RIsque climatique et Assurances.

Aujourd’hui, illustration de ce que j’appelle (dans l’ouvrage « La Fonction Risk Manager. Organisation. Méthodes et Positionnement ») le 3ème facteur d’élargissement du domaine du risque à savoir la difficulté à assurer le risque climatiqueDe la nécessité de mettre en place une démarche de gestion des risques globale de type ERM.

https://www.la-librairie-rh.com/livre-entreprise/la-fonction-risk-manager-fris.html

Je vous propose de lire sur ce sujet la Tribune de Jérôme Bergé parue dans Le Monde le 19 mai 2021.

Jérôme Bergé, expert en gestion des risques, rend compte dans une tribune au « Monde » du « stress test climatique » alarmant mené par l’autorité de supervision des banques et des assurances

Le paysage actuel de l’assurance pourrait connaître un bouleversement complet face au risque climatique

« L’ Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), qui supervise l’activité des banques et des assurances en France, a publié le 4 mai 2021 le bilan d’un exercice inédit, qui visait à évaluer les risques associés au changement climatique d’ici à 2050. Pendant un an, neuf groupes bancaires et quinze groupes d’assurance ont participé à cet exercice pour déterminer leur résistance aux changements climatiques.

Cette étude annonce en particulier une hausse importante de la sinistralité liée aux risques de sécheresse, d’inondations et de tempêtes cycloniques dans les territoires ultramarins, avec la multiplication par 5 à 6 du coût des sinistres dans certains départements. Il pourrait en résulter un retrait des assureurs des zones géographiques les plus exposées.

La situation décrite par l’ACPR est d’autant plus inquiétante que les chiffres de l’année 2020 en lien avec des événements climatiques sont déjà relativement élevés. Ainsi, la tempête Alex (du 30 septembre au 3 octobre 2020), avec des pluies diluviennes, a dévasté la vallée de la Roya pour un coût estimé à 200 millions d’euros par les assureurs. La période janvier-août 2020 a été la plus chaude jamais observée en France depuis le début des mesures météorologiques ; l’impact financier de la sécheresse s’élèverait à plus de 500 millions d’euros.

Optimiser la prévention contre les risques

Pour couvrir ce surplus de sinistres, les assureurs pourraient procéder à une augmentation des primes. Mais le coût des sinistres liés aux changements climatiques s’annonçant vertigineux, l’augmentation des primes le serait également. Le rapport évoque une hausse comprise entre 130 % et 200 % sur 30 ans selon la catégorie, soit une hausse des primes d’assurance comprise entre 2,8 % et 3,7 % par an. La question de l’acceptabilité par la population pourrait alors se poser, et bousculer le système traditionnel qui voit dans l’assureur un partenaire incontournable face à un sinistre.

Les pouvoirs publics doivent optimiser la prévention contre ces risques, même si un travail de fond a déjà été engagé depuis plusieurs années. Pour les inondations, la construction de digues est une solution efficace, tout comme les systèmes d’alerte qui informent la population en amont de l’arrivée imminente d’une catastrophe. Il faut maîtriser le développement et l’aménagement des zones considérées à risques, en particulier dans les zones densément peuplées. Dans le bâtiment, les normes doivent évoluer pour obtenir une meilleure résistance aux événements climatiques. Dans tous les cas, le renforcement des dispositifs de gestion de crise sera un élément-clé.

Le taux de pénétration des couvertures d’assurance dans la population est déterminant pour le redressement qui suit une catastrophe naturelle. Un rapport publié en septembre 2020 par Axa XL en collaboration avec le Centre for Risk Studies de la Judge Business School (Cambridge) indique que dans les pays où l’assurance est développée, comme l’Europe occidentale, le délai de retour à la normale est inférieur à un an, alors qu’il est supérieur à quatre ans dans les pays faiblement assurés.

La pertinence de l’assurance est incontestable lors d’un événement majeur, il est donc primordial de veiller à ce que la population française soit toujours assurée de manière satisfaisante. Néanmoins, une augmentation des primes pourrait éloigner la population de l’assurance et ouvrir la voie à une précarité sociale et économique lors de la survenance d’un sinistre. Un habitat abîmé qui ne serait pas rénové rapidement pourrait devenir insalubre, et entraîner la paupérisation d’une famille.

Pour les entreprises, il est déterminant d’agir dans un laps très court pour maintenir la relation client, la chaîne d’approvisionnement et la confiance des salariés. Sans assurance, l’écosystème de l’entreprise est fragilisé. Si le sinistre touche une zone géographique importante, le chaos peut vite s’installer si les assurances n’interviennent pas. Il en est de même pour le montage de grands projets d’investissements.

Avec un coût d’assurance exorbitant, les événements sportifs, la construction d’immeubles ou d’infrastructures se trouveraient fragilisés, car l’assurance est un facteur-clé pour finaliser le financement du projet. Le paysage actuel de l’assurance pourrait connaître un bouleversement complet dans les années à venir. Il n’est jamais trop tard pour agir, même si le temps est compté. L’Etat doit appuyer avec vigueur la recherche pour faire émerger des solutions innovantes et limiter l’impact des catastrophes naturelles. L’Union européenne doit être partie prenante de ces réflexions, car tous les pays seront confrontés peu ou prou à des situations identiques. »

Jérôme Bergé

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s