LA QUESTION ESSENTIELLE ET COMPLEXE DE LA PERFORMANCE DE LA GESTION DES RISQUES ET DE LA FONCTION RISK MANAGER

L’évocation par les médias de l’étude menée par une dizaine de chercheurs sur l’impact du passe sanitaire sur l’adhésion vaccinale, le nombre d’hospitalisations et de décès liés au Covid-19, ainsi que sur le produit intérieur brut (PIB) a retenu mon attention et m’a immédiatement faite penser qu’il y avait là une volonté et une tentative de mesure des résultats d’une politique de gestion des risques.

Mon intention n’est pas d’entrer dans les détails de la méthodologie mais d’apporter des quelques pistes à creuser sur la délicate question de la mesure de la performance du Risk Manager, son paradoxe et le défi qu’elle soulève.

  1. Revenons sur ce que l’on sait de cette étude et où la trouver.

Couverture vaccinale, nombre de décès et PIB : le rôle décisif du passe sanitaire en France

Selon une étude publiée par le Conseil d’analyse économique, la France a évité près de 4 000 morts et la perte de 6 milliards d’euros entre juillet et décembre 2021, tout en gagnant treize points de couverture vaccinale.

Une femme montre son passe sanitaire dans une brasserie de Deauville (Calvados), le 26 juillet 2021.

Comment mesurer l’impact concret de l’instauration du passe sanitaire ? Certes, le taux de vaccination de la population française est passé de 53,8 %, à la mi-juillet 2021, à désormais 79,5 % de personnes ayant reçu au moins une dose de vaccin, mais quelle part de cette impressionnante augmentation peut être directement attribuée à ce nouvel outil du quotidien ? Par ailleurs, cet impact est-il seulement sanitaire ou d’autres aspects de la société ont-ils pu bénéficier de cette mesure, critiquée notamment pour son aspect liberticide ?

Une étude menée par une dizaine de chercheurs s’est penchée sur ces différentes questions et montre le très fort impact du passe sanitaire sur l’adhésion vaccinale, le nombre d’hospitalisations et de décès liés au Covid-19, ainsi que sur le produit intérieur brut (PIB).

Cette étude, publiée mardi 18 janvier sur le site du Conseil d’analyse économique (CAE), un service rattaché à Matignon mais réunissant des universitaires indépendants, a notamment été coécrite par le mathématicien Miquel Oliu-Barton (université Paris-Dauphine, Bruegel) et les économistes Bary Pradelski (CNRS, Oxford-Man Institute of Quantitative Finance) et Nicolas Woloszko (Organisation de coopération et de développement économiques), avec les conseils de l’épidémiologiste et membre du conseil scientifique Arnaud Fontanet et les économistes Philippe Aghion (Collège de France) et Patrick Artus (Natixis), entre autres…

…A lire Le Monde, 18 janvier 2022.

Delphine Roucaute

2. Passons ensuite à un article sur la mesure des résultats d’une politique de gestion des risques et son paradoxe.

Mesurer les résultats d’une politique de gestion des risques

« Réussir à gérer les risques efficacement est une tâche contrecarrée par un paradoxe des plus classique : si une gestion routinière des risques est mise en place, il y aura peu de surprises. Personne ne se rend soudainement compte à quel point la mise en place de mesures de précautions liées à la gestion des risques est efficace. Personne ne donne une claque dans le dos du responsable en le félicitant d’avoir trop bien travaillé. À l’inverse, cependant, si la gestion des risques est médiocre, le monde entier se ligue pour crier au scandale. »

Ce paradoxe est révélateur de deux points essentiels. Le premier, et le plus évident, c’est que le métier de responsable de la gestion des risques est ingrat : s’ils ne reçoivent que peu d’éloges, ces derniers sont en première ligne lorsque les résultats ne correspondent pas aux attentes de la direction. Le deuxième point réside dans le fait que les entreprises mesurent rarement le résultat de la gestion des risques, et n’ont par conséquent qu’une vague idée de sa valeur.

Mesurer les avantages qu’une entreprise retire d’une politique de gestion des risques représente un réel défi. Pour que cette analyse soit complète, il est capital de tenir compte d’un certain nombre de facteurs.

La mesure des résultats peut se diviser en trois catégories distinctes :

  • Conformité – Permet de mesurer le degré de conformité de l’entreprise vis-à-vis de ses propres directives en matière de gestion des risques.
  • Maturité – Mesure le niveau de maturité de la politique de gestion des risques au sein de l’entreprise par rapport aux bonnes pratiques en place dans son secteur d’activité.
  • Valeur ajoutée – Évalue dans quelle mesure la gestion du risque aide l’entreprise à atteindre ses objectifs et les résultats qu’elle attend.

Rod Farrar Director, Paladin Risk Management Services, Février 2021.

3. Terminons enfin avec mes propres réflexions à travers la référence aux propos d’un RM interviewé dans le cadre de mon travail de recherche, des extraits de l’ouvrage que j’ai co-écrit avec N.Dufour « La Fonction Risk Manager. Organisation. Méthode. Positionnement » https://librairie.gereso.com/livre-entreprise/la-fonction-risk-manager/ et une référence à ma grille de lecture en termes de légitimité de la FRM.

Un RM me disait il y a quelques années que :

« pour lui, la beauté du job de RM (et non son côté ingrat comme pour Rod Farrar) c’est qu’il n’arrive rien. Difficile à mesurer objectivement… mais que pour le RM stratégique, vous ne verrez jamais un DG reconnaitre que son changement de stratégie ou sa décision vient de la suggestion du RM…. C’est la vie ! Mais cela rend impossible une quantification objective. Elle est immatérielle et se réalise quand votre Président vous invite pour parler d’un sujet et où que le patron d’une filiale vous téléphone pour avoir votre avis. »

Pourtant, nous écrivons p.197 à 200, Chapitre V La place des RM dans l’organisation :

« Pourtant les Risk Managers déprécient cette implication en évoquant à nouveau la difficulté à évaluer leur performance : – leurs objectifs sont difficilement mesurables et sans référentiel ; – les résultats sont difficiles à évaluer car il s’agit de risques potentiels comparés à un « chèque en blanc délivré par la direction générale », qui ne peuvent être évalués qu’a posteriori à travers les coûts indirects évités…Combien le Risk Manager doit-il anticiper au titre des différents risques ?…Un tel enjeu pose la question de la mesure du coût du risque, des limites de risques à définir ainsi que des financements des solutions de maîtrise de risque. Cela revient également à se poser la question « est-ce rentable de chercher à mettre en place des moyens de détection, de prévention et de traitement » ? Et à montrer à la direction générale que c’est rentable. »

Montrer à la DG que l’on est rentable reviendrait pour le RM à acquérir davantage de légitimité de conséquence : être capable de mesurer son action déclencherait ainsi la reconnaissance par sa direction générale de la nature stratégique de sa fonction.

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