 130 % et 200 % sur 30 ans selon la catégorie, soit une hausse des primes d’assurance comprise entre 2,8 % et 3,7 % par an. La question de l’acceptabilité par la population pourrait alors se poser, et bousculer le système traditionnel qui voit dans l’assureur un partenaire incontournable face à un sinistre.

Les pouvoirs publics doivent optimiser la prévention contre ces risques, même si un travail de fond a déjà été engagé depuis plusieurs années. Pour les inondations, la construction de digues est une solution efficace, tout comme les systèmes d’alerte qui informent la population en amont de l’arrivée imminente d’une catastrophe. Il faut maîtriser le développement et l’aménagement des zones considérées à risques, en particulier dans les zones densément peuplées. Dans le bâtiment, les normes doivent évoluer pour obtenir une meilleure résistance aux événements climatiques. Dans tous les cas, le renforcement des dispositifs de gestion de crise sera un élément-clé.

Le taux de pénétration des couvertures d’assurance dans la population est déterminant pour le redressement qui suit une catastrophe naturelle. Un rapport publié en septembre 2020 par Axa XL en collaboration avec le Centre for Risk Studies de la Judge Business School (Cambridge) indique que dans les pays où l’assurance est développée, comme l’Europe occidentale, le délai de retour à la normale est inférieur à un an, alors qu’il est supérieur à quatre ans dans les pays faiblement assurés.

La pertinence de l’assurance est incontestable lors d’un événement majeur, il est donc primordial de veiller à ce que la population française soit toujours assurée de manière satisfaisante. Néanmoins, une augmentation des primes pourrait éloigner la population de l’assurance et ouvrir la voie à une précarité sociale et économique lors de la survenance d’un sinistre. Un habitat abîmé qui ne serait pas rénové rapidement pourrait devenir insalubre, et entraîner la paupérisation d’une famille.

Pour les entreprises, il est déterminant d’agir dans un laps très court pour maintenir la relation client, la chaîne d’approvisionnement et la confiance des salariés. Sans assurance, l’écosystème de l’entreprise est fragilisé. Si le sinistre touche une zone géographique importante, le chaos peut vite s’installer si les assurances n’interviennent pas. Il en est de même pour le montage de grands projets d’investissements.

Avec un coût d’assurance exorbitant, les événements sportifs, la construction d’immeubles ou d’infrastructures se trouveraient fragilisés, car l’assurance est un facteur-clé pour finaliser le financement du projet. Le paysage actuel de l’assurance pourrait connaître un bouleversement complet dans les années à venir. Il n’est jamais trop tard pour agir, même si le temps est compté. L’Etat doit appuyer avec vigueur la recherche pour faire émerger des solutions innovantes et limiter l’impact des catastrophes naturelles. L’Union européenne doit être partie prenante de ces réflexions, car tous les pays seront confrontés peu ou prou à des situations identiques. »

Jérôme Bergé

risque climatique. Classement. Definition. Elargissement du Domaine du Risque. NOUVEAU RISQUE.

Programme sur 4 semaines.

Aujourd’hui, 28 mai 2021 : classement / définition / lecture du risque climatique à partir des cinq facteurs d’élargissement du domaine du risque / illustration du premier facteur d’élargissement à travers la lecture de l’article « Les risques environnementaux pèsent lourds sur les chaînes d’approvisionnement…Et ce sont les consommateurs qui paient. » 28 mai 2021.

La semaine prochaine : illustration du 3ème facteur avec les difficultés à assurer le risque climatique.

Les deux suivantes : gestion du risque climatique ; ses interactions avec la RSE ; comment transformer le risque climatique en opportunité ?

Le risque climatique dans le Top 10 des risques.  

Le changement climatique est dans le top 10 des risques cités par les entreprises dans le baromètre des risques 2021 de l’assureur Allianz. Il baisse passant à la 9e place. La lutte contre le changement climatique n’en reste pas moins une priorité, puisque 2020 a été, ex æquo avec 2016, l’année la plus chaude jamais enregistrée. « Maintenant que la campagne de vaccination contre la Covid-19 est lancée, le changement climatique doit revenir à l’ordre du jour des conseils d’administration en 2021, souligne Michael Bruch, directeur mondial ESG chez AGCS. De nombreuses sociétés doivent adapter leur activité à un monde à faible émission de carbone et les gestionnaires de risques doivent être au cœur de cette transition. »

Une définition

Le risque climatique constitue une catégorie spécifique du risque environnemental au regard de l’amorçage entropique de l’effet de serre par l’activité humaine, principalement les modalités et les volumes actuels de production et de consommation. Ses caractéristiques en font un risque global, aux effets à court, moyen, long et très long terme.

Voir ou revoir le Podcast Chubb sur le risque écologique / sur le blog – Catégorie Risques – Rubrique Risque Environnemental – ou dans les archives septembre 2020.

Elargissement du domaine du risque. Un risque nouveau/potentiel, objectif/subjectif, difficile à assurer, sur le devant de la scène (législateur, médias, affaires).

Lire ou relire les articles sur l’élargissement du périmètre du RM / sur le blog – Catégorie Risques – Rubrique Risque Environnemental – ou dans les archives juin et juillet 2019.

En 30 ans (1990-2020) le risque est devenu une variable stratégique de la réflexion des entreprises sous l’effet de 5 facteurs.

A retrouver en détail dans l’ouvrage ‘La Fonction Risk Manager. Organisation, Méthodes et Positionnement »

https://www.la-librairie-rh.com/livre-entreprise/la-fonction-risk-manager-fris.html

Le risque climatique s’inscrit dans cette évolution.

 (1) L’apparition de nouveaux risques avec la multiplication de qualificatifs venus en préciser la nature : environnemental et climatique par exemple. Les entreprises doivent faire face à des risques potentiels plus difficiles à cerner car ils sortent du champ de compétences des experts.

(2) Est ensuite apparue l’idée d’une perception du risque différente selon les individus ou les niveaux dans l’entreprise ; la subjectivité intervient aussi dans la relation de l’entreprise avec les acteurs de la société civile. Elle oblige les entreprises à en tenir compte dans l’évaluation des risques et dans les relations qu’elles entretiennent avec les acteurs de la société civile. Une approche exclusivement objective des catastrophes naturelles (tempêtes, sécheresses, par exemple) ne donnerait qu’une vision partielle, voire erronée de la situation. Les entreprises doivent dorénavant impliquer les acteurs, intégrer les facteurs d’environnement susceptibles d’influencer cette perception (les médias, par exemple) et tenir compte des valeurs et des attentes grandissantes des parties prenantes.

(3) Les entreprises sont amenées à gérer elles-mêmes ces nouveaux risques du fait de la réticence des compagnies d’assurance à les prendre en charge : comment continuer à croire qu’il n’y a pas un « trou énorme » entre la protection des assurances et ce dont les entreprises ont besoin pour couvrir les coûts du risque climatique.

(4) Les « affaires » participent également à cette extension du domaine du risque. Les affaires (contentieux climatique visant le groupe Total par exemple) renforcent l’exigence de conditions nouvelles de transparence des risques de la part des entreprises.

(5) Enfin, depuis 2004, le régulateur, le législateur et les médias ont contribué à la diffusion de l’image d’un monde plus risqué et l’ont amplifiée. Principe de précaution. Article 16 du projet Loi sur le dérèglement climatique intègre ainsi le sujet de la transition écologique parmi les attributions du comité social et économique. Selon cet article, qui n’est encore qu’en projet, chaque thématique faisant l’objet d’une procédure d’information et de consultation du CSE devra prendre en compte les conséquences environnementales des activités de l’entreprise. Il est ainsi proposé que la question de la transition écologique soit désormais pleinement intégrée aux missions du CSE.

De leur côté, les médias amplifient la notion de responsabilité du dirigeant en cas de négligence, et surtout les logiques de compensation.

Face ces deux amplificateurs de risques que sont le régulateur-législateur et les médias, les entreprises sont scrutées.

Nous proposons d’illustrer le premier facteur d’élargissement à travers la lecture de l’article « Les risques environnementaux pèsent lourds sur les chaînes d’approvisionnement…Et ce sont les consommateurs qui paient. »

La semaine prochaine : illustration du 3ème facteur avec les difficultés à assurer le risque climatique.

Les deux suivantes, nous aborderons la gestion du risque climatique et ses interactions avec la RSE / Et comment transformer le risque climatique en opportunité.

LES RISQUES ENVIRONNEMENTAUX PÈSENT LOURDS SUR LES CHAÎNES D’APPROVISIONNEMENT… ET CE SONT LES CONSOMMATEURS QUI PAIENT

Le changement climatique et la perte de biodiversité ont un coût financier pour l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement mondiale, souligne un rapport du CDP. Il en coûtera 120 milliards de dollars supplémentaires aux entreprises d’ici 2026, selon l’organisation qui collecte les données environnementales (climat, forêt, eau) de 8 000 fournisseurs. L’industrie manufacturière, l’alimentation et la production seraient les plus touchées.

Inondations marchandises supply chain iStock tieroLe CDP estime que les risques environnementaux pourraient coûter directement 120 milliards de dollars supplémentaires aux grandes entreprises via leur chaine d’approvisionnement.

Pour les cinq prochaines années, l’impact financier du changement climatique, de la déforestation et de l’insécurité hydrique va coûter très cher aux entreprises selon le CDP. Dans son rapport Transparency to transformation : a chain reaction, l’organisation estime ce montant à 1 260 milliards de dollars dont 120 milliards d’euros dus uniquement aux chaînes d’approvisionnements. Pour parvenir à ce montant, CDP a analysé les données environnementales de 8 000 fournisseurs mondiaux.

Le poids de ces derniers est en effet majeur. Ceux-ci peuvent voir leur production stoppée ou retardée par l’augmentation de la gravité et de la fréquence des cyclones et des inondations, subir une hausse du coût des matières premières. Les plus gros acheteurs sont touchés comme L’Oréal, Walmart ou Unilever.

Ces coûts se répercuteront certainement sur les consommateurs, prévient le CDP. « La plupart des chaînes d’approvisionnement fonctionnent avec des marges bénéficiaires très étroites, l’augmentation des coûts devrait être répercutée le long de la chaîne dans un effet domino pour leurs acheteurs« , souligne Maxfield Weiss, le directeur exécutif intérimaire de CDP Europe. Qui ne se risque toutefois pas à donner un ordre de grandeur.

Plus de transparence pour mieux gérer les risques

Les secteurs les plus concernés sont l’industrie manufacturière (64 milliards de dollars), l’alimentation, les boissons et l’agriculture (17 milliards de dollars) ainsi que la production d’électricité (11 milliards de dollars). Certains ont déjà bien identifié le problème et demandent plus de transparence et d’actions de la part de leurs fournisseurs. Sur le climat par exemple, les émissions de gaz à effet de serre de la supply chain sont en moyenne 11,4 fois plus élevées que les émissions directes de l’entreprise. Dans le commerce de détail (magasin de vêtements ou supermarchés), c’est 28 fois plus !

8 000 fournisseurs divulguent désormais leurs émissions de gaz à effet de serre, le volume des matières premières (soja, bois, huile de palme, chocolat ou café…) issues de pays à risques de déforestation ou leur consommation d’eau. Mais les données sont encore trop peu nombreuses et qualitatives pour opérer une gestion des risques réellement efficace et une transformation des business models souligne le CDP.

Dommage car les actions menées chez les fournisseurs peuvent être source d’un « avantage concurrentiel » pour l’ensemble de la chaîne, assure Maxfield Weiss. Le rapport montre que les mesures d’efficacité énergétique des fournisseurs ont permis aux entreprises d’économiser 619 millions de tonnes de CO2 et 33,7 milliards de dollars rien qu’en 2020.

Béatrice Héraud, 

RIsque et opportunité. Une autre approche

Risque et Danger

« La notion de risque est ancienne, ancrée dans la société et associée à une connotation de peur, de danger. Quand Beck (2001) affirme que notre monde est le premier à être confronté au risque suprême de la destruction de la vie sur la terre, de la fin de l’Humanité, Méric et al. (2009) rappellent que les Aztèques redoutaient le retour du Néant provoqué par l’arrêt de la course du soleil et ainsi l’ancrage du risque dans l’histoire de l’Humanité. Dans cet ouvrage, les auteurs rappellent que le mot français daterait du XVIe siècle et que son étymologie serait liée à l’activité commerciale maritime (le risque que court une marchandise), avec comme postulat implicite, les conséquences néfastes de l’occurrence du risque. Laperche (2003) établit un lien entre le risque, expression du danger et la nécessité de le récompenser ou de le réduire…Au début des années quatre-vingt-dix, la notion de risque reste floue : risque et danger. » p.18. La Fonction Risk Manager. Organisation, Méthodes et Positionnement. Aubry C., Dufour N.

https://www.la-librairie-rh.com/livre-entreprise/la-fonction-risk-manager-fris.html

Risque et Opportunité

« La notion de risque n’est pas nouvelle dans les entreprises (Knight, 1921). Il est présent dans toute action, fait partie de l’univers des entrepreneurs (Schumpeter, 1926) ; il est inhérent à toute décision : « Décider, c’est choisir, en univers incertain notamment, c’est prendre un risque en espérant que le choix s’avérera a posteriori judicieux. » (Persais, 2003). Le risque est ainsi à rapprocher de l’action. La prise de risque est en soi la conséquence de la prise de décision dans un but précis : « L’évènement non encore survenu qui motive l’action. » (Beck, 1986). Ce but précis, c’est dans le contexte de l’entreprise la recherche de relais de croissance, de rentabilité supérieure, de développement de l’organisation. p.18. La Fonction Risk Manager. Organisation, Méthodes et Positionnement. Aubry C., Dufour N.

Le risque peut (doit) être appréhendé comme une opportunité et la gestion des risques comme une  démarche positive : reconnaître la valeur de la prise de risque et des coûts d’opportunité. C’est bien de prendre des risques. Il faut prendre des risques. A condition « seulement » de savoir « où l’on met les pieds ». Apprendre de ses échecs mais aussi ses succès : apprentissage, REX, diffusion des Bonnes Pratiques…Il s’agit des dispositifs de l’approche socio-cognitive de la gestion des risques qui m’est chère. Vous pouvez la retrouver via des articles publiés sur le blog (Catégorie Gestion des Risques. Rubrique Démarche socio-cognitive.) ou dans l’ouvrage ci-dessus comme fil conducteur de la présentation de la Fonction Risk Manager (sortir de l’approche contrôle / « riskmanagement intelligent » prôné par Power pour gagner en légitimité).  

Je vous propose deux articles qui associent risque et opportunité.

Pour passer du risque à l’opportunité :
« Les achats responsables au cœur des nouveaux enjeux de RSE »
« Kenya : une startup transforme le fléau des criquets pèlerins en bénédiction pour les agriculteurs »


Les achats responsables au cœur des nouveaux enjeux de RSE 

En ces temps troublés, plus que jamais, les entreprises vont être scrutées. A elles de se montrer irréprochables.

Jusqu’à récemment encore, l’attente des citoyens en matière de changement, qu’il soit social, sociétal, ou environnemental, était essentiellement tournée vers l’Etat. Comme différents indicateurs ont pu le souligner, a fortiori depuis la crise financière de 2009 et devant la résurgence des catastrophes climatiques ces dernières années, un changement de paradigme est néanmoins à l’œuvre, et il s’est renforcé avec la crise sanitaire : les citoyens éclairés ont pris conscience que le changement ne pourrait se faire qu’à travers eux et comptent sur les entreprises pour en être les relais collectifs visibles. En jeu, la possibilité de consommer mieux, en respectant le monde qui les entoure. En conséquence, les entreprises doivent opérer un changement de cap aussi nécessaire qu’attendu, entraînant dans leur sillage tout un écosystème économique.

L’émergence du « nouveau consommateur »

Ce qu’il est intéressant de voir pour bien comprendre la mécanique à l’œuvre, c’est que ces citoyens sont à la fois des salariés (ou futurs salariés d’organisation) et les clients finaux qui feront l’acquisition d’un bien ou d’un service auprès d’une entreprise. Cette position de consommateurs-acteurs leur confère un rôle de moteur du changement, à l’heure où l’on se dit que la demande peut conditionner l’offre. Une grande enseigne de distribution en a d’ailleurs récemment fait son slogan (« Place au nouveau consommateur »), ancrant ainsi une nouvelle réalité : les citoyens se placent désormais en acheteurs responsables, et imposent aux entreprises d’être alignées sur ces valeurs et d’être dans une nouvelle dynamique de responsabilité.

Car si les questions de RSE sont déjà largement intégrées dans les plus grandes entreprises françaises, il apparaît clairement qu’en plus d’être sociale, cette responsabilité doit être sociétale et environnementale, et s’étendre à toutes les organisations. Les salariés expriment d’ailleurs des attentes fortes, en ce sens, envers leur employeur et attendent de la part des entreprises, notamment les plus grandes, des efforts honnêtes et plus conséquents encore.

Alors que les figures d’autorité sont largement remises en cause et que la confiance déjà restreinte dans les pouvoirs publics continue de s’étioler, le niveau de confiance des salariés dans leur employeur résiste. Selon l’édition 2021 du Trust Barometer d’Elan Edelman, l’employeur serait même « le dernier bastion de la confiance » : 70% des répondants déclarent, en effet, avoir confiance en leur employeur contre 50% seulement lorsque l’on évoque le gouvernement ; 67% pensent, par ailleurs, que les P-DG devraient intervenir lorsque le gouvernement ne résout pas des problèmes de société et 66% souhaitent que les dirigeants jouent un rôle de premier plan dans les changements à opérer, plutôt que ce soit le gouvernement qui les leur impose. Voilà qui en dit long sur la vision qu’ont ces « nouveaux consommateurs » de leur rôle de contre-pouvoir par le biais de l’entreprise, à une époque où les initiatives citoyennes se multiplient, sans trouver d’écho réellement favorable auprès des pouvoirs publics.

De la poussée citoyenne au changement des modes de production

Toujours selon le Trust Barometer 2021, 73% des sondés se disent inquiets (ou très inquiets) en ce qui concerne le changement climatique. La prise de conscience d’une Terre aux ressources précieuses et limitées est globale, et les attentes en matière de changement doivent se traduire au sein des entreprises, dont la survie, à terme, dépendra de leur engagement en matière de développement durable notamment. Le changement de modes de consommation, pour ceux qui le peuvent, est en marche. L’heure est à la limitation de l’impact environnemental au niveau individuel et collectif (consommation locale/de saison, circuits courts, agriculture bio, traçabilité des matières et matériaux, énergie verte, possibilité de réparer plutôt que de jeter…). En miroir, l’offre s’ajuste progressivement. Les exemples dans l’agroalimentaire (origine France, zéro pesticides, issu de coopératives…), l’énergie (énergies vertes et/ou renouvelables, recyclage…), l’immobilier (rénovation énergétique, constructions écoresponsables) ou l’automobile (véhicule hybrides et électriques) ne manquent pas, tandis que la crise a fait émerger, pour d’autres raisons, l’importance de relocaliser certaines productions. Chacun s’accorde pour un retour progressif à une logistique de proximité, moins polluante, moins invasive et bénéfique à chacun. De la même manière, le nouveau consommateur inclut dans sa réflexion la mesure de l’impact social de ses achats, en portant une attention croissante au respect des conditions de travail et aux droits individuels des salariés participant à la conception des biens et des services dont il fait l’acquisition. Le récent plan de relance du gouvernement qui est une feuille de route pour la refondation économique, sociale et écologique du pays va également dans ce sens. A travers le label France Relance, le gouvernement soutient les entreprises optant pour des investissements plus « verts » et globalement plus responsables socialement avec un objectif annoncé : bâtir la France de 2030.

Des enjeux écologiques qui sont des enjeux économiques pour les entreprises

La performance d’une entreprise repose sur sa capacité à générer du chiffre d’affaires et des bénéfices (c’est-à-dire, à vendre ce qu’elle produit) pour investir, en vue de rester compétitive et de poursuivre son développement. Lorsque les attentes des consommateurs évoluent de manière aussi fondamentale que ce que l’on observe actuellement et que la notion d’entreprise engagée (et par extension de fournisseurs engagés, de supply chain responsable…) devient un facteur de décision dans le processus d’achat, l’entreprise se doit d’adapter rapidement son modèle ou sa production pour rester attractive et performante. Les enjeux écologiques et sociaux pour le citoyen sont des enjeux économiques pour l’entreprise. Il s’agit par conséquent pour les organisations de répondre aux nouvelles exigences des consommateurs responsables, en se positionnant à leur tour comme des acteurs du changement. Comment ? En développant des politiques RSE fortes et cohérentes. En s’appliquant aussi à entraîner dans leur sillage celles et ceux qui composent leur écosystème direct : clients, fournisseurs et partenaires, collaborateurs et futurs collaborateurs, pouvoirs publics dans certains cas. Tout cela doit participer à établir un cercle vertueux, dont la circonférence ne cesse de croître à mesure qu’il se nourrit de l’engagement des différents acteurs aux rangs 1, 2, 3…

A titre d’exemple, l’une de mes collaboratrices me relatait récemment une expérience d’achat qui résume bien cette tendance : ce que sont les achats responsables et comment ceux-ci peuvent se décliner. Elle venait de faire l’acquisition d’un vêtement technique de montagne, et la lecture des « 10 engagements » de la marque illustrait tout à fait les différentes dimensions de ce qu’est et doit être la responsabilité d’une entreprise de l’industrie textile aujourd’hui. On pouvait lire notamment : développer des produits durables, aller vers de l’éco-conception, privilégier le recours à des matières certifiées et garantir le sourcing des achats. Garantir le sourcing des achats, c’est travailler avec des fournisseurs et des prestataires engagés sur le plan social (pas de travail forcé, dissimulé ou travail des enfants, lutte contre les discriminations) comme environnemental (provenance, mode d’extraction des matières premières ou de transformation, audit d’impacts, valorisation de la production et des achats en circuits courts et continentaux versus internationaux, valorisation des produits usagés…), dans le respect des intérêts de tous et non d’intérêts propres (lutte contre la corruption). Tous ces engagements suivent précisément la charte Global Compact des Nations-Unies, qui peut servir de cadre aux entreprises pour consolider leurs engagements, notamment en matière de politique d’achats responsables.

Le mouvement est initié, la route reste à parcourir

Aujourd’hui, les politiques d’achats responsables ne sont pourtant une réalité que dans 60% des entreprises en France, selon l’Observatoire de la fonction achats 2030 de Michael Page/CNA (dont les résultats seront publiés début mai). L’une des raisons à cela est que l’on associe encore trop souvent « politique d’achats responsables » et entreprises industrielles ou multinationales. Or, ces politiques doivent aussi se diffuser largement auprès et au sein des entreprises de taille moyenne et des entreprises de services, qui sont au cœur des écosystèmes économiques. Des labels comme Ecovadis, auquel les entreprises se montrent de plus en plus attentives, viennent récompenser les organisations qui s’impliquent sur ce plan et peuvent, là encore venir, accompagner la mise en place des actions.

La crise actuelle est l’opportunité d’opérer un changement à la fois profond et durable, répondant aux nouvelles attentes des citoyens en matière de responsabilité sociale et environnementaleLa mise en place d’une politique d’achats responsables, quelle qu’en soit la dimension initiale, doit devenir pour tous une conviction. Parce qu’il s’agit déjà d’un facteur de décision d’achat pour de nombreux consommateurs, et parce qu’il s’agira de plus en plus d’un facteur d’attractivité et de décision bilatérale pour l’ensemble des partenaires engagés dans une relation commerciale (entreprises, fournisseurs, prestataires, …) et pour les ressources humaines d’une entreprise (salariés et futurs collaborateurs). Les entreprises peuvent, si ce n’est changer le monde, apporter une pierre significative à l’édifice.

Kenya: une startup transforme le fléau des criquets pèlerins en bénédiction pour les agriculteurs

The Bug Project propose aux paysans kenyans de ramasser les criquets dans les champs contre paiement, et transforme les insectes soit en engrais, soit en aliment pour bétail. © The Bug Project

Transformer un fléau en bénédiction, c’est l’objectif que s’est fixé une petite société kényane. The Bug Project ramasse dans les champs les criquets pèlerins qui ont envahi tous l’est de l’Afrique, et notamment le Kenya, pour en faire soit du compost, soit de l’alimentation pour bétail. Une solution qui permet aux villageois kenyans de surmonter les pertes engendrées par les invasions de criquets.

Depuis près d’un an et demi, le Kenya affronte les pires invasions de criquets pèlerins de son histoire. Les insectes réduisent à néant les cultures et dévastent les campagnes. Face à la détresse des paysans kényans, Laura Stanford, une Sud-Africaine de 33 ans, installée à Nairobi a décidé d’agir. « En réalité, s’il n’y avait pas eu le Covid-19, l’invasion de criquets pèlerins dans la Corne de l’Afrique aurait été la plus grande crise humanitaire de l’année dernière », dit-elle.

À la tête d’une petite entreprise d’élevage d’insectes destinés à l’alimentation animale, The Bug Project, elle entame donc dans plusieurs comtés ruraux des campagnes de ramassage de criquets. En collaboration avec la FAO, l’agence des Nations unies pour l’agriculture qui a entrepris depuis un an des opérations de pulvérisation d’insecticide.  

Mobiliser les habitants

« Tôt le matin, nous appelons la FAO, pour savoir où sont les essaims d’insectes et s’ils seront pulvérisés ou non. Si ce n’est pas le cas, nos équipes mobiles vont dans les villages, pour mobiliser les habitants et leur expliquer comment ramasser les criquets et les mettre dans des sacs que nous distribuons. Et nous payons les communautés par kilos de criquets ramassés. Nous payons immédiatement par MPESA, une application de mobile money », explique Laura Stanford.

Les villageois récupèrent 15 shillings, soit environ dix centimes d’euro par kilo d’insectes. Quant aux criquets, ils seront transformés en engrais s’ils proviennent d’essaims traités à l’insecticide, ou en nourriture pour animaux dans le cas contraire. 

Étendre le projet à l’ensemble du Kenya et au-delà

Antoine Hubert, ancien ingénieur d’Agro Paris Tech, une école d’agronomie, dirige aujourd’hui Ynsect, autrement dit la plus grande entreprise d’aliments pour bétail fabriqués à base d’insectes, en Europe. Pour lui, l’initiative de Laura Stanford fait sens dans un monde où les ressources ont tendance à s’épuiser.

« Cela fait partie de la solution, en effet. Et quand on voit ces invasions de criquets pèlerins, autant effectivement essayer de les collecter et de les transformer en aliments, d’autant que ce sont de très bonnes sources de protéines, très équilibrées. Il y a ces initiatives-là, et il y en a beaucoup d’autres. Il y a des projets au Cameroun ou au Burkina Faso où des vers de palme qui en passant d’un stade de collecte à un stade d’élevage, permettent de produire plus et de manière moins saisonnière. Ce qui crée de nouvelles filières, des revenus et des emplois », soutient Antoine Hubert.

Laura Stanford permet aux paysans collecteurs de criquets de gagner un peu d’argent en attendant des jours meilleurs. Elle leur redistribue aussi une partie du compost fabriqué avec les insectes afin de fertiliser leurs champs. Dépendante pour l’heure des fonds de la coopération danoise, elle aimerait étendre son projet à l’ensemble du Kenya ainsi qu’aux pays voisins, eux aussi touchés par les invasions de criquets pèlerins.  

Olivier Rogez

Risque de corruption

Cartographie du risque de corruption : 10 erreurs à éviter. Actualités : arrêt de la Cour d’appel / extension de la loi Sapin II ?

LIRE ou RELIRE sur le Blog

Dans les rubriques corruption et/ou Loi Sapin II ou en recherchant par mots clés ou dans les archives mensuelles par date, vous pourrez lire ou relire les articles suivants.

En juillet 2020, un article sur la cartographie des risques de corruption.

En février 2020, les principaux résultats de l’enquête sur le niveau de maturité des dispositions anticorruption en entreprise réalisée par l’Autorité Française Anticorruption (AFA) lançait.

En octobre 2020, un article intitulé « Trois ans après, où en sont les entreprises ? » 

Mardi mai 2021 : Bolloré, affaire en cours / le rapport d’activité de l’AFA 2000.

Loi Sapin II et rôle du régulateur comme amplificateur de risques dans La Fonction Risk Manager. Organisation. Méthodes et Positionnement.
https://www.la-librairie-rh.com/livre-entreprise/la-fonction-risk-manager-fris.html
Aujourd’hui, je vous propose deux documents :
  • 10 erreurs à éviter pour vos cartographies de risques / article qui fait suite à celui sur les cartographies
  • un arrêt d’appel à suivre : « extension » de la Loi Sapin II ?

10 erreurs à éviter dans la cartographie de vos risques de corruption

Le challenge consiste à construire une démarche à la fois efficace et conforme aux exigences légales et aux recommandations du régulateur (« si si… c’est possible… »). Vous ne souhaitez bien évidemment pas que s’applique à vous le constat que formulait l’Agence Française Anticorruption dans son dernier rapport annuel : « d’autres mesures, comme la cartographie des risques de corruption ou l’évaluation des tiers, pourtant déterminantes pour la robustesse du dispositif anticorruption, pâtissent encore trop souvent d’approximations méthodologiques ».

Forts des quelques dizaines de cartographies des risques de corruption réalisées ou auditées, nous nous proposons de partager avec vous notre liste non-exhaustive de 10 de ces erreurs ou « approximations méthodologiques » :

  1. Couverture partielle des activités de l’entreprise : la cartographie doit être réalisée aux bornes du groupe, sur l’ensemble de ses activités, en prenant en compte les zones géographiques d’implantation.
  2. Inventaire de risques trop globaux : les risques doivent prendre la forme de scénarios précis et adaptés aux spécificités de l’entreprise. Le « risque de corruption active » peut au mieux être considéré comme une catégorie ou une typologie de risque mais pas comme un risque élémentaire.
  3. Inventaire des risques trop génériques : il est bien sûr tentant de s’appuyer sur des catalogues de risques standards trouvés sur internet ou dans certains forums professionnels. Ces catalogues peuvent aider et guider dans l’identification des risques, cependant la démarche ne saurait se résumer à une sélection « tick in the box », au risque de rater l’exception, le risque spécifique qui est souvent le plus redoutable car méconnu du plus grand nombre.
  4. Méthodologie d’évaluation des risques inadaptée : le risque de corruption présente un certain nombre de spécificités qui doivent être capturées dans la méthodologie mise en œuvre et notamment les facteurs aggravants (géographie, secteur d’activité, tiers, etc.), les méthodes se limitant à une cotation globale probabilité / impact ne permettent pas d’appréhender de manière pertinente ce risque.
  5. Implication insuffisante du top management : que ce soit pour la validation de la méthodologie à mettre en œuvre, des personnes à impliquer, du niveau de risque acceptable, de la cartographie ou des plans d’actions associés, son implication est clé et renvoie à l’engagement de l’instance dirigeante.
  6. Démarche mise en œuvre en chambre par le compliance officer assisté d’un ou deux autres experts (risk manager, contrôleur interne, consultant…) : leurs points de vue sont bien sûr utiles et nécessaires, mais seuls les acteurs opérationnels peuvent avoir une vision précise et concrète des zones d’exposition de l’entreprise.
  7. Démarche déployée de manière hétérogène dans les entités du groupe : la difficulté d’une approche déployée aux bornes du groupe réside dans la mobilisation d’un grand nombre d’acteurs dont les compétences, l’expérience et la culture sont hétérogènes, ce qui peut facilement conduire à une cartographie également hétérogène.
  8. Manque de traçabilité des travaux : toutes les étapes de la démarche doivent être matérialisées et documentées. La démarche doit être efficace, conforme et auditable.
  9. Une approche en silo par rapport aux autres piliers de la loi Sapin 2 : la cartographie est un élément central doit  alimenter les autres piliers et également être nourrie par ces derniers au travers, par exemple, des résultats des contrôles, des résultats du dispositif d’alerte, des évaluations de tiers, etc.
  10. Une approche limitée à la réalisation d’une « photo » : la cartographie ne saurait être un objectif final, ce n’est qu’un outil au service du management des risques ainsi identifiés. Elle doit conduire à l’action, à la recherche de mesures correctives pour prévenir et / ou maîtriser les risques en question.

Une « extension » de la Loi Sapin II avec un arrêt d’appel à suivre

Arrêt (d’appel) intéressant et un peu inquiétant qui valide une sanction que même la loi #sapin2 n’a pas envisagé : une sanction disciplinaire non pas pour corruption mais pour ne pas avoir effectué l’évaluation d’un tiers à risque… Cela va aider les #complianceofficer à déployer ce pilier !

La Cour d’Appel d’Angers juge que le licenciement du Directeur Commercial qui ne s’inquiète pas de la due diligence devant être réalisée avant la signature d’un contrat repose sur une cause réelle et sérieuse (11 Mars 2021 – n° 19/00128).

Le Directeur Commercial d’une entreprise organise un rendez-vous de signature d’un contrat commercial international avec un distributeur basé aux Emirats Arabes Unis, alors que les vérifications et validations, notamment anticorruption, n’avaient pas été effectuées.

La Cour juge qu’il s’agit d’une faute de nature à conférer une cause réelle et sérieuse au licenciement compte-tenu du niveau de responsabilité du Directeur Commercial et de la nature particulière de l’activité de l’entreprise.

Il ne s’agit toutefois pas d’une faute grave en l’absence de mauvaise foi, de déloyauté ainsi qu’en l’absence de danger grave et immédiat pour l’entreprise.