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PUBLIE LE 15 JANVIER, LE BAROMETRE ALLIANZ 2025 : UN CLASSEMENT DES RISQUES PAR LES ENTREPRISES. UNE BOUSSOLE AU CŒUR DE L’ACTUALITE. A CONSULTER.   

Comme les années précédentes, j’ai reçu le 15 janvier l’édition 2025 du baromètre Allianz 2025. Mon premier contenu de l’année sera un point sur le classement des risques par les entreprises.

Le baromètre des risques d’Allianz 2025 est une boussole pour les professionnels de la gestion des risques et pour les étudiants. Au cœur de l’actualité 🎯

3778 répondants experts en gestion des risques / 106 pays et territoires / classements Monde et France / par secteur d’activités

Quelques points saillants :

LES ATTENDUS

👍 Les Incidents Cyber (attaques par ransomware, violations de données, perturbations informatiques) et les Interruptions d’activité en tête en France et dans le monde🏆 Respectivement à la 1er et 2ème place, comme en 2024.

👍 Les Catastrophes Naturelles continuent leur hausse. En 3ème place en France et dans le monde

👍 Les Changements Climatiques, étroitement liés aux Catastrophes Naturelles, grimpent de la 7ème à la 5ème place 

👍 Les Risques Environnementaux (ex : pollution, enjeux liés à la biodiversité, pénurie) font leur entrée dans le Top Ten, en 10ème place

👍 Les Risques Politiques et la Violence toujours en hausse en France. De la 6ème à la 4ème place. 🎁

LA DECEPTION

👍 Le Risque Ethique sur sa dimension Gouvernance n’apparaît toujours pas dans le baromètre !

  • Pour une découverte plus approfondie du classement :

🎯 Un lien vers le baromètre 2025 : Baromètre Allianz 2025

🎯 Un lien vers le baromètre 2024 : Baromètre Allianz 2024

🎯 Un lien vers mon blog pour relire le Baromètre Allianz 2023 et le Baromètre Allianz 2022 

🎯 Le communiqué de presse d’Allianz, ci-dessous :

Communiqué de presse : Baromètre des risques d’Allianz 2025 : incidents cyber en tête, changement climatique à son plus niveau

  • Les cyberattaques, notamment les violations de données, sont les risques plus préoccupants pour les grandes, moyennes et petites entreprises en 2025 (38 % des réponses).
  • L’interruption d’activité reste à la 2e place (31 %). Les catastrophes naturelles s’inscrivent à la 3e, tandis que le changement climatique, qui leur est étroitement lié, réalise la plus forte hausse par rapport à 2024, passant de la 7e à la 5e place.
  • Les troubles géopolitiques, l’impact des changements de gouvernements et de réglementations, ainsi que la crainte de guerres commerciales, demeurent aussi parmi les principales préoccupations des entreprises.
  • En France, les risques politiques et la violence grimpent à la 4e place, encore jamais atteinte. L’évolution du marché (8e), l’insolvabilité (9e) et les risques environnementaux (10e) font leur entrée dans le classement.
  • Le baromètre des risques Allianz explore également les risques de 24 secteurs clés. Les Incidents cyber sont le risque n°1 pour 8 industries (aviation, technologie, télécoms, chimie, divertissement, services financiers, médias et services professionnels). Les Interruptions d’activité sont classées comme principal risque par 10 secteurs (transport & logistique, biens de consommation, alimentaire & boissons, hôtellerie/loisirs & tourisme, automobile, pétrole & gaz, énergies & réseaux publics, énergies renouvelables et industries lourdes). Les catastrophes naturelles sont en tête des classements de la construction et du transport maritime.

Paris, le 15 janvier 2025. Les incidents cyber, comme les violations de données ou les attaques par ransomware, et les perturbations informatiques, telles que la panne CrowdStrike, sont les risques les plus préoccupants pour les entreprises dans le monde en 2025, selon le Baromètre des risques d’Allianz. L’interruption d’activité, préoccupation majeure, une nouvelle fois, pour les entreprises de toutes tailles, se classe à la 2e place. Les catastrophes naturelles, qui ont encore marqué l’année, demeurent en 3e position. Enfin, l’évolution de la législation et de la réglementation se situe au 4e rang, en raison de l’impact des nombreuses élections dans le monde, de la hausse des tensions géopolitiques et du risque de guerres commerciales. Le risque qui réalise la plus forte hausse annuelle dans le Baromètre des risques d’Allianz, basé sur les réponses de plus de 3 700 professionnels de la gestion des risques de plus de 100 pays, est le changement climatique, qui passe de la 7e à la 5e place, atteignant ainsi son plus haut niveau en 14 ans d’enquête.

Toutes les entreprises, grandes, moyennes et petites, considèrent les incidents cyber comme le risque nº 1. Il existe néanmoins des différences notables dans le reste du classement. Les petites entreprises sont davantage préoccupées par les risques localisés et immédiats, tels que la conformité réglementaire, les évolutions macroéconomiques et les pénuries de main-d’œuvre. Toutefois, certains risques qui préoccupaient déjà les grandes entreprises commencent manifestement à inquiéter aussi les PME. C’est le cas, notamment, du changement climatique, ainsi que des risques politiques et de la violence, qui grimpent dans le classement.

Selon Vanessa Maxwell, Chief Underwriting Officer d’Allianz Commercial, « 2024 a été une année sans précédent en termes de gestion des risques. Les résultats annuels du Baromètre des risques d’Allianz reflètent l’incertitude à laquelle de nombreuses entreprises dans le monde sont aujourd’hui confrontées. Ils montrent, en particulier, l’interdépendance des principaux risques. Le changement climatique, les technologies émergentes, la réglementation et les risques géopolitiques sont de plus en plus liés, ce qui crée un enchaînement complexe de causes à effets. Les entreprises doivent adopter une approche globale de la gestion des risques et s’efforcer constamment d’améliorer leur résilience afin de faire face à ces risques qui évoluent rapidement ».

10 principaux risques en France

En France, les 3 principaux risques sont les mêmes qu’au niveau mondial : les Incidents cyber suivis des Interruptions d’activité et des Catastrophes naturelles. Les entreprises françaises considèrent aussi les Risques politiques comme très préoccupants puisqu’ils progressent à la 4ème position (6ème rang en 2024). Elles sont également de plus en plus soucieuses des Évolutions de marché, de l’Insolvabilité et des Risques environnements qui font leur entrée dans le Top 10.

ClassementPourcentageClassement 2024Tendance
1Incidents cyber (ex : cyber crimesinterruptions de service et réseau IT, logiciels malveillants/ransomware, violation de données, amendes et sanctions)44%1 (44%)
2Interruptions d’activités (y compris les perturbations de la chaîne logistique)31%2 (40%)
2Catastrophes naturelles (ex : tempête, inondation, tremblement de terre, feu de forêt, événements climatiques extrêmes)31%5 (22%)
4Risques politiques (ex : instabilité politique, guerre, terrorisme, coup d’état, conflits sociaux, grèves, émeutes, pillages)27%6 (21%)
5Incendie, explosion22%3 (25%)
6Changement climatique (ex : risques physiques, opérationnels et financiers résultant du réchauffement climatique)18%4 (23%)
7Évolutions législatives et réglementaires (ex : nouvelles directives, protectionnisme, les exigences RSE et en matière de durabilité)16%7 (16%)
8Évolutions de marché (ex : concurrence accrue/nouveaux entrants, fusions/acquisitions, stagnation ou fluctuation de marchés)12%NOUVEAU
9Insolvabilité11%NOUVEAU
10Risques environnementaux (ex : pollution, enjeux liés à la biodiversité, pénurie)10%NOUVEAU

Des risques cyber toujours en hausse avec le développement rapide de la technologie

Pour la quatrième année consécutive, les incidents cyber (38 % des réponses) arrivent en tête du classement mondial, mais avec une marge plus élevée que jamais (7 points de pourcentage). Ils constituent le risque nº 1 dans 20 pays, dont l’Afrique du Sud, l’Allemagne, l’Argentine, la France, l’Inde, le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Les violations de données sont le risque cyber le plus redouté par les entreprises, pour plus de 60 % des répondants. Elles sont suivies des attaques contre les infrastructures essentielles et les biens physiques (57 %).

Les incidents cyber sont désormais classés au 1er rang par les personnes exerçant dans l’aviation, la chimie et le divertissement. Ils sont aussi considérés comme le risque le plus préoccupant dans les secteurs des services financiers, des médias, des services professionnels, notamment juridiques, des technologies et des télécommunications.

« Pour de nombreuses entreprises, le risque cyber, favorisé par le développement rapide de l’intelligence artificielle (IA), dépasse de loin tous les autres. Il devrait rester un risque majeur à l’avenir, compte tenu de la dépendance croissante à la technologie. À l’été 2024, la panne CrowdStrike a montré, une fois de plus, la nécessité de systèmes informatiques sécurisés et indépendants, » fait remarquer Rishi Baviskar, directeur mondial du conseil en risques cyber chez Allianz Commercial.

L’interruption d’activité, étroitement liée à d’autres risques

L’interruption d’activité se classe en 1re ou 2e position dans le Baromètre des risques d’Allianz depuis une décennie. En 2025, elle conserve la 2e place, avec 31 % des réponses. L’interruption d’activité est généralement la conséquence d’événements tels qu’une catastrophe naturelle, une cyberattaque ou une panne informatique, une insolvabilité ou des risques politiques comme un conflit ou des troubles civils, qui tous nuisent au fonctionnement des entreprises. Plusieurs faits survenus en 2024 expliquent que les entreprises la considèrent toujours comme un risque économique majeur. Les attaques des Houthis en mer Rouge ont désorganisé les chaînes d’approvisionnement, en raison des déroutements de porte-conteneurs. Les incidents comme l’effondrement du pont Francis Scott Key à Baltimore ont aussi directement touché les chaînes d’approvisionnement mondiales et locales. Ces perturbations aux répercussions internationales se produisent à une fréquence de 1,4 an, mais la tendance est à la hausse, selon une analyse effectuée par Circular Republic, en collaboration avec Allianz et d’autres. Elles causent d’importants dommages économiques, représentant entre 5 % et 10 % des coûts de production et des surcoûts liés aux arrêts.

« La demande de progrès technologiques et de rentabilité a des incidences sur la résilience des chaînes d’approvisionnement. L’automatisation et le numérique ont considérablement accéléré les processus, qui dépassent parfois les personnes, compte tenu du rythme et de la complexité de ces nouvelles technologies. Toutefois, lorsqu’elles sont mises en œuvre efficacement, celles-ci peuvent aussi renforcer la résilience, en améliorant les analyses de données, les études prospectives et les capacités de réponse. Il devient donc primordial, pour toutes les entreprises, d’investir dans la résilience, indique Michael Bruch, directeur mondial des services de conseil en risques chez Allianz Commercial.

Le changement climatique à son plus haut niveau

L’année 2024 devrait être la plus chaude jamais enregistrée. Elle a également été marquée par de terribles catastrophes naturelles : ouragans et tempêtes extrêmes en Amérique du Nord, inondations dévastatrices en Europe et en Asie, sécheresses en Afrique et en Amérique du Sud. Après être retombé dans le classement pendant les années de pandémie, où les entreprises ont dû relever des défis plus immédiats, le changement climatique remonte de deux places pour arriver au 5e rang en 2025, un niveau jamais atteint. Les catastrophes naturelles, qui lui sont étroitement liées, restent à la 3e place avec 29 %. Toutefois, en glissement annuel, un nombre supérieur de répondants les classent en 1re position. Pour la cinquième fois consécutive, les pertes assurées dépassent 100 milliards de dollars.

La géopolitique et le protectionnisme toujours en ligne de mire

Malgré l’incertitude géopolitique et économique actuelle au Moyen-Orient, en Ukraine et en Asie du Sud-Est, les risques politiques et la violence perdent une place pour atteindre la 9e en glissement annuel, mais avec la même proportion de répondants qu’en 2024 (14 %). Toutefois, ils sont en hausse par rapport à l’année dernière dans plusieurs pays, dont la France, l’Italie et le Royaume-Uni, où ils se classent dans les cinq principaux risques. Ils inquiètent davantage les grandes entreprises (7e place), mais figurent aussi, pour la première fois, parmi les préoccupations des petites entreprises (10e place).

La crainte des guerres commerciales et du protectionnisme augmente. Une analyse effectuée par Allianz et d’autres montre qu’au cours de la dernière décennie, les restrictions à l’exportation de matières premières critiques se sont multipliées par cinq. Si les droits de douane et le protectionnisme sont en tête des priorités du nouveau gouvernement américain, le ‘‘Far West réglementaire’’, notamment autour de l’IA et des crypto monnaies, représente aussi un risque. Par ailleurs, en Europe, les exigences d’information en matière de durabilité seront à l’ordre du jour en 2025.

« L’effet des nouveaux droits de douane sera à peu près le même que celui d’une sur-réglementation : une hausse des coûts pour toutes les entreprises concernées, » prévient Ludovic Subran, directeur des investissements et chef économiste chez Allianz. « Aucune réglementation n’est en soi ‘‘mauvaise’’. Le plus souvent, c’est la mise en œuvre des règles qui complique la vie des entreprises. Il convient de se concentrer sur la simplification des règles, mais aussi sur l’efficacité administrative, dans le but de faciliter autant que possible l’application de la réglementation. L’adoption du tout numérique par l’Administration est une nécessité urgente. Malheureusement, en 2025, nous attendrons probablement encore en vain une stratégie numérique dans ce domaine. Ce sont plutôt les guerres commerciales qui s’annoncent. Les perspectives ne sont pas réjouissantes. »

Pour télécharger le rapport complet (en anglais), cliquez ici

RISQUES INDUSTRIELS (3). USINE LUBRIZOL : DU RISQUE D’INCENDIE AU RISQUE ETHIQUE DANS SA DIMENSION ENVIRONNEMENTALE.

A lire ou relire dans l’ouvrage  « Risk management. Organisation et positionnement de la fonction Risk Manager. Méthodes de gestion des risques. », Chapitre 1 / Histoire récente des risques, de la gestion des risques, de la FRM / De 2019 à aujourd’hui / 4 exemples / Du risque incendie au risque éthique : l’incendie de l’usine Lubrizol. P.79

A lire ou relire à partir des liens :

A lire aujourd’hui ci-dessous :
  • L’analyse de Paul Poulain sur les conséquences environnementales de l’incendie de l’usine Lubrizol.
  • L’article de Valentin Lebossé sur cette actualité / « Pour rappel, l’entreprise est déjà mise en examen, depuis septembre 2021, des chefs de « déversement de substances nuisibles dans les eaux » de la Seine et de « rejet en eau douce de substances nuisibles aux poissons ». »

Analyse de Paul Poulain

« L’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen en 2019 a eu de lourdes conséquences environnementales. Quatre ans après la catastrophe, les analyses des eaux souterraines réalisées dans les environs du site montrent que la pollution est toujours présente : https://lnkd.in/eG87b4u9

Les analyses révèlent la présence de deux catégories de polluants : les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et les composés perfluoroalkylés et polyfluoroalkylés (PFAS).
Les HAP sont des substances cancérogènes connues, tandis que les PFAS sont des « polluants éternels » dont les effets sur la santé sont encore mal connus.

Les concentrations en HAP et en PFAS sont parfois supérieures aux seuils de qualité applicables pour les eaux destinées à la consommation humaine.
En particulier, la somme des HAP a atteint 98 microgrammes par litre (µg/l) au piézomètre 32 (Pz32) en décembre 2022. Or, la limite pour les eaux brutes destinées à la production d’eau potable est fixée à 1 µg/l.

La somme des PFAS (PFOA + PFOS) culmine encore à plus de 19 µg/l en décembre 2022 et 10 µg/l en avril 2023, pour une norme de qualité (instaurée au niveau européen mais pas encore retranscrite en droit français) ne dépassant pas 0,5 µg/l.

Ces résultats sont préoccupants car ils montrent que les opérations de dépollution menées par Lubrizol sont insuffisantes. La pollution des eaux souterraines continue de menacer l’environnement et la santé des populations.

Il est urgent de renforcer les mesures de dépollution pour protéger les ressources en eau et la santé publique. »
Post sur LI

Article de Valentin Lebossé

« La pollution des eaux souterraines est avérée » après l’incendie de Lubrizol à Rouen

Des analyses d’eaux souterraines réalisées après l’incendie de Lubrizol à Rouen, révèlent une contamination de la nappe phréatique par plusieurs polluants. Précisions.

Des analyses d’eaux souterraines réalisées après l’incendie de Lubrizol à Rouen, révèlent une contamination de la nappe phréatique par plusieurs polluants. (©Le Bulletin/Archives)

Quatre ans après le gigantesque incendie de Lubrizol et Normandie Logistique du 26 septembre 2019 à Rouen (Seine-Maritime), des résidus de la catastrophe industrielle continuent d’imprégner les eaux souterraines à l’endroit de la zone sinistrée. C’est ce qui ressort de différents rapports d’analyses transmis par la préfecture à l’Union des victimes de Lubrizol (UVL) et dont 76actu a obtenu copie.

 « La pollution des eaux souterraines est avérée », confirme à la lecture de ces résultats l’hydrogéologue Matthieu Fournier, enseignant-chercheur à l’université de Rouen et co-coordinateur du projet Cop Herl, chargé d’étudier les conséquences de l’incendie sur l’environnement et l’Homme.

HAP, PFAS… Les eaux souterraines de Lubrizol polluées

Les mesures en question proviennent de document fournis par Lubrizol aux autorités, en vertu de l’arrêté préfectoral du 22 novembre 2021 qui impose un suivi des eaux souterraines concernant deux zones :

  • l’ensemble de l’usine Lubrizol, avec un suivi biennal ;
  • la zone sinistrée en septembre 2019, avec un suivi semestriel.

Nous avons notamment pu consulter les résultats de trois campagnes de prélèvement réalisées en octobre 2020, décembre 2022 et avril 2023, sur cinq piézomètres (forages) situés aux abords du secteur incendié (carte en cliquant sur le lien ci-dessous).

Deux catégories de polluants retiennent particulièrement l’attention : les HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques), reconnus pour certains comme potentiellement cancérogènes, et les PFAS (abréviation anglaise de « composés perfluoroalkylés et polyfluoroalkylés »), également appelés « polluants éternels », aux effets encore mal connus sur les organismes vivants.

Des dépassements parfois très élevés

Selon Matthieu Fournier, le lien entre la présence de ces substances dans la nappe phréatique et l’incendie de Lubrizol ne fait presque aucun doute. « La combustion des huiles moteur produites chez Lubrizol génère des HAP », note-t-il. Quant aux PFAS, « on les retrouve dans les mousses d’extinction utilisées par les pompiers ».

Mais c’est surtout la « dynamique » des teneurs relevées qui laisse peu de place au doute, avec « un phénomène intense – l’incendie de Lubrizol – suivi de fortes concentrations » en polluants.

La préfecture elle-même le dit dans sa réponse à l’UVL : « Les concentrations relevées sur certains paramètres dépassent des seuils habituellement applicables pour des eaux destinées à la consommation humaine. » Et de loin dans certains cas, comme le montrent les tableaux de ce communiqué que nous a transmis l’Union des victimes de Lubrizol (lien ci-dessous) :

Ainsi, en décembre 2022, la somme des HAP a par exemple atteint 98 microgrammes par litre (µg/l, un microgramme correspond à un millionième de gramme) au piézomètre 32 (Pz32). Alors que la limite pour les eaux brutes destinées à la production d’eau potable est fixée à… 1 µg/l !

Sur ce même Pz32 situé au nord de la zone sinistrée, la somme des PFAS (PFOA + PFOS) culmine encore à plus de 19 µg/l en décembre 2022 et 10 µg/l en avril 2023, pour une norme de qualité (instaurée au niveau européen mais pas encore retranscrite en droit français) ne dépassant pas 0,5 µg/l.

Les HAP multipliés par 19 !

Certes, « l’aquifère concerné n’est pas utilisé pour l’alimentation humaine », tient à rassurer la préfecture. Matthieu Fournier observe également une « tendance globale et classique à la baisse des concentrations dans le temps, du fait de la coupure des sources d’apport, de la dégradation des molécules et de la circulation naturelle des eaux souterraines vers la Seine ».

Il n’empêche, à l’opposé de cette tendance, le scientifique relève « le cas particulier du Pz28 », où « la somme des HAP a été multipliée par 19 en trois ans » – de 0,2 µg/l en octobre 2020 à 3,8 µg/l en avril 2023 – souligne l’UVL dans son communiqué.

Et l’association de rappeler que « cette zone correspond à la zone 5 de remédiation où la Dreal a accepté l’arrêt des excavations de terre polluée sous prétexte que cela n’était pas techniquement et économiquement acceptable ».

Dépollution incomplète

Dans son rapport d’inspection du 27 avril 2022, la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement écrit en effet qu’« un bloc béton a été rencontré à la profondeur entre 1 et 2 m rendant techniquement impossible la poursuite des opérations d’excavation ».

Arguant de cette « impossibilité technique » et de « la conformité des valeurs mesurées sur la profondeur 1 – 2 m [aux seuils de dépollution] », la Dreal « émet un avis favorable à l’arrêt des opérations d’excavation au nord de la fouille ».

Faut-il établir une relation de causalité entre cette autorisation d’arrêter la dépollution et la forte hausse des teneurs en HAP au Pz28 ? Matthieu Fournier ne l’exclut pas. Mais en l’absence d’indications au moment des prélèvements sur la profondeur et le niveau de la marée dans la Seine toute proche, il s’interroge sur la pertinence de comparer ces mesures effectuées à plusieurs mois d’intervalle.

Inquiétude sur les « polluants éternels »

Plus encore que les HAP, ce sont les PFAS – ces fameux « polluants éternels » – qui préoccupe l’enseignant-chercheur. De fait, en avril 2023, leur teneur totale dépasse encore le seuil de qualité (0,5 µg/l) dans trois des cinq piézomètres autour du site incendié.

« Ces molécules ne se dégradent pas dans l’environnement et on ne sait pas les traiter, souligne Matthieu Fournier. Par conséquent, elles contaminent tous les milieux et s’accumulent dans les tissus des organismes vivants [par exemple les poissons de la Seine, NDLR]. Or, nous n’avons pas encore suffisamment de recul sur leur dangerosité potentielle. »

« Est-il toujours acceptable d’avoir une contamination ? »

Le constat d’une contamination de la nappe phréatique étant établi, se pose la question de l’efficacité des opérations de dépollution imposées à l’industriel. « Est-il toujours acceptable, quatre ans après l’incendie, d’avoir une contamination des eaux souterraines ? », fait mine de s’interroger Christophe Holleville.

Pour le secrétaire de l’UVL, ces analyses constituent un nouvel élément à charge contre Lubrizol, qu’il va transmettre au juge d’instruction chargé de l’enquête sur la catastrophe industrielle. Pour rappel, l’entreprise est déjà mise en examen, depuis septembre 2021, des chefs de « déversement de substances nuisibles dans les eaux » de la Seine et de « rejet en eau douce de substances nuisibles aux poissons ».

 « L’industriel a une obligation de résultat en matière de dépollution qui n’est pas respectée », estime Christophe Holleville qui compte bien demander au préfet de mettre en demeure Lubrizol « de dépolluer les eaux ou d’aller plus loin dans la décontamination du site ».

Cette requête a-t-elle une chance d’aboutir ? À entendre Matthieu Fournier, « on ne dépollue jamais complètement un lieu qui reste à vocation industrielle. La question se poserait différemment si on voulait y implanter une crèche. C’est évidemment critiquable sur le plan environnemental, mais en l’absence de risque sanitaire majeur pour les populations, la loi est respectée ».

Également contactée, la préfecture a indiqué qu’elle nous apporterait une réponse dans les prochains jours, réponse que nous publierons dès qu’elle nous parviendra.

Par Valentin Lebossé, 22 novembre 2023.vv

RISQUE CLIMATIQUE : OU EN ETES-VOUS ? 🙈 ? 🙉 ? Plus ? (2) LA PRISE EN CHARGE DU RISQUE CLIMATIQUE PAR LES ASSURANCES ET LA QUESTION DE SON ASSURABILITE

Je vous ai proposé il y a deux semaines une contextualisation du risque climatique qui conduit à s’interroger sur la nouvelle logique de transfert du risque climatique : la réticence des compagnies d’assurances à assurer le risque climatique rend en effet nécessaire la mise en place d’une démarche de gestion des risques par les entreprises.

📌 Plus la rubrique lire et relire sur ce sujet :

Dans l’ouvrage  « RISK MANAGEMENT. ORGANISATION ET POSITIONNEMENT DE LA FONCTION RISK MANAGER. METHODES DE GESTION DES RISQUES. »,

CH I Définition des notions mobilisées et contextualisation de la Fonction Risk Manager, Amplificateur de risque 1 : le régulateur, législateur, p. 53-65.

https://librairie.gereso.com/livre-entreprise/risk-management-fris2.html

Sur le blog

Le risque climatique : impact sur les institutions financières et la gestion des risques

A la poursuite du risque climatique…RSE et maîtrise des risques

La nécessaire gestion du risque climatique et ses interactions avec la RSE

Le risque, variable stratégique de la réflexion des entreprises sous l’effet de cinq facteurs : illustration sur le risque climatique.

Risque climatique et assurances.

Le périmètre d’activité des Risk Managers ne cesse de s’élargir.

Je vous propose :

☂ Aujourd’hui : des éléments de réflexion, à partir de trois articles, sur la prise en charge du risque climatique par les assurances et la question de son assurabilité (6 juillet 2023). Les deux premiers présentent la mission sur l’assurabilité des risques climatiques lancée par le gouvernement : Pourquoi faire ? Qui y participent ? Quels attendus ? Le troisième, plus analytique, analyse la notion d’assurabilité du risque climatique.

👉 Dans deux semaines, un article et un rapport à lire pour lui préférer ou a minima lui adjoindre un changement de paradigme et la mise en œuvre orchestrée par un Risk Manager corporate d’une démarche de gestion du risque climatique (21 juillet 2023).

Bruno Le Maire et Christophe Béchu lancent une mission sur l’assurabilité des risques climatiques

Bruno Le Maire et Christophe Béchu lancent une mission sur l’assurabilité des risques climatiques, chargée de faire des propositions pour garantir la soutenabilité du régime d’indemnisation des catastrophes naturelles et renforcer le rôle du système assurantiel dans la prévention, l’atténuation et l’adaptation face au dérèglement climatique.

Bruno le Maire, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, et Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, annoncent le lancement d’une mission chargée d’élaborer un état des lieux et des recommandations sur l’évolution du système assurantiel français face aux enjeux posés par le dérèglement climatique. Cette mission s’inscrit dans le cadre des travaux de planification écologique conduits sous l’autorité de la Première ministre.

L’augmentation de l’intensité et de la fréquence des évènements climatiques en France métropolitaine et dans les Outre-mer se traduit par une hausse importante et durable des coûts d’indemnisation des pertes matérielles, agricoles et d’exploitation, lesquels pourraient représenter 70 milliards d’euros de coûts additionnels au cours des trois prochaines décennies.

Cette dynamique de coûts implique de réfléchir aux efforts de prévention additionnels à réaliser et aux moyens de garantir à l’avenir l’assurabilité des particuliers, entreprises, collectivités territoriales et des écosystèmes dans les territoires fortement exposés aux risques climatiques.

Dans ce contexte, les ministres ont confié une mission visant à élaborer des recommandations sur les  enjeux et évolutions du système assurantiel français face aux risques climatiques à trois personnalités reconnues :

  • Thierry Langreney, président de l’association environnementale Ateliers du futur, est l’ancien directeur général adjoint de Crédit agricole Assurances et directeur général de sa filiale d’assurances de dommages Pacifica ;   
  • Gonéri Le Cozannet, ingénieur et titulaire d’un doctorat en géographie, travaille au Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM) en tant qu’expert spécialisé sur les risques côtiers et le changement climatique. Il a contribué au 6ème rapport d’évaluation du GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) sur les impacts, l’adaptation et la vulnérabilité au changement climatique en Europe et en Méditerranée ;
  • Myriam Mérad, directrice de recherche au CNRS rattachée au laboratoire d’analyse et de modélisation de systèmes d’aide à la décision de l’Université Paris Dauphine. Experte des enjeux de gestion sociétale des risques majeurs, elle préside notamment le conseil scientifique de l’association française pour la prévention des catastrophes naturelles et technologiques.

Les travaux de cette mission porteront en particulier sur trois axes :

  1. Les moyens permettant d’assurer la soutenabilité du régime français d’indemnisation des catastrophes naturelles, qui est un outil clé de résilience ;
  2. Le renforcement du rôle du système assurantiel dans le financement de la prévention et de l’adaptation face au dérèglement climatique, et une amélioration de l’articulation avec les interventions publiques existantes en la matière ;
  3. L’analyse de la contribution du cadre prudentiel et de la politique de souscription des assureurs à l’atténuation du changement climatique, et les recommandations permettant d’en accroître la portée.

En lien et avec l’appui de la direction générale du Trésor et de la Caisse centrale de réassurance, cette mission analysera la pertinence de nos outils actuels d’indemnisation et de prévention des risques climatiques, et le rôle du système assurantiel dans le contexte d’adaptation au changement climatique des territoires de France métropolitaine et d’outre-mer. La mission s’appuiera aussi sur l’expertise des services et opérateurs du ministère de la Transition écologique et de la cohésion des territoires, notamment l’observatoire national des effets du réchauffement climatique (ONERC), la direction générale de la prévention des risques (DGPR), le BRGM et Météo France.

La mission formulera ses recommandations aux ministres d’ici décembre 2023.

Une concertation large des acteurs concernés – assureurs, réassureurs, organismes de recherche, élus et représentants de la société civile – sera menée dans le cadre de cette mission.

A l’occasion d’un déplacement en Guadeloupe et en Martinique au cours duquel Bruno Le Maire a évoqué les enjeux d’assurabilité dans les territoires ultra-marins face au dérèglement climatique, le ministre a déclaré que « les évènements climatiques extrêmes – tempêtes, inondations, cyclones, sécheresses – se multiplient et augmentent en intensité. Ces évènements posent dès aujourd’hui la question de l’assurabilité de nombreux territoires, en Outre-mer comme en métropole. C’est pourquoi j’ai demandé à trois experts de l’assurance et de l’adaptation au changement climatique de réaliser un état des lieux actualisé et de faire des recommandations pour renforcer, en lien avec le système assurantiel, nos moyens d’action et de prévention face à ces risques ».

Selon Christophe Béchu : « La trajectoire d’adaptation de notre pays au changement climatique que j’ai présenté le 23 mai dernier, implique de déployer dès aujourd’hui les politiques publiques qui permettront de mieux prévenir les risques environnementaux. Cette mission contribuera à la réflexion engagée par le gouvernement sur la stratégie d’adaptation de la France, en précisant le rôle indispensable des acteurs du système assurantiel, tant en termes d’indemnisation que de prévention des risques climatiques ».  

Ecologie.gouv.fr. Vendredi 26 mai 2023

Le gouvernement lance une mission sur l’assurabilité des risques climatiques 

Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, et Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique, ont annoncé vendredi le lancement d’une mission chargée d’élaborer un état des lieux et des recommandations sur l’évolution du régime d’assurance des catastrophes naturelles.

Sécheresse, grêle, ouragans… Face à la multiplication des événements climatiques, le gouvernement veut revoir le régime d’assurance des catastrophes naturelles, le fameux régime « Cat Nat ».

Bruno le Maire, ministre de l’Economie, et Christophe Béchu, ministre de la Transition écologique, ont annoncé vendredi le lancement d’une mission chargée d’élaborer un état des lieux et des recommandations sur l’évolution du système assurantiel français face aux enjeux posés par le dérèglement climatique.

« Les évènements climatiques extrêmes – tempêtes, inondations, cyclones, sécheresses – se multiplient et augmentent en intensité, a déclaré Bruno Le Maire. Ces évènements posent dès aujourd’hui la question de l’assurabilité de nombreux territoires, en Outre-mer comme en métropole ».

« La trajectoire d’adaptation de notre pays au changement climatique […] implique de déployer dès aujourd’hui les politiques publiques qui permettront de mieux prévenir les risques environnementaux », a ajouté Christophe Béchu.

Personnalités reconnues

Cette mission sera confiée à trois personnalités reconnues : Thierry Langreney, président de l’association environnementale Ateliers du futur, et ancien directeur général adjoint de Crédit agricole Assurances, Gonéri Le Cozannet, expert spécialisé sur les risques côtiers et le changement climatique au Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM), et Myriam Mérad, directrice de recherche au CNRS rattachée au laboratoire d’analyse et de modélisation de systèmes d’aide à la décision de l’Université Paris Dauphine.

Ces trois personnalités vont mener une large concertation des acteurs concernés : assureurs, réassureurs, organismes de recherche, élus et représentants de la société civile.

La mission formulera ses recommandations aux ministres d’ici décembre 2023. Celles-ci porteront sur trois axes : les moyens permettant d’assurer la soutenabilité du régime français, le renforcement du rôle du système assurantiel, la politique de souscription des assureurs face au changement climatique.

Un régime déficitaire

Avec son régime « Cat Nat », basé sur l’assurance privée et la réassurance publique de la Caisse Centrale de Réassurance (CCR), la France dispose déjà d’un mécanisme efficace. Mais le régime est déficitaire depuis 2015.

Par ailleurs, l’augmentation de l’intensité et de la fréquence des évènements climatiques se traduit par une hausse importante et durable des coûts d’indemnisation des pertes, qui pourraient représenter 70 milliards d’euros de coûts additionnels au cours des trois prochaines décennies, selon les deux ministres.

Proposition de loi

Face au risque de sécheresse, qui concerne 10,4 millions de maisons individuelles en métropole, le gouvernement a adopté cette année une ordonnance qui étend le nombre de communes bénéficiant de l’indemnisation de la sécheresse. Un décret doit encore être publié.

Mais, alors que ce texte se fait attendre, l’opposition veut aller plus loin. Les députés Verts ont déposé une proposition de loi pour élargir l’indemnisation des maisons fissurées, quitte à augmenter la surprime payée par les assurés.

Par Thibaut Madelin. 26 mai 2023. Les Echos

REFLEXION SUR UN « MONDE PAS ASSURABLE »

On prête à un ancien patron d’Axa la maxime « un monde à 4°C n’est pas assurable ». Qu’en penser à l’heure où le gouvernement se penche sur la question ?

Formellement, une assurance est un contrat par lequel une entité (l’assureur) garantit à un bénéficiaire (l’assuré) le paiement d’une certaine somme en cas de matérialisation d’un risque, à la condition que l’assuré lui ait payé une prime pour obtenir cette garantie.

Dans un monde réchauffé de 4°C, il est possible qu’il reste des assurances. Par contre il en restera moins, voire beaucoup beaucoup moins, qu’aujourd’hui. Pourquoi ?

Si l’on « rétropédale », pour qu’un système d’assurance pérenne existe il faut que, « en moyenne », les primes payées chaque année soient supérieures aux dommages assurés (sinon le système assurantiel finit par faire faillite). Il faut donc évaluer le montant des dommages possibles à l’avenir, et pour cela les assureurs utilisent actuellement des séries sur les dommages passés, avec une petite marge de sécurité « pour imprévu ». Dans un monde stable l’avenir ressemble au passé, et cette méthode fonctionne bien.

Mais dans un monde qui se réchauffe rapidement, les conditions climatiques vont devenir de plus en plus volatiles et « hors normes ». Cela signifie que, de plus en plus souvent, les séries passées ne permettront pas d’anticiper ce qui va vraiment se passer.

Dans ce contexte, l’assureur – et son réassureur, qui est « l’assureur des assureurs » – va prendre de plus en plus de tôles, et aura alors le choix entre monter tellement ses prix (pour se couvrir contre des écarts bien plus importants que par le passé) qu’il risque de ne plus avoir de clients, ou alors ne plus traiter le risque et « sortir du marché ».

C’est cette deuxième éventualité qui peut s’interpréter comme un monde « pas assurable ». Evidemment, pendant un temps peut exister une troisième voie : la prise en charge du surplus de risque par l’Etat. C’est ce qui se passe en France avec le régime des catastrophes naturelles. Mais, à nouveau, si ces dernières deviennent fréquentes et massives, même l’Etat ne pourra voler au secours de tout le monde.

Ajoutons à cela qu’un monde à 4°C sera guerrier et totalitaire, et que ce contexte est rarement favorable à des assurances généralisées !

Il y a une deuxième manière d’interpréter ce « pas assurable » : la remise en état physique en cas de dommages aura de moins en moins de sens. Aujourd’hui, avec l’argent de l’assurance on peut faire des travaux racheter un bien qui permettent de se retrouver dans une situation presque identique à avant le sinistre.

Mais avec des moyens énergétiques en décrue (empêchant de reconstruire ou refabriquer facilement), et des actifs naturels non remplaçables (une forêt qui brûle ou une espèce détruite), la remise dans l’état antérieur aura de moins en moins de sens.

C’est une autre manière de comprendre cette maxime : l’assurance permettra juste de mieux répartir la perte collective, non de supprimer cette dernière.

Post LinkedIn de Jean-Marc Jancovici

RISQUE CLIMATIQUE : OU EN ETES-VOUS ? 🙈 ? 🙉 ? Plus ? (1)

Un post de Muriel Cluny, Déléguée générale ALEARISQUE, intitulé « Une mission ministérielle pour 3 personnalités : Quels sont les enjeux et évolutions du système assurantiel français face aux risques climatiques ? », est à l’origine du thème des semaines à venir.

Je vous propose :

📌 Une contextualisation avec une définition du risque climatique, son classement dans les préoccupations des entreprises, une lecture à partir des facteurs mis en évidence dans mes travaux qui explique qu’il soit aujourd’hui une variable stratégique de la réflexion des organisations et enfin la rubrique à lire ou relire sur le blog avec les liens vers des articles précédents (23 juillet 2023).

Cette contextualisation conduit à s’interroger sur la nouvelle logique de transfert du risque climatique : la réticence des compagnies d’assurances à assurer le risque climatique rend nécessaire la mise en place d’une démarche de gestion des risques par les entreprises.

Des éléments de réflexion, à partir de deux articles, sur la prise en charge du risque climatique par les assurances et la question de son assurabilité (7 juillet 2023).

👉 Un article et un rapport à lire pour lui préférer ou a minima lui adjoindre un changement de paradigme et la mise en œuvre orchestrée par un Risk Manager corporate d’une démarche de gestion du risque climatique (21 juillet 2023).

RISQUE CLIMATIQUE : OU EN ETES-VOUS ? 🙈 ? 🙉 ? Plus ? CONTEXTUALISATION  

📌 De quoi s’agit-il ?

La Task Force on Climate related  Financial Disclosure (TCFD) identifie deux catégories de risques liés au changement climatique.

  • Les risques physiques :

« Ceux résultant des dommages directement et indirectement causés par les aléas climatiques (sur les actifs de l’entreprise et de sa chaîne d’approvisionnement et plus largement de son écosystème). »

  • Les risques et opportunités de transitions écologiques :

Les risques sont « ceux induits par la transition vers une économie bas-carbone et portent sur le modèle d’activité et son évolution. »

La TCFD n’oublie pas la dimension positive du risque en identifiant également « les opportunités de développement technologique et d’innovation, d’ouverture à de nouveaux marchés, produits ou services, d’une meilleure résilience de l’entreprise, de développement de nouvelles sources d’énergie, d’optimisation des ressources. »

📌 Quelle place dans les préoccupations des entreprises ?  

Le baromètre des risques d’Allianz 2023(2 700 répondants / 94 pays / classements Monde et France / par secteur d’activités) fait ressortir :

  • que les catastrophes naturelles et le changement climatique sont toujours dans le Top Ten. L’année a été marquée par l’ouragan Ian, une des tempêtes les plus puissantes qui aient frappé les États-Unis, mais aussi par des canicules, des sécheresses et des tempêtes hivernales record. Les pertes assurées dépassent les 100 milliards de dollars. Ainsi, ces risques figurent encore aux sept premières places du classement mondial ;
  • qu’ils sont en baisse tous les deux 〽!

Les catastrophes naturelles (ex : tempêtes, inondations…) préoccupent 19% des entreprises contre 25% en 2022. De la 3ème place à la 6ème place.

Le changement climatique préoccupe 17% des entreprises. De la place 6 à la place 7.

📌 Pourquoi est-il devenu une variable stratégique de la réflexion organisationnelle des entreprises ?     

Un risque potentiel d’une ampleur inédite :

  • il sort du champ d’investigation des entreprises et du champ de compétences des experts qui n’ont ni la connaissance, ni l’expérience pour répondre à un avenir qu’ils ne connaissent pas ;
  • son impact n’est pas encore évalué ; celui-ci est « à tiroirs » intervenant à tous les niveaux.

Un risque subjectif.

Il existe une perception différente selon les individus.

Un risque que les compagnies d’assurances sont réticentes à assurer, obligeant les entreprises à le gérer elles-mêmes.

Géraldine Dauvergne (17 mai 2023 ; Argus de l’Assurance) titre « Risques naturels : des zones bientôt inassurables ? »

« Certains assureurs refusent désormais de couvrir les biens menacés de manière certaine par les inondations, les submersions marines ou la sécheresse. Et d’autres risques climatiques potentiellement inassurables émergent. L’érosion côtière, dont la destruction de l’immeuble Le Signal, en Gironde, est devenue le symbole, menace ainsi jusqu’à 50 000 logements et 750 entreprises d’ici à 2100. »

Elle propose la carte suivante :

© SOURCE : MINISTÈRE DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE ET SOLIDAIRE

Carte d’exposition des formations argileuses au phénomène de mouvement de terrain différentiel consécutif à la sécheresse et à la réhydratation des sols.

En toute discrétion, les assureurs ont cessé de couvrir le syndicat intercommunal Ter’ Bessin, sur la côte normande, contre les risques d’inondation… Ce territoire […]

Un risque amplifié par le régulateur-législateur :

  • Au niveau européen :

Accords de Paris (2015)

Pacte Vert pour l’Europe (2019)

SFDR (2019)

Règlement Taxonomie verte (2020)

Directive CSRD (2022)

  • Au niveau national :

Loi relative à la Transition Ecologique par la Croissance Verte (2015)

Loi Energie Climat (2019)

Loi Pacte (2019)

Loi Climat et Résilience (2021)

  • Arsenal auquel il convient d’ajouter : le reporting financier et extra financier et les normes internationales.

📌 Lire ou relire  

Dans l’ouvrage  « RISK MANAGEMENT. ORGANISATION ET POSITIONNEMENT DE LA FONCTION RISK MANAGER. METHODES DE GESTION DES RISQUES. »,

CH I Définition des notions mobilisées et contextualisation de la Fonction Risk Manager, Amplificateur de risque 1 : le régulateur, législateur, p. 53-65.

https://librairie.gereso.com/livre-entreprise/risk-management-fris2.html

Sur le blog

Le risque climatique : impact sur les institutions financières et la gestion des risques

A la poursuite du risque climatique…RSE et maîtrise des risques

La nécessaire gestion du risque climatique et ses interactions avec la RSE

Le risque, variable stratégique de la réflexion des entreprises sous l’effet de cinq facteurs : illustration sur le risque climatique.

Risque climatique et assurances. Le périmètre d’activité des Risk Managers ne cesse de s’élargir.

Un deuxième classement des risques également publié en janvier 2023. Une présentation visuelle des plus grands risques mondiaux de 2023. 

Il est toujours intéressant de faire chaque année un point sur le classement des risques. Pour être conscient des risques. Pour les gérer quand ils ne le sont pas, c’est-à-dire quand il n’existe pas de Plans d’Actions.

Après le classement des risques Allianz 2023 que je vous ai présenté il y a 15 jours, je vous présente aujourd’hui The Global Risks Report 2023 proposé début janvier par le Forum économique mondial. Au cœur de l’actualité 🎯

  • Echantillon d’experts et décideurs / classement en 5 grandes catégories de risques : économiques, environnementaux, géopolitiques, sociétaux, technologiques.
  • Pour approfondir votre connaissance des risques de ces classements (risques éthiques, opérationnels, de réputation, sanitaire, cyber / stratégiques et économiques, techniques, financiers), voir notre ouvrage à Nicolas Dufour et moi-même :

« Risk Management. Organisation et positionnement de la Fonction Risk Manager. Méthodes de gestion des risques » :

https://librairie.gereso.com/livre-entreprise/risk-management-fris2.html 

  • Les points saillants

« Les plus grands risques mondiaux de 2023. Plongeons-nous dans les découvertes de cette année.

Profil de risque de 2023

Dans la partie médiane inférieure du graphique se trouvent les risques qui pourraient avoir des impacts graves, tels que des attaques impliquant des armes nucléaires ou biologiques, mais qui ont été mis en évidence par moins d’experts.

Dans le quadrant supérieur droit du graphique se trouvent les risques mentionnés par un certain nombre d’experts et qui pèsent sur la société. Sans surprise, les principaux risques sont liés à des problèmes qui touchent un large éventail de personnes, comme la hausse du coût de la vie etl’inflation. Lorsque les denrées de base comme la nourriture et l’énergie deviennent plus chères, cela peut alimenter les troubles et l’instabilité politique, en particulier dans les pays où le mécontentement couvait déjà. Le WEF souligne que la seule augmentation des prix du carburant a provoqué des protestations dans environ 92 pays.

Un risque qui mérite d’être surveillé est la confrontation géoéconomique, qui comprend les sanctions, les guerres commerciales, le filtrage des investissements et d’autres actions qui ont pour but d’affaiblir les pays qui en bénéficient. Les efforts pour atténuer ce risque se traduisent par certains des thèmes clés que nous voyons pour l’année à venir . Un exemple est la délocalisation d’industries et la « délocalisation d’amis », qui consiste essentiellement à déplacer des opérations vers un pays étranger qui a des relations plus stables avec son pays d’origine.

Dans quelle mesure sommes-nous préparés ?

C’est une chose d’être conscient des risques, mais c’en est une autre d’avoir la capacité d’éviter les événements négatifs lorsqu’ils se concrétisent.

Le tableau ci-dessous montre dans quelle mesure nous sommes globalement préparés à faire face à des types de risques spécifiques qui pourraient survenir au cours des prochaines années.

En haut du tableau se trouvent les risques que les experts estiment que la société est mieux équipée pour gérer avec les plans et les ressources actuels. Vers le bas du graphique se trouvent les risques que les experts considèrent comme une menace, car les mécanismes pour les gérer sont faibles ou inexistants.

Les experts sont généralement plus confiants dans les solutions dans les domaines militaire ou de la santé. Les défis environnementaux et sociétaux laissent les politiques et les décideurs moins confiants.

Une observation révélatrice des données ci-dessus est qu’aucun des risques n’a laissé une majorité d’experts confiants dans notre capacité à empêcher le risque de se produire ou prêts à atténuer son impact. Alors que les années 2020 s’annoncent comme une décennie mouvementée, cela pourrait être une source de préoccupation. »

Nick Routley. 13 janvier 2023. Visual capitalist.

Criticité des métaux rares : quels risques pour la transition écologique

Je vous propose de lire cet article en ayant en tête une démarche « classique » de gestion des risques et de construction d’une cartographie telle que Nicolas Dufour et moi-même la proposons dans notre ouvrage « Risk Management. Organisation et positionnement de la Fonction Risk Manager. Méthodes de gestion des risques » ; https://librairie.gereso.com/livre-entreprise/risk-management-fris2.html ) ; Chapitre 4, Méthodes, démarches et outils des Risk Managers, p.155.

Rappel des étapes

  • Identifier les risques, passés, présents et émergents ;

Le nommer / avec l’aide ou non d’une typologie / à partir de la typologie de l’AMRAE, ce pourrait être :

CATEGORIE RISQUES STRATEGIQUES & EXTERNES / SOUS CATEGORIE ENVIRONNEMENT / Rubrique Matières Premières

Le qualifier : risque nouveau ; difficile à assurer

Le décrire : voir détails dans l’article ;

  • Evaluer le niveau de criticité des risques en tenant compte de leur probabilité de survenance et de leur impact ; pour rappel CRITICITE = PROBABILITE x IMPACT ; ici :

Eléments de Probabilité : « forte dépendance des filières bas-carbone » ; « couverture limitée contre le risque d’approvisionnement »

Elément d’Impact : « dommages environnementaux suffisamment importants pour compromettre la pertinence écologique de leur production » ;

  • Hiérarchiser les risques ;
  • Identifier les zones de risques insuffisamment couvertes par le dispositif de maîtrise ;
  • Mettre en place des plans d’actions et des outils de reporting. Les auteurs proposent en conclusion des plans d’actions pour réduire la criticité du risque.

Faire le point sur le risque climatique : lire et/ou écouter sur le blog  / cliquez sur les liens ci-dessous

Criticité des métaux rares : quels risques pour la transition écologique

L’enjeu crucial de la décennie à venir est de réduire nos émissions de gaz à effet de serre en mobilisant, d’une part, des énergies décarbonnées et en améliorant, d’autre part, l’efficacité énergétique de nos économies dans le but de « faire autant avec moins ».

La priorité donnée au déploiement des technologies des énergies renouvelables a fait émerger de nouvelles problématiques liées aux matières premières. Si le soleil ou le vent sont certes des énergies primaires renouvelables, les technologies permettant de les transformer en énergie utile à nos sociétés sont dépendantes, entre autres, aux métaux. Cette réalité englobe l’ensemble des technologies de l’énergie bas carbone qui, en comparaison des technologies fossiles, sont plus intensives en métaux(1).

Parmi ces dépendances nouvelles, c’est celle aux métaux rares (large catégorie de métaux incluant les terres rares) qui a fait couler le plus d’encre. Suite à la forte croissance des marchés des énergies renouvelables, des articles académiques ont alerté sur le risque pour la transition énergétique que constitue une rupture d’approvisionnement en terres rares(2) et des institutions se sont saisies de la question(3). Enfin, un ouvrage publié en 2018 par Guillaume Pitron intitulé « La Guerre des métaux rares » a également participer à inscrire cette question dans le débat public – opération renouvelée avec la diffusion en 2021 d’un documentaire adapté de ce même ouvrage.

Les métaux rares sont jugés « critiques » à l’échelle mondiale et pour les filières bas carbone s’ils :

  • sont importants pour le développement de ces filières ;
  • subissent un risque de rupture d’approvisionnement ;
  •  induisent des dommages environnementaux suffisamment importants pour compromettre la pertinence écologique de leur production.

La facture environnementale de la transition est-elle une question ?

La facture environnementale des énergies renouvelables est-elle réellement plus élevée que celle du maintien d’un système énergétique fondé sur les énergies fossiles ? Pour y répondre, il faut tenir compte de l’ensemble des étapes de production de ces technologies et des pollutions qui y sont associées. C’est l’approche suivie par les analyses de cycles de vie qui portent sur le sujet(4) et qui ne laissent pas de place au doute en concluant à un bilan écologique positif pour les énergies renouvelables.

Cela ne signifie pas qu’elles ne polluent pas mais qu’en comparaison des énergies fossiles, elles permettent un système énergétique avec une empreinte écologique moindre. Ainsi, laisser penser que la pollution liée aux terres rares que contient l’aimant permanent d’une éolienne offshore est d’une importance comparable à celle que génère une centrale à charbon revient à confondre les ordres de grandeur.

À titre d’illustration, on peut comparer les émissions de gaz à effet de serre imputables à l’énergie éolienne avec celles des énergies fossiles. Un kWh d’électricité d’origine éolienne émet entre 6,4 et 8,5 g de CO2 sur l’ensemble de son cycle de vie. Ce chiffre monte à 530 g de CO2/kWh pour le gaz et 930 g de CO2/kWh pour le charbon.

On pourra opposer à cette comparaison de ne s’intéresser qu’aux émissions de GES qui ne constituent hélas pas la seule menace qui pèse sur les écosystèmes, mais l’empreinte écologique de l’éolien reste également moindre en comparaison des énergies fossiles pour d’autres types de pollutions (écotoxicité, particules, acidification terrestre, etc.). Dans ce contexte, quelle est la contribution des métaux rares à la pollution que génèrent les énergies renouvelables ? Faible en comparaison des autres matières premières utilisées comme les métaux structurels tels que le cuivre ou l’aluminium. En effet, les 150 kg de terres rares (néodyme) utilisés dans l’aimant permanent d’une éolienne offshore ne pèsent qu’environ 0,05 g de CO2/kWh, soit moins d’un pourcent de son empreinte carbone globale.

L’importance économique des métaux rares

Évaluer l’importance économique des métaux rares pour les filières bas carbone conduit à un paradoxe. Si les propriétés particulières des métaux rares en font dans certains cas des ressources nécessaires à ces filières, sans perspectives de substitution à court terme, le fait est que les métaux rares sont des coproduits. Leurs productions dépendent donc des autres métaux dont elles sont les coproduits. Par exemple, il n’existe pas de mine d’indium mais des mines de zinc dont on pourra extraire une fine proportion d’indium.

La demande pour les métaux rares est ainsi assujettie aux dynamiques d’offres en place sur d’autres marchés, ce qui se traduit par une forte volatilité des productions et des prix. Ces derniers offrent alors une information relativement pauvre aux acteurs économiques qui décourage la mise en place d’une gestion soutenable de ces ressources.

De ce statut de coproduit découle des caractéristiques bien spécifiques. Parmi celles-ci, la plus inquiétante est la faible proportion de métaux rares étant recyclée. Ces métaux si particuliers souffrent d’usages fortement dissipatifs. Par exemple, dans les produits du numérique, ils sont présents en une quantité trop petite pour justifier le coût du traitement des déchets et leur recyclage à des fins de récupération des métaux rares(5). Concrètement, il demeure moins coûteux d’extraire des métaux rares en tant que coproduits que de les recycler, malgré les différences des deux opérations en termes d’empreintes écologiques.

Le risque de rupture d’approvisionnement

L’organisation actuelle des marchés des terres rares ne permet qu’une couverture limitée contre le risque d’approvisionnement. Tout d’abord, il n’existe pas de bourses organisées pour des contrats à terme qui porteraient sur la fourniture d’une certaine quantité de métaux rares à une date et un prix fixés à l’avance sur le marché de manière publique.

Les contrats à terme sur les métaux rares sont donc conclus de gré-à-gré, faisant ainsi des quantités échangées et des prix de vente des informations privées. Cette organisation génère une forte volatilité des prix sur les marchés au comptant, dits marchés spots, qui se retrouvent exposés à d’importants déséquilibres de court terme entre l’offre et la demande. Par ailleurs, les marchés des métaux rares sont fortement affectés par les dynamiques des marchés de métaux de base en période de faible volatilité ainsi que par celles des marchés financiers en période de forte volatilité, rendant la prédictibilité des prix d’autant plus délicate(6).

Le quasi-monopole de la Chine sur la production des terres rares, qui avoisinait 90% de la production mondiale à la fin de la décennie 2000, participe également à accroitre le risque de rupture d’approvisionnement. Dès 2006, le gouvernement chinois a mis en place des mesures visant à renforcer son contrôle sur l’industrie chinoise des terres rares. Mais ce n’est qu’en 2010 que les importateurs de terres rares réalisent soudainement l’ampleur du pouvoir de marché chinois. La mise en place de quotas d’exports par la Chine, équivalant dans un premier temps à 55% de la demande étrangère, couplée à la levée de taxes sur ces exports et à un embargo sur le Japon entre septembre et novembre contribueront à l’explosion des prix des terres rares, mettant les pays industrialisés face à leur dépendance.

La levée de taxes et des quotas en 2015 a marqué une nouvelle étape dans la reprise en main par Pékin de l’industrie des terres rares. Le scandale du Fanya Metal Exchange illustre en effet l’opacité de cette industrie. Cette plateforme d’échanges située à Kumming dans le sud de la Chine lancée en 2011 et active jusqu’en 2015 se vantait d’être la plus grande plateforme dédiée au trading des terres rares. Elle promettait des retours sur investissements généreux aux épargnants chinois jusqu’à être mise en examen pour défaut de paiement d’intérêts à 220 000 épargnants et un total de 6,2 milliards d’euros. La plateforme fonctionnait selon une chaîne de Ponzi et l’affaire a déclenché des vagues de protestations dans le pays pointant notamment le manque de régulation de la part du pouvoir central et les affaires de corruption qui entouraient ce montage financier. Il est en effet difficile pour Pékin de connaitre avec précision la quantité de terres rares produites et stockées sur son territoire. La production de contrebande est importante, elle représentait à minima 30% de la production nationale en 2017(7). Pékin a depuis lutté contre cette production de contrebande, mis en place des taxes sur les productions régionales et restructuré l’industrie en six opérateurs publics, avant d’annoncer une nouvelle restructuration avec uniquement deux firmes géantes et publiques qui géreront la production de matières premières.

Cette reprise en main par Pékin de l’industrie n’a pas vocation à calmer les tensions commerciales autour des terres rares mais bien à assurer que la mainmise sur les terres rares bénéficie aux industries chinoises. En effet, dès 2012 un Livre Blanc du Conseil d’État pointe la forte diminution des réserves de terres rares lourdes dans la province de Jiangxi, premier producteur de ces métaux au monde. La réussite de la stratégie « Made in China 2025 », mise en place en 2015 et qui vise à développer les capacités de production du pays dans les industries des nouvelles technologies (bas-carbone, robotique, IA, nouveaux matériaux), est donc conditionnée à un approvisionnement suffisant. La reprise en main de l’industrie des terres rares par Pékin marque la volonté de favoriser la demande intérieure(8).

Conclusion

À l’échelle globale, la disponibilité géologique des métaux rares tend à indiquer qu’ils ne seront pas critiques pour les technologies des énergies renouvelables. Leur déploiement à grande échelle est d’avantage compromis par la compétition géoéconomique des pays autour du leadership sur ces technologies ainsi que la prise de conscience tardive du poids de la Chine dans cette industrie.

Plusieurs options sont envisageables pour réduire ce risque de criticité. Elles doivent privilégier une approche systémique qui inscrit la transition énergétique dans le projet plus global de la transition écologique. Ainsi, il faut viser à renforcer la souveraineté technologique de l’Europe et à la mettre au service du développement de technologies les moins polluantes possibles. Par exemple, les éoliennes peuvent se passer d’aimants permanents et donc de terres rares. Cette filière des générateurs à électro-aimants doit être soutenue via des pénalités imposées aux générateurs à aimants permanents qui reflèteront le coût écologique des terres rares.

De même, dans un contexte de raréfaction des ressources minérales, des règlementations doivent être mises en place pour imposer aux concepteurs de technologies nouvelles d’intégrer dès la phase de développement l’enjeu du recyclage en vue d’en diminuer le coût. Enfin, la transformation du secteur électrique doit être guidée par l’objectif de réduction des pollutions associées à la génération d’électricité. Ainsi la question de la réduction de notre consommation d’énergie doit être posée avant de déployer des nouvelles capacités de production en vue d’éviter l’empilement des capacités énergétiques auquel nous assistons aujourd’hui.

Florian Fizaine et Clément Bonnet ; Maîtres de Conférences en Sciences Economiques. Paru le 20 juin 2022.

  1. Kleijn et al., 2011 ; Vidal et al., 2017.
  2. Baldi et al., 2014 ; Stengen, 2015.
  3. World Bank, 2017 ; UE-JRC, 2011.
  4. Hertwich et al., 2015 ; Gibon et al., 2017.
  5. Fizaine, 2020.
  6. Reboredo et Ugolini, 2020.
  7. Mineralinfo, 2017.
  8. Seaman, 2019.

Baldi, L., Peri, M., & Vandone, D. (2014). Clean energy industries and rare earth materials: Economic and financial issues. Energy Policy, 66, 53-61Fizaine, F., 2013. Byproduct production of minor metals: threat or opportunity for the development of clean technologies? The PV sector as an illustration, Resources Policy, 38, 3, 373-383.

Fizaine, F., 2015. Les métaux rares. Opportunité ou menace ? Enjeux et perspectives associés à la transition énergétique., F. Fizaine, Edition Technip, Collection Géopolitique, septembre 2015, 192p.

 Fizaine, F., 2020. The economics of recycling rate: New insights from waste electrical and electronic equipment, Resources Policy, 67.

Fizaine, F., Court, V., 2015. Renewable electricity producing technologies and metal depletion: a sensitivity analysis using the EROI, Ecological Economics, 110, 106-118

Gibon, T., Arvesen, A., Hertwich, E. G. 2017. Life cycle assessment demonstrates environmental cobenefits and trade-offs of low-carbon electricity supply options, Renewable and Sustainable Energy Reviews, 76, 1283-1290.

Hertwich, E.G., Gibon, T., Bouman, E.A., Arvesen, A., Suh, S., Heath, G.A., Bergesen, J.D., Ramirez, A., Vega, M.I., Shi, L., 2015. Integrated life-cycle assessment of electricity-supply scenarios confirms global environmental benefit of low-carbon technologies. Proc Natl Acad Sci USA 112, 6277.

Kleijn, R., Van der Voet, E., Kramer, G. J., Van Oers, L., Van der Giesen, C., (2011). Metal requirements of low-carbon power generation, Energy, 36, 9, 5640-5648.

Reboredo, J. C., & Ugolini, A. (2020). Price spillovers between rare earth stocks and financial markets. Resources Policy, 66, 101647.

Seaman, J., 2019. Rare earths and China: A review of changing criticality in the New Economy. Notes de l’Ifri, Ifri, January 2019.

Stegen, K. S. (2015). Heavy rare earths, permanent magnets, and renewable energies: An imminent crisis. Energy Policy, 79, 1-8.

Vidal, O., Rostom, F., François, F., Giraud, G., 2017. Global trends in metal consumption and supply: the raw material-energy nexus, Elements, 13, 319-324

CLASSEMENT DES RISQUES PAR LES ENTREPRISES

Il est toujours intéressant de faire un point sur le classement des risques par les entreprises.
👍 Le Cyberrisque, sans surprise, risque n°1.
👍 Plus inattendu et enseignement intéressant : le cyberisque, devant le risque sanitaire.
👎 Malheureusement sans surprise : le risque climatique, risque n°4 ; mais l’évolution, même si elle est lente, est positive.

La cybersécurité inquiète plus les patrons que le Covid

L’enquête annuelle du cabinet PwC auprès de dirigeants d’entreprises partout dans le monde révèle leur confiance dans leur activité. S’étant adaptés à la crise sanitaire, ils ont pour principal sujet de préoccupation la sécurité de leurs systèmes informatiques.

Visiblement, les chefs d’entreprise n’ont guère de crainte sur les conséquences à venir de la pandémie du Covid-19 dans sa variante Omicron. Selon l’enquête annuelle effectuée par le cabinet PwC en interrogeant quelque 4.500 patrons de 89 pays, l’optimisme est de mise.

Plus de 75 % d’entre eux s’attendent à ce que la croissance économique s’améliore dans les douze prochains mois. Ils sont même 85 % en France à se montrer aussi confiant dans l’avenir. « C’est la première fois, dans notre enquête, que les chefs d’entreprises français sont plus confiants que leurs homologues des autres pays », observe Patrice Morot, Président de PwC France et Maghreb.

Les patrons français sont parmi les plus optimistes au monde.
Les patrons français sont parmi les plus optimistes au monde.PwC

En filigrane, l’optimisme se fonde sur le fait que les entreprises se sont adaptées à la situation sanitaire. « Nous ne sommes plus en mars 2020 où tout le monde était confiné, les villes étaient désertes et certaines entreprises obligées de fermer », témoigne Patrice Morot.

La Chine se distingue

A court terme cependant, les patrons chinois se montrent plus soucieux que leurs homologues étrangers en ce qui concerne l’évolution de leur chiffre d’affaires. Seulement 48 % d’entre eux s’attendent à une amélioration de leur activité dans l’année qui vient contre 67 % pour les patrons américains et 60 % pour les européens. Sans doute faut-il voir là les répercussions liées aux difficultés du groupe immobilier chinois Evergrande . De plus « les perspectives d’investissement se sont dégradées et la stratégie « zéro covid » du gouvernement chinois, mise à mal par le variant Omicron, pèse sur le moral des chefs d’entreprise », ajoute Patrice Morot. A plus long terme, l’écart entre les patrons chinois et étrangers s’estompe. Ensemble, ils sont optimistes à 64 % sur l’évolution de leur chiffre d’affaires d’ici à 3 ans. Ils sont 77 % aux Etats-Unis et 72 % en France.

La cybersécurité en priorité

En règle générale, les entreprises se sont adaptées à la crise sanitaire et vivent avec.

Dans un monde de plus en plus numérisé […], il est logique que les patrons se préoccupent de la sécurité de leurs infrastructures informatiques pour répondre aux nouveaux usages de leurs clients

La principale préoccupation des patrons concerne les risques liés à la cybersécurité. « Dans un monde de plus en plus numérisé auquel la crise sanitaire a donné un nouveau coup de fouet avec la hausse des achats via internet, il est logique que les patrons se préoccupent de la sécurité de leurs infrastructures informatiques pour répondre aux nouveaux usages de leurs clients », explique Patrice Morot.

Davos : des dirigeants particulièrement pessimistes

Les chefs d’entreprise français se distinguent de leurs homologues étrangers par le fait qu’ils placent, pour 40 % d’entre eux, les risques géopolitiques au deuxième rang de leurs inquiétudes. Sans doute faut-il y voir la forte dépendance des grands groupes mondiaux français aux importations, avance PwC. Les risques de rupture d’approvisionnement et les pénuries qui en découlent sous-tendent le débat actuel des relocalisations d’activité en France .

La décarbonation à la traîne

A l’heure où la lutte contre le changement climatique prend de l’ampleur dans un contexte de décarbonation de l’industrie, les patrons admettent un retard certain. Seulement 22 % d’entre eux ont pris des mesures en faveur de la neutralité carbone et 29 % prévoient de le faire. « Pour les deux tiers, ce sont des dirigeants d’entreprises mondiales. Si nous assistons à une véritable prise de conscience sur le sujet, les dirigeants des entreprises de taille intermédiaire abordent plus difficilement les enjeux climatiques » tempère Patrice Morot.

Richard Hiault. 17 janvier 2022.

LE RISQUE CLIMATIQUE : IMPACT SUR LES INSTITUTIONS FINANCIERES ET LA GESTION DES RISQUES

Rôle du régulateur : guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement. Gestion des risques : exercice pilote, scénarios, méthodologies.

Dans « La Fonction Risk Manager. Organisation. Méthodes et positionnement » https://www.la-librairie-rh.com/livre-entreprise/la-fonction-risk-manager-fris.html faire le point sur le rôle du régulateur comme amplificateur du risque (un des facteurs de l’élargissement du domaine du risque devenue variable stratégique dans la réflexion des organisations) et les étapes de la démarche de gestion des risques, les outils et méthodes.

Illustration sur le risque climatique.

LE RISQUE CLIMATIQUE : IMPACT SUR LES INSTITUTIONS FINANCIERES ET LA GESTION DES RISQUES

LES REGULATEURS

La transition énergétique, un sujet concernant l’ensemble des acteurs économiques, est placée au cœur des études de la Banque Centrale Européenne (BCE) en 2020.

L’année 2020 a marqué le début d’un dialogue entre les banques et les régulateurs sur l’intégration des risques climatiques et environnementaux dans les dispositifs de gestion des risques actuels. Etant un sujet majeur pour la BCE, ce nouveau défi a également suscité l’attention des autres autorités de contrôle.

BCE – “Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement”

Paru en Novembre 2020, ce document vise à établir la vision de la BCE pour la mise en place d’un cadre sain de la gestion des risques liés au climat et à l’environnement. Avec ce texte, la BCE veut engager la conversation banques-régulateurs sur l’incorporation de ces nouveaux risques dans leur cadre de la gestion des risques existants.

Le guide BCE n’est pas juridiquement contraignant pour les établissements mais il permet de se préparer aux évolutions futures de la réglementation. Néanmoins, il est attendu des établissements qu’ils réalisent un premier exercice d’autoévaluation en 2021 par rapport aux attentes de la BCE.

Dans le cadre de ses tests de résistance prudentiels, la BCE prévoit l’intégration d’un volet climatique pour l’exercice 2022.

La BCE distingue 3 catégories de risques climatiques : les risques physiques, les risques de transition issus d’un mouvement vers une économie bas-carbone, et les risques de responsabilité et de réputation.

Treize attentes prudentielles sont détaillées pour la mise en place d’un cadre sain de gestion des risques liés au climat et à l’environnement. Elles vont de l’élaboration de la stratégie de l’établissement à la diffusion des informations relatives à ces nouveaux risques.

Les treize attentes prudentielles de la BCE

  • Les établissements doivent comprendre l’incidence à court, à moyen et à long terme des risques liés au climat et à l’environnement.
  • La définition et la mise en oeuvre de la stratégie opérationnelle doivent intégrer les risques climatiques et environnementaux jugés matériels.
  • Ces risques doivent être pris en compte dans les processus de gouvernance de l’établissement.
  • Le Risk Appetite Framework doit prendre en compte explicitement cette nouvelle catégorie de risque.
  • Les risques liés au climat doivent être intégrés dans la structure organisationnelle de l’établissement selon le modèle trois lignes de défense.
  • La communication interne doit permettre aux instances de direction de l’établissement de prendre les décisions adéquates en matière de risques.
  • Le cadre de gestion des risques doit être actualisé pour intégrer ces risques dans les processus de détection, de quantification et dans l’ICAAP.
  • Prendre en compte ces risques dans les processus d’octroi de crédit.
  • Analyser l’impact des risques climatiques sur la continuité des activités et l’impact de l’activité actuelle de l’établissement sur le risque de réputation et/ou de responsabilité.
  • Suivre les impacts de ces risques sur l’exposition actuelle au risque de marché et mettre en place des tests de résistance.
  • Intégrer ces risques dans l’élaboration de test de résistance, scenarios de référence et scenarios adverses.
  • Suivre les impacts de ces risques sur les flux de trésorerie et le coussin de liquidité et actualiser le cadre de la gestion de la liquidité.
  • Publier les informations utiles et les indicateurs clés (KPI) sur les risques liés au climat et à l’environnement.
20212022
Auto évaluation des établissements sur leur dispositif de gestion des risques climatiques
Communication BCE-Etablissements sur les plans d’actions établis
Mise en place du test de résistance courant 2022 incluant les risques liés au climat et à l’environnement
Mise en place, par la BCE, de mesures de suivi concrètes sur ces nouveaux risques

ACPR (Autorité Prudentielle de Contrôle et de Restitution) – EXERCICE PILOTE CLIMATIQUE 2020

Mené en 2020 par l’APCR, cet exercice a mobilisé 9 banques françaises ainsi que 15 groupes d’assurances sur un exercice de stress test climatique.

L’objectif premier de cet exercice était d’initier une réflexion et sensibiliser l’ensemble des acteurs sur ce nouveau sujet et d’obtenir une plus grande transparence des institutions financières  à ce type de risque.

Cet exercice était l’opportunité pour les participants de renforcer leur dispositif de gouvernance interne en mettant en place de nouvelles stratégies de gestion des risques et de prise de décisions prenant en compte l’impact de ce nouveau type de risque.

Avec ce premier stress test, l’ACPR a voulu mesurer l’impact et le coût induit par le non-respect des accords de Paris et définir les méthodologies de gestion des risques climatiques. Pour cela, elle a fourni aux participants 3 scénarios d’un horizon temporel 2050.

Les résultats de cet exercice ont été remis par les établissements fin 2020. L’ACPR a publié la synthèse et l’analyse de ces résultats en avril 2021. L’ACPR souhaite initier le dialogue entre les régulateurs nationaux et les institutions financières sur le sujet des risques liés au climat et à l’environnement.

En 2022, l’ACPR prévoit la mise en place de nouveaux groupes de travail sur ce sujet. Elle participe aussi à la préparation de l’exercice de test de résistance de la BCE. Le prochain exercice climatique ACPR devrait se tenir en 2023/2024 avec l’intention de le reconduire fréquemment.

SCENARIOS UTILISES PAR L’ACPR

Référence : un scenario de référence basé sur la stratégie nationale française SNBC (Stratégie Nationale Bas Carbone) qui constitue la feuille de route pour atteindre le zéro émission nette en 2050. Le scenario prend en compte les orientations de la LTECV (Loi de Transition Energétique pour la Croissance Verte) telles que la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et les budgets carbones.

Transition retardée : Le scénario de réaction tardive suppose que les objectifs de réduction des gaz à effet de serre ne soient pas atteints en 2030. Ceci entraine la prise de mesures plus volontaristes en reproduisant les trajectoires d’émissions de GES, de PIB, et de prix carbone du scenario de transition désordonnée du NGFS (Network for Greening the Financial System).

Transition rapide : Le scenario de transition rapide et brutale est l’issue d’une révision du prix carbone et d’une baisse de la productivité à partir de 2025. Les technologies de production d’énergies renouvelables sont supposées non matures, ce qui entraine une augmentation des prix de l’énergie et une redirection des investissements publics et privés vers la production d’énergie. Ceci se traduit par une baisse de la productivité de l’économie dans son ensemble.

LES RESULTATS DE L’EXERCICE

L’exercice pilote est une première en matière de test de résistance climatique. Une mobilisation importante des acteurs financiers a été observée avec 85% du total du bilan bancaire (BPCE, SG, BNP, CA, …)  et 75% du total du bilan des assurances (AXA, Allianz, CAA, MAAF, MACIF, …).

Du point de vue des expositions, les résultats révèlent une exposition modérée des institutions financières face aux risques climatiques et environnementaux.  L’impact de ces risques se concentre sur 7 secteurs tels que la culture et productions animales, l’industrie extractive, l’industrie chimique, … En 2020, les banques sont en meilleure position que les assurances sur le plan de l’exposition aux risques climatiques. Les banques ayant participé à l’exercice ACPR ont un portefeuille de crédit moyen exposé à 9,7% sur les secteurs ci-dessus, tandis que les assurances ont un portefeuille moyen exposé à 17%. Ces expositions, relativement faibles, restent néanmoins un point d’effort pour l’ensemble des institutions financières afin d’être en cohérence avec les ambitions françaises en ce qui concerne la transition énergétique.

Les scénarios et les méthodologies définis lors de cet exercice vont être utilisés, par les ACNs et par la BCE, comme socle pour leurs exercices de stress tests à venir. Il est cependant important de noter que les scenarios définis par l’ACPR ne prennent pas en compte l’éventualité d’une récession entre 2020 et 2050 ce qui est inhabituel dans le cadre d’un exercice de stress test. Il paraitrait plus prudent, pour les institutions financières, d’utiliser des scénarios internes pour mesurer leurs expositions aux risques climatiques en combinant les scenarios ACPR et les éventuelles crises économiques pouvant survenir.

L’exercice révèle certains retards, notamment sur la capacité des banques à simuler leurs impacts physiques sur les portefeuilles crédits. En effet, les données nécessaires pour parvenir à estimer les impacts des risques physiques sont encore trop peu accessibles au niveau consolidé. Ces nouveaux besoins de données devraient donc être pris en compte par les institutions financières dans leurs futurs chantiers SI.

Enfin les limites méthodologiques de l’exercice devraient s’améliorer par la mise en place de nouveaux travaux par les différents régulateurs, notamment sur les hypothèses et scénarios, la prise en compte du risque physique sur les expositions corporate et les sources de données.

BCBS – CLIMATE RELATED FINANCIAL RISKS

En Avril 2021, la BIS a publié deux rapports sur les méthodologies à appliquer pour les risques liés à l’environnement et au climat.

Un cadre de gestion des risques sain doit :

Identifier les facteurs de risques climatiques

Cartographier et quantifier les expositions aux risques climatiques et les concentrations

Traduire ces risques en indicateurs financiers

Les risques liés au climat et à l’environnement imposent un nouveau besoin pour les banques : un nouveau type de données uniques par rapport aux bases disponibles à l’heure actuelle.

En effet, pour les problématiques telles que « les expositions aux risques de transition par une contrepartie », la localisation du siège social ne sera plus la seule donnée nécessaire. Le risque de transition peut nécessiter la connaissance de la localisation de l’ensemble de la chaine de valeur du client mais aussi, la localisation de ses fournisseurs, du mode et des routes de transport utilisés afin d’avoir une vision claire sur l’exposition du client à ce type de risque.

Ce document a pour objectif de présenter les méthodologies à l’étude pour l’application future des quantifications de ce nouveau risque.

La réflexion de la BIS se poursuivra sur les prochaines années, notamment en ce qui concerne les méthodologies de modélisation et de mesures des risques climatiques.

Pour 2021-2022 la BIS annonce sa volonté de poursuivre l’étude des risques climatiques sur 3 axes : régulation, supervision et communication.

By Omote | Juin 15, 2021 

A LA POURSUITE DU RISQUE CLIMATIQUE…RSE ET Maitrise des Risques.

Une étude intéressante de l’Observatoire des Risques Opérationnels (Oprisko).

Ses conclusions :

  • la RSE contribue à la maîtrise des risques ;
  • l’enjeu de la durabilité est identifié par les entreprises ;
  • les mesures mises en place sont de deux catégories ; elles sont discrètes ;
  • les mesures mises en place sont rentables à long terme.

Vous pouvez également lire l’article publié sur le blog « Les achats responsables au cœur des nouveaux enjeux de la RSE  » . Il propose un exemple d’intégration de la RSE à la démarche de gestion du risque achat. A retrouver dans les archives du mois de mai 2021 ou dans la Catégorie Risques, rubrique Risque et Opportunité.

Pour faire le point sur les étapes de la démarche de gestion des risques et l’approche que je propose voir :

https://www.la-librairie-rh.com/livre-entreprise/la-fonction-risk-manager-fris.html

Est-ce qu’une stratégie qui intègre des dimensions sociales, environnementales et de bonne gouvernance contribue à la maîtrise des risques d’entreprise ?

L’étude 2020 d’Oprisko complète est disponible ici : https://rushfiles.one/client/publiclink.aspx?id=zlhIk8PT8d

Qui d’entre nous a déjà entendu parler des critères ESG [1] ? Ou bien des 17 objectifs de développement durable (ODD) à atteindre d’ici 2030 (subdivisés en 169 cibles avec des indicateurs spécifiques) ? Et pourtant, les débats sont omniprésents depuis des années. Les médias traitent en permanence de développement durable, de responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE), de Charte Mondiale de l’ONU, d’agenda 2030[2], de stratégie 2050 (neutralité carbone), des objectifs de développement durable onusiens de 2015 (ODD).

Au-delà de ce jargon d’initié, la finalité reste la même, à savoir entamer la transformation qui mènera les populations à vivre dans de meilleures conditions sur terre. Il s’agit concrètement de repenser le modèle économique, en encadrant le développement économique avec des piliers environnementaux, sociaux et éthiques, afin que la croissance puisse être durable.

Évidemment cette transformation aura des impacts à l’avenir dans nos sociétés et dans les entreprises. Et nous sommes d’avis que les entreprises qui n’adopteront pas cette démarche d’intégration de « développement durable » s’exposeront à des risques accrus, d’où une gestion des risques innovante à implémenter. D’autant plus que les consommateurs et les collaborateurs des entreprises sont dorénavant plus attentifs et davantage sensibilisés à ces problématiques ; et en légiférant, les gouvernements se sont engagés pour une transition vers des économies post-carbone et responsables.

En somme, prendre en compte cet aspect « développement durable » correspond à un équilibrage entre l’efficacité économique (création de richesse et conditions de vie matérielle), la responsabilité environnementale (dimension écologique, écosystème) et l’équité sociale (santé, éducation). Le business oui, mais plus à n’importe quel prix.

Dans ce contexte, le postulat de notre étude était qu’une bonne stratégie d’entreprise doit intégrer des paramètres économiques, sociaux et respectueux de l’environnement. Car, pensons-nous, une stratégie qui intègre des dimensions sociales, environnementales et de bonne gouvernance contribue à la maîtrise des risques d’entreprise.

Toute la question est de savoir comment intégrer des principes de développement durable dans la gestion des risques opérationnels de l’entreprise. Notre étude de terrain visait à identifier les bonnes pratiques en la matière et si, pour des entreprises qui appliquent véritablement cette stratégie, cela permet effectivement de gérer plus efficacement ces risques.

A la vue des interviews collectées, le constat est mitigé. Alors que l’enjeu de la durabilité est clairement identifié, les mesures mises en place semblent ridicules, et les moyens engagés pour atteindre les objectifs paraissent dérisoires. 

Hormis le CRO de l’Etat de Genève, rares sont les organisations qui connaissent la définition du développement durable telle qu’elle ressort du Rapport Brundtland (1987) : « Le développement durable doit répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». Mais peu importe au fond, car les sondés ont conscience que la nature est vulnérable et les ressources de la planète limitées. Pour preuve, les inquiétudes et les mesures sont principalement centrées sur les aspects environnementaux, parfois sociétaux, rarement de gouvernance (ESG). La « durabilité » reste un concept intuitif et rassembleur, mais difficile à cerner, et à fortiori rarement normé. Rarement des chartes sont rédigées, et les sondés évoquent plutôt des principes, des critères (code de conduite), voire un esprit ou un système de valeurs.

Le tour d’horizon proposé dans cette étude a permis de mieux faire connaître les mesures en place, qui peuvent se regrouper en deux catégories : les mesures commerciales à l’adresse des clients (centrées sur l’offre des produits et services), comme la notation de la durabilité des clients et des fournisseurs par exemple ; et les mesures internes à l’entreprise, comme le tri des déchets, les économies d’énergie, ou l’incitation à la mobilité douce par exemple. Le chemin est long et sinueux pour que les organisations progressent réellement dans le domaine de la durabilité.

En outre notre enquête a mis en exergue certains bénéfices et inconvénients de la durabilité pour les organisations. Du point de vue économique, nous avons relevé que des organisations améliorent dans une certaine mesure leur profitabilité en augmentant leurs volumes d’affaires ou leurs prix, en rationalisant leurs processus ou en adaptant les salaires. Au niveau social, des organisations gèrent le turnover en limitant le risque de démission des employés tout en attirant plus facilement de nouveaux candidats grâce aux bienfaits des « valeurs de durabilité ». Cependant, l’horizon des investissements est plus long, car les opérations sont peu rentables à court terme. 

La transformation durable des organisations nécessite une analyse approfondie afin que soit mise en place une approche qui intègre les parties prenantes internes et externes à l’organisation. 

Cyrille Reynard 

17 décembre 2020


[1] Les mesures (ESG) sont les trois piliers de l’analyse extra-financière qui permettent d’évaluer la stratégie durable de l’entreprise : 1) environnementale (consommation d’énergie, tri des déchets, transports et mobilité, matériaux), 2) sociale (politique RH, égalité homme/femmes, santé et sécurité au travail, respect des droits humains, conditions de travail), 3) gouvernance (achats responsables, dialogue avec les parties prenantes, lutte contre la corruption et la fraude).

[2] Le Conseil fédéral attend des entreprises domiciliées en Suisse qu’elles assument leurs responsabilités environnementales et sociales dans toutes leurs activités. Rapport national 2018.