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RISQUE GEOPOLITIQUE (1). UN POINT. UN MEDLEY DE RESSOURCES A ECOUTER ET LIRE
Mes premiers contenus du blog sur le risque géopolitique datent de 2023.
Ils étaient dictés par la place grandissante de ce risque dans les préoccupations des entreprises, en lien avec la guerre en Ukraine.
Ils avaient pour objectifs de :
- Lire le risque géopolitique à travers la grille de lecture des cinq facteurs qui font que le risque est devenu une variable stratégique de la réflexion des organisations et notamment de l’identifier comme un risque potentiel.
- D’aider à parler de ce risque de manière structurée – c’est ce que j’enseigne à mes étudiants de master -.
- Nommer le risque en le rattachant à une typologie ; ici celle de l’AMRAE : RISQUES STRATEGIQUES EXTERNES / Pays et Macroéconomie / politique, guerre, terrorisme…;
- Evaluer le risque : Probabilité élevée / Impact fort.
- D’illustrer la transversalité du risque : le risque géopolitique est par exemple une des causes du risque de supply-chain.
- De boucler (conclure) sur la démarche Enterprise Risk Management, globale et transversale et le rôle du Risk Manager (RM) que je qualifiais alors d’Architecte de la gestion des risques ; le risque géopolitique est dans le périmètre de celui-ci.
Pourquoi en reparler aujourd’hui ?
- Deux partages récents m’ont passionnée et rappelé à quel point les relations internationales m’intéressaient pendant mes années Sciences PO Paris dans la conférence de François Sureau.
- La Conférence « Indopacifique : enjeux et défis » organisée le 31 janvier 2026 par le Master ISSD de l’Université de Toulouse et qui positionnait via des cartes les trois grands acteurs
- Le webinaire « Point de situation au Moyen Orient. Attaques en Iran et dans le golfe persique, quelles conséquences pour les entreprises ? » organisé par l’AMRAE le 6 mars 2026 et disponible sur son site pour les adhérents.
Le risque géopolitique n’est plus un évènement exceptionnel à gérer en marge. Il est une contrainte permanente de décision.
- Une préoccupation affichée par les entreprises
Pour la première fois en 2026, le risque géopolitique figure également parmi les dix principales préoccupations dans la nouvelle Enquête mondiale sur la gestion des risques d’AON.
- Une préoccupation dont on peut prédire qu’elle va encore croître dans le baromètre ALLIANZ 2027 (à paraître en janvier) suite à la campagne militaire conjointe des Etats-Unis et d’Israël contre l’Iran le 28 février 2026.
- Une criticité plus élevée. Probabilité très élevée (voire même proche de l’inconnu pour R. de Vittoris interviewé par L.Girardot ; le propre d’un risque potentiel). Impact très fort
- Une transversalité que la crise actuelle permet d’illustrer ; non pas un risque mais des risques (voir note blanche publiée sur LinkedIn par Th. Lafon le 1er mars 2026) ; pour les entreprises françaises :
- Risque énergétique et matières premières
- Risque logistique et chaîne d’approvisionnement (Risque supply-chain)
- Risque financier et assurantiel
- Risque cyber
- Risque sécurité des personnels
- Risque réglementaire et de conformité
Je boucle sur des préconisations.
- La démarche ERM est nécessaire. Pour une description détaillée des 5 étapes de celles-ci et des outils utilisés : voir Aubry C., Dufour N., « Risk Management. Démarche, méthodes, outils et acteur clé de la gestion des risques. », Editions Gereso, février 2026.
- Les dirigeants et un RM que je qualifie de Pilote de la gestion des risques, dont nous analysons l’activité, la place dans l’organisation et les compétences dans ce même ouvrage, doivent piloter le risque géopolitique.
J-Ch Antoine-Noirel écrit sur LI que « dans beaucoup d’organisations, le risque géopolitique est externalisé avec l’aide d’experts ponctuels, ou dispersé entre le juridique, la compliance, la sûreté ou les affaires publiques ou encore pris en compte et étudié uniquement lorsque la crise éclate…l’année 2026 fera émerger des entreprises qui auront intégré le risque à différentes étapes de leur process de décision…Il est tellement plus simple de mettre en place des KPI à thématique géopolitique, avec des seuil d’actions pour prendre des décisions…et s’y tenir. »
Dans deux semaines Risque géopolitique (2). Crise Iran. Illustration de la démarche de gestion des risques sur la logistique et la chaine d’approvisionnement.
UNE RESSOURCE A ECOUTER
Le Monde selon l’IFRI
Les entreprises à l’épreuve du risque géopolitique
Trente-trois minutes d’écoute
Au programme de ce podcast, Thomas Gomart, directeur de l’Ifri :
- Revient sur la distinction entre risque pays et risque géopolitique et propose des définitions du risque géopolitique.
- Dresse une généalogie du risque géopolitique en interrogeant la constitution de celui-ci : il
- date et explique sa naissance ;
- identifie l’enjeu de sa gestion et les acteurs qui ont contribué à sa naissance ;
- fait des recommandations sur sa gestion.
DES RESSOURCES A LIRE (antérieurs à la crise en Iran).
Extraits d’articles
Après Davos, les tensions géopolitiques s’imposent à l’agenda des risk managers
Les professionnels du secteur se réunissent à Deauville du 4 au 6 février sur fond de crises géopolitiques. Alors que les tarifs d’assurance sont en baisse, particulièrement dans le cyber, la situation internationale très volatile devrait peser sur les discussions.
Par Thibaut Madelin
Publié le 4 févr. 2026
Menace d’annexion du Groenland par Donald Trump, enivré par son enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro, tensions persistantes au Moyen-Orient (Gaza, Iran), nouvel hiver sous les bombes russes en Ukraine, attaque informatique contre La Poste, pénurie de puces Nexperia dans l’automobile, incendies en Australie, instabilité politique dans une France surendettée…
Après Davos fin janvier, rarement le climat n’aura été aussi intense pour les professionnels du risque, qui se réunissent du 4 au 6 février à Deauville à l’occasion des rencontres annuelles de l’Association pour le management des risques et des assurances de l’entreprise (Amrae). Et leur fonction aussi clef pour des groupes français soucieux d’aller chercher la croissance à l’étranger sans ignorer les dangers.
Baisse des prix
Pourtant, malgré ce contexte anxiogène qui devrait théoriquement faire exploser les prix d’assurance, c’est l’inverse qui se produit. « Nous sommes dans un marché favorable aux acheteurs d’assurances, déclare Denis Bicheron, directeur des placements CRB chez WTW France. Il y a une capacité abondante et des prix qui baissent quasiment sur toutes les lignes. »
L’expert cite des baisses de 10 à 15 % dans l’assurance dommage des entreprises ou encore de 25 à 30 % sur les lignes financières, qui incluent le cyber ou la responsabilité civile des mandataires sociaux. A l’origine : les bons résultats techniques enregistrés par les assureurs (et les réassureurs), qui vont du coup chercher des affaires chez les autres en baissant leurs prix, explique l’expert.
…
Les autres risques, dont celui lié au climat, n’ont pas disparu, mais c’est bien les tensions internationales qui dominent les débats. « Le risque géopolitique, ce n’est plus un bruit de fond, c’est vraiment au centre de l’agenda des Comex et des conseils d’administration, insiste Oliver Wild, vice-président de l’Amrae et directeur des risques et des assurances de Veolia. C’est vraiment un facteur de rupture majeure. »
Consolidation
Les polices d’assurance dommages standard excluent généralement la couverture des guerres et des guerres civiles, mais des produits spécifiques existent, comme les couvertures « CEND » (Confiscation, Expropriation, Nationalisation & Privation) ou les polices Violences Politiques. Jusqu’ici, leurs prix n’ont pas flambé, constate Denis Bicheron. « Si le marché reste stable, la persistance de tensions géopolitiques majeures et inédites depuis la Seconde Guerre mondiale incite à la prudence quant à la pérennité de la situation », admet-il cependant.
L’évolution dépendra des humeurs du président américain, mais aussi du marché. « Il y a aujourd’hui un décalage entre ce que les entreprises attendent des assureurs et ce que ces derniers leur proposent », constate Grégoire Dutertre, président de la commission géopolitique de l’Amrae et risk manager de Sonepar. Il cite les exclusions de zones géographiques, les prix et les franchises élevés, mais reconnaît que les entreprises doivent aussi professionnaliser leur gestion du risque géopolitique…inquiétud
Comment les entreprises s’organisent face à l’escalade des risques de guerre
Alors que les tensions géopolitiques s’intensifient, les entreprises françaises ne peuvent plus ignorer ces nouveaux risques. Beaucoup ont déjà révisé leur stratégie d’investissement, mais elles doivent aussi se prémunir contre les menaces de guerre militaire et hybride.
Par Jeanne Bigot
Publié le 4 févr. 2026
Conflits armés, droits de douane exceptionnels, attaques cyber, contraintes politiques sur l’investissement… Depuis plusieurs années, les risques géopolitiques s’intensifient et pèsent sur les entreprises, y compris en France. « Longtemps, l’entreprise mondialisée a optimisé ses chaînes de valeur comme un pur problème de coût et d’efficacité, en considérant que la mondialisation assurait une relative stabilité politique, observe Stéphane Auray, professeur d’économie à l’Ecole nationale de la statistique et de l’analyse de l’information, et à Rennes School of Business. Aujourd’hui, ce constat vole en éclat. »
Pour faire face, les cellules de veille géopolitique montent en puissance au sein des entreprises, de même que certaines fonctions comme les managers du risque géopolitique. Leur premier objectif est d’identifier les vulnérabilités. Actuellement, sur le sol français, les risques physiques comme la destruction d’actifs, l’interruption d’activité, l’expropriation, ou même la mobilisation et la sécurité du personnel, sont limités. Rares sont ceux qui les anticipent de manière opérationnelle, bien que certains exploitants d’infrastructures critiques (énergie, transport, finance…) développent des scénarios prospectifs et plans de continuité.
Risques physiques, hybrides et géoéconomiques
« Cependant, le risque géopolitique ne se limite pas aux conflits armés : il existe toute une échelle de déviance par rapport à ce que l’on pourrait espérer être la norme dans une situation de concurrence économique mondiale », note Sébastien Jean, professeur en économie au CNAM et directeur délégué du programme Géofinance à l’Institut français des relations internationales (Ifri).
En effet, parmi les menaces géopolitiques les plus prégnantes se trouvent les risques dits « hybrides » comme les cyberattaques, les fuites ou prises en otage de données, la désinformation, ou encore les attaques à la réputation…
Désormais, certains grands groupes ont intégré les risques géopolitiques dans leur stratégie de gouvernance, mais il ne s’agit pas d’une vérité générale. « La sensibilisation à ces questions est très variable, reprend Sébastien Jean. Cependant, la prise de conscience doit être à la hauteur des enjeux, qui peuvent devenir de premiers ordres : il faut y consacrer des efforts spécifiques. »
Anticipation et résilience
Aujourd’hui, déjà, la grande majorité des choix d’implantation à l’étranger sont liés aux grands événements géopolitiques. D’après le rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, la proportion des projets d’investissements étrangers directs entre pays géopolitiquement distants a reculé, passant d’environ 23 % en 2013 à 13 – 15 % au début des années 2020, tandis que les projets réalisés entre pays alignés et au sein d’une même région continuent d’augmenter. « Aujourd’hui, la géopolitique pèse autant dans les investissements que les coûts de production ou la taille du marché », note Stéphane Auray…
Prévenir le risque géopolitique : l’impossible défi des banques
Les banques, fortement internationalisées, vont devoir s’adapter à la fin de la « fiction agréable » décrite par le Premier ministre canadien, Mark Carney, dans son discours de Davos. Les canaux de contagion entre le géopolitique et la finance sont nombreux.
Publié le 13 févr. 2026
Jusqu’ici, tout va bien. Lors de leurs publications annuelles, les banques françaises ont enchaîné les résultats record, comme la plupart de leurs concurrentes européennes. C’est comme si les tourments du monde étaient sans prise sur le secteur financier. Lors des conférences de résultats, aucun signe d’inquiétude n’a pu transparaître des états-majors des banques face au risque géopolitique.
Par rapport aux industries du luxe, de l’agroalimentaire ou de l’automobile, frappées de plein fouet par les droits de douane, le secteur bancaire ne serait impacté que de manière indirecte, notamment si le ralentissement économique entraînait une dégradation de la qualité du crédit. Mais pour combien de temps ?
On imagine difficilement, en effet, que les banques soient totalement épargnées par la fin de la « fiction agréable » et le début de la « réalité brutale » que le Premier ministre canadien, Mark Carney, a décrites dans son discours de Davos, si révélateur du basculement actuel qu’il en est devenu viral.
Le risque géopolitique au coeur des priorités de la BCE
Ce n’est pas pour rien si la Banque centrale européenne (BCE) a renforcé son niveau de vigilance concernant le risque géopolitique dans ses priorités pour les trois années à venir, publiées en début d’année. Dans ce document, le superviseur s’inquiète que l’absence de grande faillite bancaire dans la zone euro ces dernières années malgré l’accumulation de chocs (Brexit, Covid, Ukraine…) puisse alimenter une forme de complaisance face au risque de crise financière.
En cas de nouveau scénario extrême, les Etats risquent de ne pas être en mesure de venir au secours de l’économie comme ils l’ont fait pendant la pandémie, prévient-il, en raison du « niveau élevé de dépenses publiques et des contraintes budgétaires » actuelles dans certains pays. A Francfort, certains responsables de la supervision reconnaissent eux-mêmes avec humour qu’ils « sont payés pour être pessimistes ». Comme un soupçon de pessimisme vaut mieux qu’un excès de confiance, la BCE a demandé aux banques de se soumettre à des « stress tests » géopolitiques.
Mais au lieu de leur appliquer des scénarios extrêmes pour voir si les établissements bancaires peuvent absorber ces chocs, comme lors des traditionnels tests de résistance, la BCE va cette fois procéder à l’exercice inverse. Les 110 établissements supervisés vont devoir identifier quels événements pourraient conduire à une baisse drastique de leurs ratios de fonds propres (CET1), à hauteur de plus de 300 points de base.
Ces « stress tests inversés » n’ont pas manqué de susciter des réactions circonspectes de la part des banquiers, toujours enclins à dénoncer le zèle des superviseurs. « On me demande de modéliser l’impact de la fin du monde sur les comptes de la banque », soupirait récemment le dirigeant d’un grand établissement. Un chroniqueur du « Financial Times » a comparé cet exercice à un « atelier d’écriture collaborative de fiction dystopique »…
Scénarios de crise
Cela peut concerner le refinancement en dollar des banques européennes par le biais d’accords de « repo » et de swaps de devises, la dépendance à un acteur du cloud basé hors de l’UE, ou encore l’utilisation des réseaux de paiement comme moyen de rétorsion. On en a déjà vu un aperçu, lorsque le juge français de la Cour pénale internationale (CPI), Nicolas Guillou, a été placé sous sanctions américaines l’été dernier pour avoir autorisé l’émission par la CPI de mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou.
Le scénario le plus extrême reste sans doute celui des sanctions : gels d’actifs, retraits de licence bancaire… Les banques occidentales présentes en Russie en ont fait la douloureuse expérience….
DISPONIBLE DEPUIS LE 5 février 2026 ; « RISK MANAGEMENT. Démarche, méthodes, outils et acteur clé de la gestion des risques. » Quoi de neuf ?
Aubry C., Dufour N., « Risk Management. Démarche, méthodes, outils et acteur clé de la gestion des risques. », Editions Gereso, février 2026.
311 pages de lecture ; disponible en librairie ; sur le site de Gereso en version papier (25 euros) ou eBook et ePub (17,99 euros) ; sur les plateformes.
L’objectif de cet ouvrage est de :
- dresser un panorama complet et actualisé du métier de Risk Manager, identifier ses caractéristiques, s’interroger sur son avenir, proposer des pistes d’évolution ;
- d’approfondir les méthodes et outils mobilisés par les Risk Managers, la gestion des risques en situation d’urgence à travers les dispositifs de gestion de crise, ainsi que l’usage des systèmes d’informations dédiés à la gestion des risques.
Travaux de recherche. Exemples, retours d’expérience, cas d’entreprise, entretiens.
À partir des résultats de nos travaux de recherche et d’exemples récents, de différents cas d’entreprise, de retours d’expérience, nous exposons un cadre d’intervention actualisé sur une fonction en complète refonte. Illustré de nombreux entretiens avec des opérationnels de la gestion des risques, cet ouvrage basé sur une double approche académique et terrain propose une approche complémentaire à celle de l’association professionnelle des Risk Managers : méthodologie qualitative, résultats basés sur des entretiens semi-directifs menés sur un échantillon homogène de Risk Managers corporate.
Quoi de neuf ?
Il s’agit d’une version actualisée de notre précédent ouvrage aujourd’hui épuisé (2022).
La gestion des risques et la fonction Risk Manager n’ont jamais été aussi essentielles. Nous y abordons de nombreux points nouveaux. Par exemple :
✔️ Actualisation des étapes de la démarche de gestion des risques et mise en évidence de l’Enterprise Risk Management
✔️ Ajout d’une nouvelle période de 2019 à aujourd’hui – l’ouvrage couvre désormais la période de la fin des années 90 à 2015 –
✔️ Nouveaux exemples et point réglementation très complet et actualisé sur les deux nouveaux risques climatiques et cyber-IT (intégrant l’IA)
✔️ Actualisation de la généralisation de la Fonction Risk Manager et évolution des autres acteurs
✔️ Intégration des dernières évolutions : de l’activité des Risk Managers / de leur place dans l’organisation / de leurs compétences / de leurs rôles
✔️ Mise en évidence des évolutions avec un nouveau profil de Risk Manager ; architecte « plus abouti » ou pilote de la gestion des risques
✔️ Nouveaux exemple de risques opérationnels
✔️ Plans d’actions sur la cartographie des collaborateurs clés (cartographie spécifique)
✔️ Ajout de nouveaux outils de gestion des risques…
L’AFFAIRE DES EAUX CONTAMINEES DE NESTLE ANALYSEE SOUS L’ANGLE DE LA GESTION DES RISQUES : UN CAS D’ECOLE
L’affaire des eaux contaminées de Nestlé devient un cas d’école qui me permet d’illustrer quelques éléments importants dans mes cours sur le risque et la gestion des risques. À partir des conclusions du rapport de l’enquête sénatoriale présentés dans un article des Echos que vous pourrez lire ci-dessous et de deux articles parus dans ce même quotidien, je vous propose de revenir et d’actualiser des éléments que j’ai déjà évoqués sur mon blog :
✨ Le risque éthique
🙈 La défaillance de l’Etat français comme amplificateur des risques
🚩 L’impact de ce risque pour Nestlé.
🏅 Les plans d’actions possibles pour Nestlé et pour l’Etat français.
Le risque éthique
L’éthique est la mise en pratique quotidienne des valeurs de l’entreprise et plus largement le respect des valeurs humaines et sociétales. Elle se décline en deux dimensions : d’une part le développement durable – le risque éthique est alors proche du risque environnemental -, d’autre part la gouvernance – il s’agit alors du respect des engagements de transparence, de prise en compte des parties prenantes et d’ouverture aux besoins de l’environnement global (concurrentiel, réglementaire, sociétal…) dans lequel opère l’organisation -. J’ai déjà utilisé cette appellation concernant Lubrizol, Nike ou encore Lafarge. Je l’ai également utilisé pour qualifier l’affaire des eaux contaminées dans une tribune publiée dans Le Monde le 14 octobre 2024.
La contribution au déficit de la nappe phréatique de la commune de Vittel (Vosges), qui se retrouve à importer de l’eau potable des centres voisins, relève du risque éthique dans sa première dimension : elle porte atteinte à l’environnement.
Le non-respect de la réglementation européenne interdisant la désinfection des eaux minérales, l’aveu de traitements tels que les ultraviolets et les filtres au charbon actif, la mise en doute de la qualité sanitaire des sources Vittel, Contrex, Hépar et Perrier (bactéries, matières fécales, pesticides…) par l’Agence nationale de sécurité sanitaire et l’Agence régionale de santé Occitanie relèvent de sa dimension gouvernance.
Le rapport de l’enquête sénatoriale paru le 19 mai 2025 est sans appel et confirme l’appellation de risque éthique dans sa deuxième dimension : la falsification et la dissimulation sont avérées. Il permet d’aller plus loin. Alors que je disais lors d’une interview en octobre 2024 que « l’accumulation d’affaires concernant Nestlé n’avait rien à voir avec une quelconque malchance mais qu’il y avait forcément quelque chose qui n’était pas en place, soit qui entravait la remontée d’informations, soit qui n’en tenait pas compte », le rapport conclue que la falsification et la dissimulation étaient connues de la gouvernance. Les Echos écrivent qu’il s’agissait d’une « stratégie délibérée ».
La défaillance de l’Etat français
La défaillance de l’Etat dans son rôle d’amplificateur de risques est également confirmée. Le rapport de l’enquête sénatoriale conclue à la complicité de l’Etat au plus haut niveau.
Quel est l’impact de ce risque pour Nestlé ?
Dans la tribune publiée dans le Monde le 14 octobre 2024, je concluais à un coût économique fort, à un coût en termes de réputation fort mais à un coût juridique modéré. L’impact de l’affaire des eaux contaminées peut-il passer de fort/fort/modéré à très fort/très fort/modéré et ainsi accroître la criticité du risque éthique pour Nestlé ?
Le Préfet du Gard doit se prononcer d’ici le 7 août sur le renouvellement de l’autorisation de Perrier.
Pour D. Barroux (Les Echos, 13 mai 2025), cela condamnerait Nestlé Waters à mort.
Pour d’autres, cela n’aurait qu’un impact circonscrit sur le coût économique et le coût en termes de réputation.B. Basini (Les Echos, 8 mai 2025) relaie les propos d’un ancien salarié du groupe : « « On a coutume de dire que la France c’est moins de 4 % du chiffre d’affaires mondial et 100 % d’emmerdements… Mais l’erreur, c’est de croire que ces affaires sont graves financièrement pour le groupe. » » Dans ce même article, elle écrit également :« Certes, la présence de nouvelles contaminations dans les bouteilles Perrier de l’usine de Vergèze (Gard), risque de provoquer le retrait du label « eau minérale naturelle » de la marque. Certes, la scène de l’audition des dirigeants restera difficile à effacer. Mais, pour un groupe qui met sur le marché plus de 1 milliard de produits par jour, le scandale des eaux françaises reste un dommage circonscrit… Rencontré mi-mars lors d’un de ses passages à Paris, Laurent Freixe en faisait lui-même le constat : « Dans beaucoup de pays du monde, nous sommes la référence absolue, la confiance est là. Dans les eaux en bouteille, notre capacité à produire ne suit pas la demande. » Elle poursuit en nous donnant une piste vers le plan d’action envisagé par le groupe : « Devenue moins porteuse, l’activité eaux, qui ne représente plus que 3,5 % du chiffre d’affaires global, a été filialisée le 1er janvier dernier. De quoi faciliter sa sortie du portefeuille des actifs stratégiques. Même si, devant la commission d’enquête sénatoriale, le dirigeant a juré qu’il voulait conserver le « patrimoine unique » que représente Perrier, sa marque la plus emblématique, ce sera en conduite accompagnée, avec un partenaire. Comme c’est déjà le cas pour les pizzas surgelées Buitoni depuis deux ans. »
Le deuxième amplificateur de risques – médias traditionnels, réseaux sociaux, médias alternatifs – joue son rôle : articles quotidiens dans les journaux économiques relayées sur les réseaux sociaux, ONG et associations de consommateurs mobilisées, humoristes devant un auditoire important (C. Vanhoeneker sur France Inter, W. Dia dans son dernier spectacle par exemple). Mais « la France ne représente que 4% du chiffre d’affaires. »
Au-delà du mea-culpa ou de la mise en conduite accompagnée de Perrier qui sont des actions de défense quels plans d’actions pour Nestlé ?
Pour desserrer l’étau autour de Perrier, Nestlé pourrait commencer par mettre en place les 28 recommandations du rapport d’enquête sénatoriale.
Pour réduire la fréquence des affaires, la nouvelle gouvernance de Nestlé pourrait soutenir une démarche de gestion des risques de type ERM et s’impliquer à mettre en place une Fonction Risk Manager (FRM) légitime pour la piloter. Je développe cette démarche de gestion des risques et le rôle d’une FRM managériale, architecte de la démarche ERM dans tous mes travaux.
Quel plan d’action pour L’Etat ?
L’Etat français pourrait suivre la recommandation de D. Barroux : « Premier exportateur d’eaux minérales, la France qui condamne aujourd’hui Nestlé ne devrait-elle pas se battre à l’échelle européenne pour qu’un cadre précis tenant compte de l’impact du changement climatique sur les nappes phréatiques encadre de façon homogène l’activité des « minéraliers » ?
A lire :
L’article ci-dessous.
L’article de B.Basini « Nestlé : Laurent Freixe, who else ? », Les Echos, 8 mai 2025.
L’article d’A. Vallez « Nestlé, le géant par lequel le scandale arrive », Capital, décembre 2024.
A lire pour en savoir plus sur les risques, la gestion des risques et la Fonction Risk Manager :
L’ouvrage co-écrit avec N. Dufour « Risk Management. Organisation et positionnement de la Fonction Risk Manager. Méthodes et Gestion des risques. » Editions Gereso. 293 pages, 18,99 à 27 euros.
Eaux minérales : l’enquête sénatoriale dénonce « une dissimulation » par l’Etat
Les conclusions de la commission d’enquête sénatoriale sur les eaux en bouteille accablent l’Etat et Nestlé Waters. A la demande du géant suisse, les services de l’Etat auraient modifié un rapport soulignant des contaminations des sources Perrier.
Nouvelles révélations fracassantes dans l’affaire des eaux en bouteille. Plus d’un an après la révélation de traitements illicites en particulier chez Nestlé Waters (Perrier, Hépar, Contrex), la commission d’enquête sénatoriale sur les pratiques des industriels de l’eau en bouteille a rendu ses conclusions ce lundi. Et elles montrent « les liaisons dangereuses Etat-Nestlé » , selon une expression du rapporteur, Alexandre Ouizille (PS, Oise).
L’enquête révèle comment un rapport de l’agence régionale de santé (ARS) d’Occitanie a été édulcoré à la demande du numéro un mondial des eaux en bouteille. A la suite d’échanges entre le cabinet de la ministre déléguée à la Santé (à l’époque Agnès Firmin Le Bodo), le directeur général de l’ARS et le préfet du Gard, des modifications ont été réalisées « afin de dissimuler la contamination de forages contaminés par des bactéries, mais aussi des herbicides et des métabolites de pesticides, parfois interdits depuis des années », accuse le rapport.
« Une stratégie délibérée »
« Outre le manque de transparence de Nestlé Waters, il faut souligner celui de l’Etat, à la fois vis-à-vis des autorités locales et européennes et vis-à-vis des Français […] Cette dissimulation relève d’une stratégie délibérée, abordée dès la première réunion interministérielle sur les eaux minérales naturelles le 14 octobre 2021. Près de quatre ans après, la transparence n’est toujours pas faite », dénonce ce rapport rendu public lundi après six mois de travaux et plus de 70 auditions.
Nestlé Waters, dont la direction assure avoir découvert fin 2020 sur ses sites Perrier, Hépar et Contrex l’usage de traitements interdits pour de l’eau minérale, avait sollicité à ce sujet mi-2021 le gouvernement, puis jusqu’à l’Elysée. Selon le minéralier, il s’agissait d’« assurer la sécurité sanitaire » des eaux lors d’épisodes de contaminations bactériologiques de forages.
Dix-huit mois plus tard, un plan de transformation de ses sites était approuvé par les pouvoirs publics, remplaçant les traitements interdits (UV, charbon actif) par une microfiltration fine par ailleurs controversée car à même de priver l’eau minérale de ses caractéristiques. Or le droit européen stipule qu’une eau minérale naturelle ne peut faire l’objet d’aucune désinfection ou traitement de nature à modifier ses caractéristiques. « Malgré la fraude aux consommateurs que représente la désinfection de l’eau, les autorités ne donnent pas de suites judiciaires à ces révélations » de 2021, souligne le rapport.
L’Etat au courant au moins depuis 2022
Les sénateurs déplorent ensuite une « inversion de la relation entre l’Etat et les industriels en matière d’édiction de la norme » : « Nestlé Waters adopte une attitude transactionnelle, posant explicitement l’autorisation de la microfiltration à 0,2 micron comme condition à l’arrêt de traitements pourtant illégaux. »
« En définitive, c’est au plus haut niveau de l’Etat que s’est jouée la décision d’autoriser une microfiltration sous le seuil de 0,8 micron », au terme d’une « concertation interministérielle », « dans la continuité des arbitrages pris par le cabinet de la Première ministre, Elisabeth Borne, mais sans que celle-ci ne semble informée », note le rapport.
« De son côté, la présidence de la République, loin d’être une forteresse inexpugnable à l’égard du lobbying de Nestlé, a suivi de près le dossier », ajoute la commission, qui se base sur « des documents recueillis par ses soins » : elle « savait, au moins depuis 2022, que Nestlé trichait depuis des années ». Alexis Kohler, à l’époque secrétaire général de l’Elysée, avait lui aussi reçu les dirigeants de Nestlé.
28 recommandations
Parmi les conséquences de cette gestion du dossier, le rapport note que l’industriel a pu continuer à commercialiser son eau sous l’appellation – lucrative – d’eau minérale naturelle. Aujourd’hui, Perrier attend la décision de renouvellement de son autorisation d’exploiter la source comme « eau minérale naturelle ».
Alors que des hydrogéologues mandatés par l’Etat ont rendu un avis défavorable, la préfecture du Gard doit se prononcer d’ici au 7 août et, en attendant, a donné deux mois au groupe pour retirer son système de microfiltration, estimant qu’il « modifie le microbisme de l’eau produite, en contradiction avec la réglementation ». Nestlé dit disposer de solutions alternatives, qu’il souhaite proposer aux autorités.
Le rapport note que malgré les révélations d’il y a un an, il n’y a pas, à ce jour, « de vérifications exhaustives de l’absence de traitements interdits sur tous les sites de production d’eau conditionnée ». Il préconise ainsi, parmi 28 recommandations, un suivi qualitatif des nappes, « un contrôle effectif du niveau de prélèvement réalisé par les minéraliers », un meilleur étiquetage pour les consommateurs.
Les Echos, avec AFP
Publié le 19 mai 2025
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE-GESTION DES RISQUES-RISK MANAGER
Un parcours dédié et 4 conférences consacrées à l’IA lors des Rencontres Annuelles de l’AMRAE – Association pour le Management des Risques et des Assurances de l’Entreprise -. C’est dire l’actualité du sujet, sa complexité et donc la nécessité pour les Risk Managers de se mobiliser.
Dans un précédent contenu :
- Je vous ai présenté l’IA comme un risque avec une connotation de « danger » et une opportunité pour les organisations, en faisant référence à la lecture du chapitre 1 de notre ouvrage vous éclairera sur ce point. « Risk Management. Organisation et positionnement de la Fonction Risk Manager. Méthodes et Gestion des risques. » Editions Gereso. 293 pages, 18,99 à 27 euros
- Je vous ai proposé d’écouter l’interview de Bénédicte Huot de Luze aux Echos. Elle vous permet de :
✅ Découvrir une traduction du terme même d’IA, moins magique mais plus proche de la réalité. Un Système de Renseignements Augmentés.
✅ D’approcher son apport sur l’activité Assurance de la Fonction Risk Manager. Un terrain privilégié.
✅ D’y voir l’importance de l’humain pour qu’elle soit une opportunité. Approche Socio-cognitive.
✅ D’avoir un cadre clair pour aborder l’IA dans l’activité de gestion des risques.
Aujourd’hui je souhaiterais zoomer via l’article ci-dessous sur la nécessité pour les organisations et donc les Risk Managers de mettre en place une démarche de gestion des risques qui permette :
✅ D’identifier les risques liés au développement de l’IA
✅ De les évaluer et les maîtriser.
Cet article revient sur l’IA comme outil susceptible d’aider les Risk Managers. On retrouve l’idée de l’IA, opportunité.
COMMENT LES RISKS MANAGERS INTÈGRENT L’IA
Les Risk Managers, ces préventeurs chargés d’anticiper et de gérer les risques financiers, opérationnels et de conformité, et d’être les coordinateurs de cette gestion des risques dans leur entreprise, ont nécessairement dû identifier l’IA à la fois comme un nouvel ensemble de risques, mais aussi comme une aide précieuse pour exercer leur fonction. Petit tour d’horizon de leurs préoccupations sur ce sujet.
Quels sont les risques identifiés liés à l’IA ?
Au titre des risques potentiels que l’Intelligence artificielle peut créer, citons notamment (et la liste nous a été soufflée par une IA générative) : Les biais algorithmiques : les algorithmes d’IA peuvent reproduire et amplifier les biais présents dans les données d’entraînement.
L’opacité des décisions : certains modèles d’IA, en particulier ceux basés sur le deep learning, peuvent être difficiles à expliquer, ce qui rend les décisions qu’ils prennent opaques et potentiellement non conformes aux réglementations.
La protection des données : l’utilisation de l’IA implique souvent la collecte et le traitement de grandes quantités de données personnelles, ce qui soulève des préoccupations concernant la confidentialité et la sécurité des données.
La responsabilité : en cas de décision préjudiciable ou d’erreur causée par un système d’IA, il peut être difficile d’attribuer la responsabilité, en particulier lorsque les décisions sont prises de manière autonome par l’algorithme.
On peut également penser (et la liste nous a été soufflée par un spécialiste du risk management) [1] : au risque social associé à la robotisation et l’automatisation des activités,
aux risques psychosociaux liés aux pertes des points de repère des collaborateurs face à la robotisation et taylorisation des activités,
à l’accélération de la cybercriminalité et du cyberterrorisme,
à l’émergence de la fraude associée au développement des algorithmes.
Hicham El Ghazi, Actuaire certifié IA [2], soulève également la question de la fiabilité : « L’arrivée de l’IA a engendré de nouveaux risques, dont la fiabilité des résultats et la perte d’expertise. Cette perte d’expertise pourrait conduire à la diminution de la capacité humaine à raisonner, et ainsi à une dépendance à des outils alors que ces derniers peuvent manquer de fiabilité. »
Finalement, « Le rôle d’avocat du diable, demandé au risk manager pour imaginer les risques, devient indispensable ». [3]
Le rôle du Risk manager a-t-il pour autant évolué ?
L’AMRAE (Association pour le Management des Risques et des Assurances de l’Entreprise) que le Village de la Justice a interrogée sur ce point, tempère cela : « l’IA entraîne une évolution des risques, plutôt que de nouveaux risques. Elle a ainsi accru certains risques, notamment en matière d’éthique, de propriété intellectuelle et de protection des données. »
« C’est toute la cartographie des risques qu’il convient de reprendre à la lumière des possibilités offertes par cette nouvelle technologie. » (AMRAE)
« Elle fait également peser des incertitudes en matière de RH, sur la structure de capital humain : l’IA aura-t-elle plus d’impact sur les juniors, sur les seniors, quels seront les métiers concernés, comment anticiper les besoins, les nécessaires adaptations, les modes de fonctionnement ? »
L’AMRAE note également l’impact de l’IA « sur l’activité commerciale des entreprises (portefeuille clients, portefeuille d’offres, compétitivité, partenariats) ou, bien sûr, sur leur capacité en matière de R&D : amélioration de la productivité, accélération de l’exécution du plan stratégique, innovation etc. pour l’entreprise et ses concurrents… »
Pour l’association, c’est en réalité « toute la cartographie des risques d’une entreprise qu’il convient de reprendre à la lumière des possibilités offertes par cette nouvelle technologie. Passionnant ! »
Comment l’IA peut aider le Risk management ?
On imagine assez intuitivement comment l’IA peut aider le Risk manager dans son office :
« L’IA, en particulier, permettra aux gestionnaires de risques et aux assureurs de collecter et d’analyser les données plus rapidement et plus efficacement » (…) l’IA contribuera à faire passer l’analyse des données à un niveau supérieur. L’IA va vraiment changer l’analyse et la planification des scénarios. La capacité d’analyser des scénarios à faible probabilité et à fort impact est actuellement limitée par l’homme. Mais l’IA peut couvrir davantage de scénarios et en imaginer d’autres auxquels vous n’avez pas pensé. À l’heure actuelle, le risque est très dépendant de l’homme » selon Jim Wetekamp [4].
Des propos que confirme Marie-Noëlle Thomas, Directrice Business Line Risk Management d’Ellisphere, que nous avons interrogée :
« Il y a 20 ans, le risk management était essentiellement centré sur la solvabilité pour s’assurer d’être payé en temps et en heure. Aujourd’hui, le risk manager doit analyser un éventail de risques très large avec une vision à 360 degrés. Il lui faut donc dorénavant des outils capables de balayer l’ensemble de ces risques qui lui permettent de prendre des décisions, rapidement et de façon éclairée.
Pour les aider, nous utilisons l’IA :
pour le traitement de l’information, notamment pour la fiabiliser ;
pour construire des indicateurs. Nous utilisons l’IA via notamment le machine learning pour bâtir différents scorings comme celui sur le risque de défaillance des entreprises. Cela permet de sécuriser une entrée en relation dans un temps court, puis d’assurer dans la durée le développement de relations d’affaires fiables.
Chez nous, une équipe de data science construit ce type de scoring en s’appuyant sur des techs d’IA existantes.
« Aujourd’hui, le risk manager doit analyser un éventail de risques très large avec une vision à 360 degrés. » (Marie-Noëlle Thomas)
Le risk manager doit par ailleurs forcément faire face à l’IA, l’appréhender, pour automatiser certaines tâches et se focaliser sur les dossiers à forte valeur ajoutée, en prenant notamment en considération les enjeux réglementaires qui se durcissent… bref libérer de la « bande passante » pour cela. C’est une grande opportunité !
Parallèlement, l’IA générative va également entraîner de nouveaux types de risques, comme par exemple de nouvelles formes de fraude, qui reposent sur la puissance offerte par l’IA.
Enfin, l’évolution continue des technologies et des règlementations va nécessiter que le risk manager aide les entreprises à s’y préparer, en lien avec les juristes et les compliance officers. »
De là dire que l’IA va accroître la nécessité de renforcer l’intelligence humaine collective… il n’y a qu’un pas !
Propos recueillis par Nathalie Hantz, Rédaction du Village de la Justice
30 avril 2024
Notes de l’article:
[1] Pascal Kerbel, Le risk manager face à l’intelligence artificielle..
[2] Un actuaire est un expert de l’évaluation et de la gestion des risques, qui a des appétences notamment en probabilités et en statistiques mais aussi des qualifications en comptabilité, en finance et en droit. Le métier d’actuaire est présent en particulier au sein des structures d’assurance et de réassurance, mais il peut être présent aussi dans le secteur bancaire à travers la gestion d’actifs et aussi de l’industrie.
[3] Source : Pascal Kerbel, voir supra.
MON ACTUALITE RECHERCHE – ENSEIGNEMENT
Le risque, la gestion des risques et plus spécifiquement l’émergence, l’identification et le(s) rôle(s) de la Fonction Risk Manager sont mon thème de recherche au sein du Laboratoire de Gestion et des Transitions Organisationnelles et une des matières que j’enseigne à l’Université de Toulouse.
🙏 Merci à ma collègue Marie-Anne Verdier de m’avoir permis d’intervenir cette année encore sur les sujets du risque et de la gestion des risques auprès des étudiants en M1 Parcours Management de l’Entreprise en Réseau (MER) et Parcours Management Responsable, Social et Ecologiques (MRSE). J’ai passé vingt heures très agréables avec eux. Une promotion intéressée et participante.
J’espère que ce cours :
👍 les a intéressés
📚 leur a apporté du contenu
🏃♂️ leur a ouvert de nouvelles perspectives de stages, d’alternances, de métiers.
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@masterMER @masterMRSE @LGTO
BONNE ANNEE 2025
Je vous souhaite à tous une Bonne Année 2025, avec de nouvelles aventures.
🌟 Habitués et/ou abonnés de plus en plus nombreux du Blog, professionnels de la gestion des risques-enseignants chercheurs-étudiants de mon réseau LinkedIn, merci de lire fidèlement mes contenus.
🌟 Graces community et le Journal du Management juridique et réglementaire d’entreprises, merci de relayer mes contenus.
🌟 Le Monde, merci d’avoir publié mon article sur Nestlé.
DE TROP NOMBREUSES « AFFAIRES DEVRAIENT CONDUIRE NESTLE A S’INTERESSER A SA GESTION DU RISQUE ETHIQUE » (2)
Pour faire suite à la publication de ma Tribune dans Le Monde lundi 14 octobre 2024, quelques lectures pour en savoir plus :
- Sur le risque éthique (une définition et d’autres exemples hors du secteur alimentaire comme Lubrizol – du risque incendie au risque éthique – en 2019 et Nike en 2020), voir l’ouvrage que j’ai co-écrit avec Nicolas Dufour. « Risk Management. Organisation et positionnement de la Fonction Risk Manager. Méthodes et Gestion des risques. » Editions Gereso. 293 pages, 18,99 à 27 euros.
- Sur une autre « affaire » de risque éthique dans sa dimension gouvernance (hors du secteur alimentaire), lire les articles sur Lafarge sur le blog.
- Sur d’autres « affaires » (dans le secteur alimentaire), lire :
- Un article sur Buitoni sur le blog
- Trois articles des Echos détaillant les faits de « l’affaire » des eaux minérales / ci-dessous.
Ces articles permettent de mieux comprendre la criticité (probabilité x impact) du risque éthique dans sa double dimension Développement Durable et Gouvernance au sein du groupe.
Perrier, Contrex, Vittel… La « qualité sanitaire » des eaux minérales Nestlé n’est pas garantie
Une note transmise au gouvernement par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation confirme une contamination généralisée des sources d’eau minérale naturelle du groupe suisse en France. Ce dernier a eu recours à des traitements de purification interdits.
Une expertise menée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) sur les eaux du groupe Nestlé fait état d’une contamination des sources exploitées.
Nouvelle révélation dans l’affaire des eaux contaminées qui entache l’image du géant mondial de l’agroalimentaire Nestlé. Selon les informations de Franceinfo et du « Monde », l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a remis, mi-octobre 2023, au ministère de la Santé, une note estimant que la « qualité sanitaire » des eaux du groupe suisse (Perrier, Contrex, Vittel, Hépar…) n’était pas garantie.
Dans ce document, des experts évoquent un « niveau de confiance insuffisant » pour assurer « la qualité sanitaire des produits finis ». L’Anses recommande au ministère de la Santé un « plan de surveillance renforcé ».
Des concentrations « parfois élevées » de bactéries
La contamination des eaux minérales du groupe Nestlé concerne des bactéries, pesticides et PFAS, ces polluants chimiques éternels nocifs pour l’environnement et la santé et dans le viseur d’une proposition de loi . Les experts de l’Anses ont relevé la présence, dans des concentrations « parfois élevées », de bactéries type Escherichia coli ou entérocoques intestinaux, alors que la réglementation sur les eaux minérales naturelles précise bien que ces eaux doivent être totalement exemptes de bactéries, que ce soit après ou avant embouteillage.
A l’origine de cette nouvelle expertise, une demande des Agences régionales de santé (ARS) du Grand Est et d’Occitanie, régions où se trouvent les deux usines d’embouteillage du groupe. En juin 2023, le directeur de l’ARS Occitanie s’inquiète d’une « contamination régulière des eaux brutes sur au moins cinq des sept forages », de « la présence de micropolluants » et « de traitements interdits » dans l’usine du site de Vergèze, où est produite la marque Perrier.
Des sources qui ne devraient plus être exploitées
L’expertise a été conduite par le Laboratoire d’hydrologie de Nancy (LHN), le département de l’Anses chargé de la sûreté des eaux de consommation. Dans leurs conclusions, les experts ont constaté de multiples « contaminations d’origine fécale », « la présence chronique notable de micropolluants », et « l’absence de paramètre permettant le suivi de la contamination virale des eaux ». Selon ces experts, ces non-conformités détectées « ne devraient pas conduire à la production d’eaux embouteillées » à partir de ces sources naturelles.
Fin janvier, Radio France et « Le Monde » avaient révélé l’étendue du problème. D’après un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales, « au moins 30 % des marques d’eau en bouteille avaient recours à des traitements interdits par la réglementation, dont la totalité des marques exploitées par Nestlé ».
Contacté par « Les Echos », Danone, propriétaire entre autres d’Evian et Badoit, avait alors déclaré : « Nos eaux minérales naturelles ont toujours répondu aux exigences de qualité et de conformité en vigueur. » De son côté, la direction de Nestlé a assuré avoir retiré tous les traitements illicites mis en place ces dernières années.
Après ses révélations, l’ONG Foodwatch déplore à Franceinfo qu’aucune « information n’a été communiquée aux consommateurs ni par Nestlé ni par les autorités ». « C’est grave, juge Ingrid Kragl, directrice de l’information de l’association. La directive européenne sur les eaux et le Code de la santé publique sont pourtant limpides : lorsque l’eau minérale est polluée, il ne fait aucun doute que la mise en bouteille et la commercialisation doivent être suspendues. Or, ce n’est pas ce qu’il s’est passé. »
Julien Boitel
Publié le 4 avr. 2024
Perrier, Vittel, Contrex : Nestlé fait son mea culpa
Pendant des années, Nestlé Waters a enfreint en France la réglementation pour maintenir la sécurité et la minéralité de ses eaux. Il a négocié avec les autorités la mise en place d’un nouveau cadre lui permettant de revenir dans le droit chemin tout en maintenant l’essentiel de sa production.
Faute avouée, faute à moitié pardonnée ? Pendant des années, Nestlé Waters, le numéro un de l’eau minérale en France, a enfreint la réglementation.
Au nom de la sécurité alimentaire et du maintien de la composition minérale de Perrier , Hépar, Vittel ou Contrex, la filiale hexagonale du géant suisse a utilisé des filtres à charbon actif et un traitement aux ultraviolets, avant de mettre en bouteille l’eau provenant de ses différents puits.
Interdites par la réglementation, qui précise que les eaux minérales ne doivent pas être « désinfectées », ces techniques ont permis à Nestlé de surmonter l’impact du dérèglement climatique et la montée du stress hydrique qui affectaient en partie la minéralité de ses eaux.
Trois ans de remise aux normes
A la tête de Nestlé Waters Europe depuis trois ans, Muriel Lienau fait son mea culpa. « Il y a eu des erreurs, conduisant à des enjeux de conformité. Tout en garantissant la sécurité alimentaire, nous avons utilisé des mesures de protection qui n’étaient pas en ligne avec le cadre réglementaire ou avec son interprétation », convient celle qui dirige aussi aujourd’hui l’ensemble des activités de Nestlé en France, déjà secouées en 2022 par le scandale des pizzas Buitoni contaminées, dans l’usine Nestlé de Caudry (Hauts-de-France).
Il a négocié avec les autorités la mise en place d’un nouveau cadre lui permettant de revenir dans le droit chemin tout en maintenant l’essentiel de sa production.
Soucieux de préserver près de 2.000 emplois directs et des grandes marques tricolores, le gouvernement a accepté le dialogue avec le géant de l’agroalimentaire et consenti à clarifier un cadre réglementaire qui n’avait pas bougé depuis quinze ans.
Le groupe suisse a, en particulier, réussi à convaincre les autorités qu’il était désormais possible d’utiliser, à certains seuils, de nouvelles générations de micro-filtres autorisés dans d’autres pays pour maintenir la qualité gustative et la minéralité de ses eaux. Sans pour autant que cela puisse être considéré comme une désinfection, qui reste interdite.
Revenir dans le droit chemin a tout de même eu des conséquences financières et commerciales. Même avec l’utilisation de nouveaux micro-filtres, tous les puits de ses différentes sources ne sont plus en mesure de fournir des eaux répondant au cahier des charges des eaux minérales.
Un impact économique
Nestlé a donc dû se résigner à fermer deux puits dans les Vosges qui alimentaient Hépar, dont la production est, de ce fait, réduite de moitié. Deux des huit puits dans le Gard utilisés pour Perrier ne seront, eux, pas fermés, mais l’eau qui en est tirée ne pouvant plus être considérée comme minérale, Nestlé a décidé de lancer Maison Perrier, une nouvelle gamme d’eaux aromatisées.
La production de la célèbre eau gazeuse qui tournait autour de 1,7 milliard de bouteilles par an est tombée à 1,2 milliard depuis l’arrêt du recours aux solutions techniques de filtrage illégales. Mais avec le lancement de Maison Perrier, Nestlé espère renouer avec ses volumes historiques.
Pour se mettre en conformité, le groupe a investi une cinquantaine de millions d’euros et réalisé dix-huit mois de travaux sur ces deux sites. Le groupe, qui a également pris la décision d’arrêter la commercialisation de Vittel en Allemagne, a aussi dû lancer l’an dernier un plan social sur son site des Vosges.
Au total, 171 salariés sont concernés, soit 25 % de l’effectif. Le site emploie désormais 850 personnes (contre 950 à Vergèze dans le Gard).
« Un héritage du passé »
« Toutes nos opérations sont désormais conformes et il est important pour nous de faire toute la transparence pour nos consommateurs », se félicite Muriel Lienau, qui ne précise pas pendant combien d’années Nestlé a enfreint la réglementation.
« C’était un héritage du passé. Nous nous sommes concentrés sur les solutions et nous nous sommes mobilisés pour assurer l’avenir, pour nos marques et nos consommateurs, pour nos sites, nos employés et les communautés qui en dépendent », fait valoir la dirigeante. Le temps de remise aux normes a néanmoins fait perdre du terrain à Nestlé Waters sur un secteur très disputé.
Parmi les champions français de l’eau, la filiale a vu ses parts de marché reculer de 27 à 23 % en France en raison de la baisse de sa capacité de production. Toujours leader sur les eaux gazeuses, Perrier a vu sa part tomber de 45 % à 40 % en 2023.
Le groupe, qui reconnaît aujourd’hui son erreur, a sans doute préservé l’essentiel. Mais la reconnaissance de ce faux pas pourrait avoir de lourdes conséquences en termes d’image.
David Barroux, avec Dominique Chapuis
Publié le 29 janv. 2024
Eaux minérales : les autorités de santé pointent la fraude de Nestlé
Des rapports de l’IGAS et de la DGCCRF décrivent comment le géant de l’eau minérale a contourné pendant des années la réglementation.
Dans la foulée du mea culpa de Nestlé Waters dans « Les Echos », lundi 29 janvier, « Le Monde » et Radio France ont révélé plusieurs rapports des autorités de santé françaises et de la DGCCRF pointant du doigt la fraude dont s’est rendu coupable le géant de l’eau minérale.
Pour maintenir la sécurité sanitaire de ses eaux minérales, comme Perrier, Vittel ou Contrex, qui ne peuvent légalement être traitées, la filiale française du géant suisse a eu recours à des filtres et des traitements aux ultraviolets. Dès 2021, le groupe agroalimentaire a pris les devants et prévenu les pouvoirs publics pour tenter d’obtenir un assouplissement de la législation. « Le Monde » révèle qu’une « réunion interministérielle s’est tenue le 22 février 2022 pour assouplir la réglementation par voie d’arrêtés préfectoraux ». Nestlé a pu ainsi installer des microfiltres désormais jugés conformes à une législation assouplie, mais le quotidien se demande si cet assouplissement est « bien conforme au droit européen ».
Selon « Le Monde », « l’étendue du problème va bien au-delà des eaux commercialisées par l’entreprise suisse. Dans un rapport remis au gouvernement en juillet 2022, l’inspection générale des affaires sociales [IGAS] estime que 30 % des marques françaises ont recours à des traitements non conformes ». Comme la part de marché de Nestlé Waters est d’environ 30 % en France, la fraude n’est peut-être pas, en volume commercialisé, si généralisée que cela.
Danone se dit hors de cause
Contacté, Danone, propriétaire entre autres d’Evian et Badoit, déclare : « Nos eaux minérales naturelles ont toujours répondu aux exigences de qualité et de conformité en vigueur. » « La préservation de leur qualité originelle est notre priorité absolue depuis les territoires des sources à nos sites de production. Au quotidien, ce niveau d’exigence nous impose une excellence opérationnelle permanente afin de garantir à nos consommateurs la qualité, la stabilité et le goût unique de nos eaux », précise un porte-parole. « Le Monde » note toutefois que les fournisseurs de microfiltres comptent comme clients de nombreux minéraliers opérant sur le territoire français.
Selon les documents de la DGCCRF, la surveillance des sites d’embouteillage, qui peuvent renfermer plus de 50 kilomètres de tuyauterie, s’avère particulièrement complexe : « Les dispositifs de traitement sont parfois très discrets, le plus souvent sous des carters en Inox. » Le filtrage aux UV a aussi pu se faire via l’utilisation de boîtiers mobiles, difficiles à détecter lors de contrôles.
David Barroux
Publié le 30 janv. 2024
De trop nombreuses « affaires devraient conduire Nestlé à s’intéresser à sa gestion du risque éthique »
La pause estivale du blog aura été plus longue que prévue.
- J’attendais la publication de ma Tribune dans Le Monde pour faire une rentrée en « fanfare » ; elle est parue lundi 14 octobre 2024. Lire ci-dessous.
- Une Tribune comme celle que me permet de publier Le Monde et dont je le remercie est de diffuser mes connaissances en gestion des risques avec pour objectif de faire entendre mon expertise appuyée sur mes travaux de recherche sur un sujet d’actualité.
Vous retrouverez :
- Toujours la même structuration pour analyser un risque : le nommer, le décrire, identifier sa Criticité à partir de l’identification des causes (Probabilité) et des conséquences (Impact).
- Toujours la proposition d’un Plan d’Action (ici pour baisser la Probabilité) : la mise en place d’une Fonction Risk Manager managériale (voir les 4 profils de Risk Manager mis en évidence dans mon dernier article de recherche « La Fonction Risk Manager dans les entreprises françaises non financières : ses rôles sur la période de son émergence », Revue Management et Avenir, n°134, avril, p.61-82, 2023. )
- Toujours la grille de lecture de la Fonction Risk Manager en termes de légitimité et de création de valeur.
Pour en savoir plus :
- Sur le risque, la gestion des risques et le métier de risk-manager : voir l’ouvrage que j’ai co-écrit avec Nicolas Dufour. « Risk Management. Organisation et positionnement de la Fonction Risk Manager. Méthodes et Gestion des risques. » Editions Gereso. 293 pages, 18,99 à 27 euros.
- Sur mes travaux de recherche : voir rubrique du blog Actualités travaux de recherche.
- Sur d’autres « affaires » dans le secteur alimentaire : voir Lactalis sur le blog.
A venir sur le blog dans 15 jours : des articles détaillant les faits des « affaires » Nestlé.
Le Monde (site web)
Idees, lundi 14 octobre 2024 – 06:30 UTC +0200 1043 mots
De trop nombreuses « affaires devraient conduire Nestlé à s’intéresser à sa gestion du risque éthique »
Caroline Aubry
Contamination des pizzas Buitoni, traitement des eaux Vittel, Contrex, Hépar et Perrier, le nouveau patron du groupe Nestlé doit mettre en place une nouvelle stratégie de gestion des risques, coûteux pour l’entreprise, estime Caroline Aubry, chercheuse en sciences de gestion, dans une tribune au « Monde ».
La rentrée de Laurent Freixe, le nouveau PDG du géant de l’agroalimentaire Nestlé, est chargée : un environnement économique menaçant, une croissance en berne et… une image fragilisée, voire dégradée. La stratégie annoncée d’un « retour aux fondamentaux » ne suffira pas à restaurer la croissance. Elle doit s’accompagner d’une réflexion sur le risque éthique, actuellement trop fréquent et coûteux pour l’entreprise.
L’éthique est la mise en pratique quotidienne des valeurs de l’entreprise et plus largement le respect des valeurs humaines et sociétales. Elle se décline en deux dimensions : d’une part le développement durable – le risque éthique est alors proche du risque environnemental –, d’autre part la gouvernance – il s’agit alors du respect des engagements de transparence, de prise en compte des parties prenantes et d’ouverture aux besoins de l’environnement global (concurrentiel, réglementaire, sociétal…) dans lequel opère l’organisation.
La contribution au déficit de la nappe phréatique de la commune de Vittel (Vosges), qui se retrouve à importer de l’eau potable des centres voisins, relève du risque éthique dans sa première dimension : elle porte atteinte à l’environnement.
Réaction tardive
La contamination des pizzas Buitoni est un risque opérationnel, mais aussi éthique, cette fois dans sa dimension gouvernance : la réaction de l’entreprise a été tardive ; la direction générale du groupe s’est cachée derrière la marque Buitoni ; d’abord absente, sa communication lors des cas de contamination grave et du décès de deux enfants a ensuite été minimaliste ; les parties prenantes n’ont pas été prises en compte.
Le non-respect de la réglementation européenne interdisant la désinfection des eaux minérales, l’aveu de traitements tels que les ultraviolets et les filtres au charbon actif, la mise en doute de la qualité sanitaire des sources Vittel, Contrex, Hépar et Perrier (bactéries, matières fécales, pesticides…) par l’Agence nationale de sécurité sanitaire et l’Agence régionale de santé Occitanie relèvent de cette même dimension ; il s’agit dans les deux cas de fraudes avérées.
Les « affaires » sont décidément trop fréquentes chez Nestlé : Buitoni et les pizzas contaminées (2022, 2024), la contribution au déficit de la nappe phréatique (2024), les traitements interdits (2024), la contamination de sources d’eau minérale naturelle en France (2024).
L’impact économique des trois dernières est fort. Le groupe a fermé deux puits dans les Vosges qui alimentaient Hépar, dont la production est de ce fait réduite de moitié. Il a également fermé plusieurs des huit puits dans le Gard utilisés pour Perrier ; la production de Perrier, qui tournait autour de 1,7 milliard de bouteilles par an, est tombée à 1,2 milliard depuis l’arrêt du recours aux solutions techniques de filtrage illégales ; Perrier a vu sa part du marché des eaux gazeuses tomber de 45 % à 40 % en 2023. Pour se mettre en conformité, le groupe a investi une cinquantaine de millions d’euros, réalisé dix-huit mois de travaux sur deux sites et a lancé un plan social sur son site des Vosges.
Chute du cours de Bourse
L’impact sur l’image, facteur-clé de la capitalisation boursière, est fort, contribuant à la chute de 20 % du cours de Bourse sur les cinq dernières années.
En revanche, l’impact juridique est modéré. Nestlé a été condamné au paiement d’une amende de 2 millions d’euros dans un délai de trois mois après avoir conclu une convention judiciaire d’intérêt public avec le parquet d’Epinal, et à l’obligation de restauration environnementale de deux cours d’eau affluents de la Meuse et des zones humides sur le territoire de Vittel et de Contrexeville. L’entreprise chiffre cette restauration environnementale à 1,1 million d’euros.
Cet impact aurait pu être beaucoup plus fort. Tous les amplificateurs de risque étaient présents : intervention du régulateur européen, fort écho dans les médias traditionnels et les réseaux sociaux, saisie des associations de consommateurs.
Mais l’absence de préjudice avéré à la santé publique, la prudence du gouvernement soucieux de préserver deux mille emplois et embarrassé par les négociations menées il y a trois ans avec le groupe autour d’un plan d’actions sous contrôle des autorités sanitaires, une gestion de crise meilleure (aveu et mea-culpa des dirigeants) que lors du scandale Buitoni lui ont permis d’éviter une catastrophe économique, un scandale et de lourdes sanctions. Mais le groupe n’aura peut-être pas la même chance avec la mise en examen en juillet de Nestlé France et de sa filiale fabriquant les pizzas Buitoni contaminées.
Fonction incontournable
Ces affaires devraient conduire Nestlé à s’intéresser à sa gestion des risques, pour amener à se poser la question du risque éthique, sous-estimé, voire négligé. L’arrivée d’un nouveau patron doit être une occasion de faire évoluer cette gestion vers une fonction de type managérial (risk manager), dont le rôle, doté d’une autorité forte, serait de centraliser des informations au service de la direction générale.
Celle-ci doit s’impliquer dans la gestion des risques et le soutien à la fonction qui l’incarne : elle doit reconnaître leur nature stratégique, communiquer en interne auprès de tous les acteurs sur ses sujets, fixer au risk manager et à son équipe des objectifs affichés de gouvernance cohérents avec son rôle. Rendue plus visible, cette fonction doit être prise en compte par les parties prenantes et devient incontournable. Peut alors se créer une culture du risque qui se traduit par une pratique commune et cohérente avec les valeurs affichées.
Telle pourrait être la trajectoire du groupe Nestlé pour rétablir la confiance avec les parties prenantes, mener à bien son « retour aux fondamentaux », et façonner ainsi un avenir pérenne.
Caroline Aubry est maîtresse de conférences en sciences de gestion au Laboratoire de gestion et des transformations organisationnelles (LGTO, université Toulouse-III-Paul-Sabatier) et coautrice, avec Nicolas Dufour, de Risk Management. Organisation et positionnement de la fonction Risk Manager. Méthodes de gestion des risques (Gereso, 2022).
PAUSE ESTIVALE : pour mieux se retrouver en septembre / parce que le temps des vacances est pour beaucoup d’entre nous un temps de la lecture, d’échanges, de suggestions du type « la belle-sœur d’une amie qui m’a dit qu’elle avait lu… »
📌 Découvrez et/ou partagez une lecture « transversale » qui retrace l’histoire du risque, de la gestion des risques, des premières fonctions risk-manager / qui identifie l’activité, la place dans l’organisation et les compétences des Risk-Manager / qui présente la démarche de gestion des risques, ses outils et ses méthodes :
« Risk Management. Organisation et positionnement de la Fonction Risk Manager. Méthodes et Gestion des risques. » Editions Gereso. 293 pages, 18,99 à 27 euros
https://librairie.gereso.com/livre-entreprise/risk-management-fris2.html
Une lecture conseillée par la presse conseillée par la Presse (Le Monde Informatique, La Tribune de l’Assurance par exemple) :
Voir Retour Presse
22 Juin 2022
Journaliste : Bertrand Lemaire
http://www.lemondeinformatique.fr p. 1/2
« Guide sur la fonction de gestionnaire de risques
Caroline Aubry et Nicolas Dufour viennent de publier chez Gereso « Risk Management – Organisation et positionnement de
la Fonction Risk Manager – Méthodes de gestion des risques ».
L’ ouvrage « Risk Management » vient de paraître chez Gereso.
Les DSI ont tendance à ne voir que les risques de type cyber-menaces, risques qui ne méritent plus tellement leur nom tant leur certitude est aujourd’hui absolue. Or les risques pouvant affecter un SI sont bien plus vastes : risques fournisseurs, risques physiques (incendies, inondations..), etc. La gestion des risques doit donc impérativement faire partie de leur
périmètre, en partenariat avec le spécialiste de leur entreprise, le gestionnaire de risques. Pour comprendre les ressorts de cette gestion des risques, la lecture « Risk Management – Organisation et positionnement de la Fonction Risk Manager – Méthodes de gestion des risques » qui vient de paraître chez Gereso, sous les signatures de Caroline Aubry et Nicolas Dufour, pourra leur être très utile. Cet ouvrage leur permettra en effet à la fois d’apprendre les méthodes de gestion des risques mais aussi de comprendre le travail du gestionnaire de risques et ainsi de savoir comment travailler avec lui.
L’ouvrage débute par les fondamentaux sur la gestion des risques et le travail du gestionnaire de risques. Un chapitre est ensuite consacré aux différentes classes de risques et ce qu’implique cette classification en matière de réponses. La méthode de gestion des risques occupe bien sûr un important chapitre ainsi que la bonne insertion dans les process et l’organigramme du gestionnaire de risques. Pour terminer, un chapitre se consacre aux compétences nécessaires pour bien gérer des risques.
Le texte est clair, sans jargon inutile, et est illustré de tableaux et de schémas autant que nécessaire dans un but pédagogique.
A propos de l’ouvrage Risk Management – Organisation et positionnement de la Fonction Risk Manager – Méthodes de gestion des risques, par Caroline Aubry et Nicolas Dufour (Editions Gereso, 293 pages, 18,99 à 27 euros) »
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