PROCES LAFARGE. UNE DECISION HISTORIQUE. POINT D’ETAPE POUR VOIR QUE LES CHOSES AVANCENT. RISQUE ETHIQUE ET AMPLIFICATION SOCIALE DU RISQUE

« L’affaire LAFARGE » et plus précisément le procès LAFARGE permet de revenir sur deux facteurs de l’évolution des risques et de leur gestion depuis la fin des années 90. Ce contenu revient sur le risque éthique comme nouveau risque et le rôle joué par l’amplification sociale du risque.

Avant ce point, je vous propose également pour comprendre la genèse de « L’affaire LAFARGE » de lire ou relire du plus récent au plus ancien :

L’apparition de risques nouveaux.

  • Le risque au cœur de l’affaire est un risque éthique dans dimension gouvernance. C’est un risque qui n’existait peu voire pas. Et l’on ne peut que se réjouir qu’il soit aujourd’hui défini et présent dans les typologies de risques.
  • Il peut se définir comme suit :

« L’éthique est la mise en pratique quotidienne des valeurs de l’entreprise et plus largement le respect des valeurs humaines et sociétales. Elle se décline en deux dimensions : d’une part le développement durable – le risque éthique est alors proche du risque environnemental –, d’autre part la gouvernance – il s’agit alors du respect des engagements de transparence, de prise en compte des parties prenantes et d’ouverture aux besoins de l’environnement global (concurrentiel, réglementaire, sociétal…) dans lequel opère l’organisation. »

L’amplification sociale du risque.

  • Elle peut se définir comme suit :

« Le concept d’amplification sociale du risque (Kaperson et al.,1988) suggère que les risques sont amplifiés et instrumentalisés par des institutions telles que le régulateur-législateur et les médias. (Pidgeon et al, 2003). La manière dont les évènements sont perçus, classifiés, dramatisés, rendus visibles par ces institutions détermine leur importance dans les agendas de la gestion des risques. »

  • Le premier est clairement à l’œuvre dans « l’affaire LAFARGE. »

C’est beaucoup parce le régulateur-législateur sur fonds de scandales et de crises a mis en place principe, lois, règlements, décrets que sa gestion existe. Les premières lois (Loi Nouvelles Régulations Economiques, 2001 ; Loi Sécurité Financières, 2002) avaient des contenus peu structurants qui ont pu induire des logiques de sur-réaction et de sur-référence à des procédures. Les lois de la période 2008-2018 déterminent plus explicitement le périmètre…et les sanctions en cas de manquement, amenant les entreprises à renforcer les systèmes de contrôle interne et de gestion des risques.

La réalité des sanctions fait le reste. La décision du 13 avril 2026 marque une étape. La responsabilité – matérielle, juridique, morale – est au cœur de la décision. Il ne s’agit plus seulement de sanctions financières (amendes) mais de peines de prison.

  • Les médias « traditionnels », les réseaux sociaux et alternatifs (ONG, lanceurs d’alerte) ont relayé l’information, continuent de la relayer font le buzz.  

Les risques potentiels deviennent plus visibles ; ils sont perçus par les entreprises comme plus dangereux.

Pour en savoir plus le risque, la gestion des risques et la Risk Manager : Aubry C., Dufour N., « Risk Management. Démarche, méthodes, outils et acteur clé de la gestion des risques. », Editions Gereso, février 2026. 311 pages de lecture ; disponible en librairie ; sur le site de Gereso en version papier (25 euros) ou eBook et ePub (17,99 euros) ; sur les plateformes.

« Lafarge et son ex-PDG condamnés pour financement du terrorisme : une décision historique

Lafarge et huit anciens responsables ont été reconnus coupables, lundi par le tribunal de Paris, de financement de terrorisme en 2013 et 2014, pour avoir payé des groupes djihadistes afin qu’ils laissent tourner une usine au milieu de la guerre en Syrie. Le cimentier a été condamné à l’amende maximale.

 « Dénégation », « cynisme », « arrangements troubles et inévitables »… Pendant les quatre heures de lecture de son délibéré, la présidente de l’audience Isabelle Prévost-Desprez n’a pas eu de mots assez durs pour qualifier les agissements de la société Lafarge et de ses ex-dirigeants en 2013-2014 en Syrie, alors que la guerre civile ravageait le pays, que l’Etat islamique étendait son emprise sur la région et préparait de funestes attentats.

Et les sentences tombent, à la hauteur de ce « véritable partenariat avec l’EI », estime le tribunal. A partir de ce lundi soir, l’ancien PDG Bruno Lafont et l’ex-numéro 2 Christian Herrault dorment en prison. Ils ont été arrêtés au sein même de la salle d’audience alors qu’ils venaient d’être condamnés par le tribunal à, respectivement, six et cinq ans de prison avec mandat de dépôt. Ils ont aussitôt annoncé leur décision de faire appel.

Quant à l’entreprise Lafarge en tant que personne morale, elle est condamnée à l’amende maximale de 1,125 million d’euros et à payer solidairement avec quatre de ses ex-cadres une amende douanière de 4,57 millions d’euros pour non-respect des sanctions financières internationales.

Une première dans l’histoire judiciaire française

C’est la première fois qu’une personne morale est condamnée pour financement du terrorisme en France. Pour mieux illustrer la responsabilité concrète de l’entreprise, la présidente a cité, implacable, le témoignage de Gaëlle, rescapée du Bataclan, prononcé lors de l’audience en décembre : « J’essaye de vous faire comprendre comment des choix faits dans vos bureaux, à des milliers de kilomètres, se sont transformés en balles de kalachnikovs, en sang. »

Ces mots, prononcés avec dignité par une survivante dont le visage porte à jamais les stigmates des tirs de cette nuit-là, résonnent comme un verdict moral bien avant le verdict juridique. « C’est une décision historique dans la lutte contre l’impunité des multinationales », s’est réjouie l’association Sherpa, à l’origine de la plainte. La décision est, de fait, fondamentale pour toutes les entreprises opérant en zone de conflit….

Valérie de Senneville » Les Echos, 13 avril 2026.

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