Archives pour la catégorie GESTION DES RISQUES

La mise en place par les Risk Managers d’outils hors contrôle. L’exemple du Retour d’Expérience.

La mise en place par certains Risk Managers d’outils hors contrôle tels que le retours d’expérience, les réunions, la responsabilité des opérationnels, l’appropriation des outils permettraient aux Risk Managers d’avoir l’appui des opérationnels et d’acquérir une légitimité cognitive (celle qui consiste à s’ancrer dans l’inconscient collectif pour être compris par les parties prenantes, devenir incontournable ; elle est le « graal » de la légitimité.

Nous évoquons ces outils dans nos travaux (Aubry et Montalan, 2007) et dans l’ouvrage La Fonction Risk Manager. Organisation, méthodes et positionnement (2019, p.96).

Je vous propose de découvrir le Retour d’Expérience à travers l’article ci-dessous écrit par mon co-auteur Nicolas Dufour.

La construction d’une mémoire du risque en entreprise est un long apprentissage s’inscrivant dans la constitution (progressive) d’une culture du risque dans l’organisation. Au-delà d’une communication régulière, les actions suivantes peuvent être préconisées :

– dans le cadre des processus de cartographie des risques, réaliser une pré-identification des risques : reprendre les incidents marquants dans la revue des risques, en allant au-delà de l’exercice passé et s’assurer que ces risques restent sous contrôle ou que d’autres situations similaires ne seraient pas susceptibles d’arriver ;

– intégrer les « sachants » au processus de revue des risques, ayant la connaissance historique de l’organisation, même s’ils ont changé d’activité entre le moment de la survenance de certains incidents et celui de la revue des risques (le plus souvent annuelle) ;

– mieux exploiter les effets d’expérience issus des bases incidents, notamment les analyses de causes, même si celles-ci ne sont pas systématiquement documentées ;

– à la manière des méthodes formalisées en EHS (courbe de Bradley formalisant dans le temps la progression enregistrée en termes de réduction des accidents de travail en tenant compte de différentes étapes dans la constitution d’une culture du risque et de la responsabilisation des acteurs), construire des courbes d’apprentissage sur différents risques opérationnels : capacité à réduire les erreurs humaines, à détecter les fraudes…

Communication de crise de Carlos Ghosn. « Conférence de presse de Carlos Ghosn : Liban, la brute et le truand ? Analyse d’une communication offensive. »

Rappel des faits et prise de position intéressante d’Olivier Cimelière.

De mémoire de communicant ayant une certaine expérience professionnelle, je ne crois pas avoir souvenir d’un ex-PDG d’une immense constellation industrielle convoquer les médias du monde entier pour contester des faits délictueux qu’un pays lui reproche, le tout après une rocambolesque évasion de Tokyo à Beyrouth via Istanbul. Avec la conférence de presse donnée le 8 janvier, Carlos Ghosn a choisi l’option d’une communication offensive maintenant qu’il a recouvré sa liberté de parole, loin de son assignation à résidence japonaise et de son interdiction de rencontrer des journalistes. Que retenir de cet exercice de funambulisme communicant ?

« J’ai été présumé coupable devant les yeux du monde. Mon épreuve de ces derniers mois et le résultat d’une poignée d’individus sans scrupules ». Loin d’être affaibli par les stigmates du strict régime de surveillance que les autorités japonaises lui avaient infligé, Carlos Ghosn s’est présenté combatif devant près de 150 journalistes de toute la planète (sauf le Japon qui fut refoulé, on se demande bien pourquoi !) pour plaider sa cause, dénoncer une justice nippone totalitaire et suggérer la théorie du complot au plus niveau pour faire rouler sa tête dans la sciure médiatique. Pour cela, il s’est adjoint les services de la réputée agence de communication, Image 7 et de sa patronne fondatrice Anne Méaux qui sont rompues à l’art de la défense des causes délicates.

Un mythe qui s’ébrèche

Au départ de l’histoire, Carlos Ghosn est d’abord cet impitoyable patron « cost-killer » qui a successivement redressé Renault et Nissan, deux constructeurs automobiles en mauvaise posture sur un marché international ultra-compétitif. De ces deux entités, il en a fait une alliance surpuissante qui parvint même un temps donné à grimper sur la première place du podium mondial du secteur. Fort d’une saga personnelle atypique et fruit d’un métissage culturel entre racines libanaises, brésiliennes et françaises, l’homme est consacré par les puissants de la planète. Politiques, financiers comme médias économiques et écoles de management lui tressent des lauriers à longueur de temps tellement le tour de force réalisé semble énorme.

Il n’en demeure pas moins que la réputation de ce PDG multilingue doté d’un hubris sans limite, va se fendiller progressivement au fil des années avec des histoires d’audits internes truqués, de licenciements express de haut-cadres soupçonnés d’espionnage au profit d’adversaires, de pléthore de filiales nichées dans des pays au régime fiscal conciliant et de fêtes somptueuses où l’on ne rechigne pas à la dépense, surtout lorsqu’il semblerait que celles-ci soient épongées par l’entreprise du mogul de l’automobile. Pour s’en convaincre, il suffit de se plonger dans l’haletante lecture du livre-enquête du journaliste, Matthieu Suc, « Renaud, nid d’espions » qui révèle comme le promet le bandeau de l’opus, la « face cachée de Carlos Ghosn ».

Restaurer l’image flétrie

L’incarcération de Carlos Ghosn au Japon puis son assignation dans une résidence surveillée, ne sont venues que ternir un peu plus l’image ambivalente d’un patron longtemps tout-puissant que politiques et banquiers chouchoutaient avec prévenance et que beaucoup craignaient en interne. D’autant plus que l’impétrant est également sous le coup en France d’une enquête préliminaire et d’une information judiciaire pour deux affaires de corruption présumée. De quoi briser le mythe d’un boss qui avait jusque-là réussi sans coup férir et qui écartait tous les potentiels prétendants à sa succession à la tête de l’Alliance Renault-Nissan.

Sauf que Carlos Ghosn n’est pas du genre à se laisser abattre ! A quelques heures du réveillon du Nouvel An, l’homme écrit un nouvel épisode de sa légende hors normes. Il déjoue la surveillance des autorités japonaises, s’enfuit dans un jet spécialement affrété pour ses besoins et se réfugie finalement dans sa mère patrie qu’est le Liban. Même un scénariste prolifique aurait sans doute eu peine à oser une telle intrigue. Au point même d’attirer la compassion d’un improbable soutien comme Jean-Luc Mélenchon qui l’a estimé victime de « malveillance ».

La « trumpisation » de Carlos Ghosn

L’argument est intéressant car c’est précisément sur celui-ci que Carlos Ghosn va fonder sa démonstration à coups de Powerpoint illisibles lors de sa conférence de presse. D’emblée, il va évacuer toutes les questions périphériques relatives aux circonstances exactes de son escapade façon Comte de Monte Christo ou sur les soirées dispendieuses façon roi Soleil à Versailles. Son axe de communication s’apparente à ce que déroule en permanence Donald Trump, à savoir des punchlines cash (comme celle décochée à un journaliste américain sur Pearl Harbour), de la théorie du complot (dans laquelle Nissan et justice japonaise seraient de mèche), de la victimisation (au regard de la maltraitance judiciaire dont il aurait fait l’objet au Japon) et de la presse « muselée » (aucun journaliste japonais n’a obtenu une accréditation).

Pour renforcer l’aspect « Petit Chose », la scénographie de la conférence de presse interpelle. Elle se déroule dans un bâtiment relativement modeste (comparé aux espaces de réception superbes qu’on peut trouver dans la capitale libanaise), dans une salle plutôt blafarde et avec une présentation Powerpoint à peine lisible qui ressemble à un docte exposé professoral d’une école de commerce. Comme s’il y avait l’intention de conférer un côté improvisé, spontané et sincère à l’exercice alors que tout a été sciemment organisé de bout en bout, avec de plus, une sélection drastique des médias participants. Et « last but not least », un horaire spécialement étudié pour que la conférence puisse avec des impacts en direct autant au Japon que sur la côte Est des Etats-Unis et sur l’Europe. Techniquement, c’est du bel ouvrage tactique.

Risky business ?

L’ex-PDG déchu cherche-t-il à se rendre sympathique auprès de l’opinion mondiale et des médias et d’apparaître comme le bouc émissaire de guerres intestines intrinsèques à la gouvernance de l’Alliance Renault-Nissan et à la partialité de la justice du pays du Soleil Levant ? Une partie de son discours emprunte à cette rhétorique comme en atteste l’entretien exclusif accordé mercredi soir au journaliste de TF1, François-Xavier Ménage diffusé dans le JT de 20 heures. Il parle de la privation de sa famille et de son épreuve de prisonnier avec une tonalité inoxydable et assertive qui n’est pas sans rappeler l’aplomb d’un Bernard Tapie, la gouaille décomplexée en moins.

Néanmoins, à bien y regarder, l’essentiel de cette stratégie de communication gonflée ne se résume pas dans un numéro de « Calimero » injustement écarté des hautes fonctions qu’il avait et brutalement traité par le Japon auquel il a pourtant redonné du lustre à la marque nationale emblématique qu’est Nissan. Un élément assez peu retenu de son discours est notamment le tacle allusif à la montée du gouvernement dans le capital de Renault en 2016 avec à la manœuvre, un certain Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie et des Finances. Serait-ce un signal envoyé à un corps politique et financier dont beaucoup ont pris de la distance depuis que Carlos Ghosn s’est retrouvé dans les filets de la justice japonaise ? Toujours est-il qu’il a évoqué ce qu’il qualifie d’« immanquable », à savoir le rapprochement avec le groupe Fiat-Chrysler qui depuis, s’est fiancé avec le groupe PSA dirigé par Carlos Tavarès, ex-numéro 2 de … Carlos Ghosn. En substance, l’image d’un PDG incompris, voire ostracisé.

Premier round efficace mais …

Tactiquement, Carlos Ghosn a marqué des points. Qu’on aime ou pas le personnage particulièrement décrié, ce dernier a repris la maîtrise du tempo du discours médiatique en déroulant son récit oscillant entre complotisme et victimisation et en soulignant que sa seule ambition était d’être un PDG responsable, en témoigne sa réponse au journaliste de TF1 où il déclare qu’il aurait pu gagner autrement plus d’argent avec une mission moins risquée en devenant CEO de Fiat-Chrysler plutôt que l’ancien canard boiteux qu’était Renault-Nissan. De fait, le décor est posé et le terrain de jeu médiatique balisé. Aux autres de se positionner.

La partie n’est pas pour autant gagnée. Il y a fort à parier que les autorités japonaises et françaises ne vont pas rester inactives et communiquer à leur tour des faits qui pourraient contredire le « storytelling » implacable que Carlos Ghosn entend imprimer. Sans parler de la presse économique anglo-saxonne qui s’est rapidement intéressée à cette affaire hors normes. Alors fuite en avant d’un grand patron qui cherche à gagner du temps ou bras-de-fer aux imbrications plus complexes qu’il n’y paraît ? La guerre de communication n’est pas prête de s’éteindre entre les différentes parties prenantes.

 

 

Contrer le cyber risque, risque n°1 du baromètre Allianz 2019.

Ci-dessous un article intéressant paru dans les Echos. Je vous conseille la lecture du dossier des Echos sur ce sujet.

Contrer le risque : toutes les étapes dans un guide de l’Anssi et de l’Amrae

L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information et l’Association pour le management des risques ont conjugué leurs expertises pour apporter aux entreprises, dans un guide gratuit, une réponse globale et pratique au risque cyber.

Voilà devenus réels les pires scénarios de science-fiction… Dans un monde où les nouvelles technologies ont pénétré toutes les strates de l’entreprise, une atteinte aux infrastructures informatiques peut remettre en question l’existence même d’une organisation.

Arrivées à ce même constat – celui que le risque cyber a glissé du domaine technique vers le champ stratégique -, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) et l’Association pour le management des risques et des assurances de l’entreprise (Amrae) ont mutualisé leurs compétences dans un guide cosigné.

Destiné aux acteurs économiques moins matures en termes de cybersécurité, depuis les PME jusqu’aux grandes sociétés cotées, administrateurs ou services publics, « Maîtrise du risque numérique, l’atout confiance » est téléchargeable gratuitement sur les sites des deux organisations.

« L’objectif est de généraliser la prise de conscience et de rendre accessible au plus grand nombre les principes pratiques d’une politique de sécurité numérique », explique Brigitte Bouquot, présidente de l’Amrae. « Ce guide a également une ambition européenne : nous plaidons pour un partage à l’échelle du continent », poursuit Guillaume Poupard, directeur général de l’Anssi.

Lancé officiellement la semaine dernière au cours du forum de la Fédération européenne des associations de risk management (Ferma) à Berlin, ce vademecum détaille 15 étapes clefs de la mise en oeuvre d’une stratégie de cybersécurité.

Parmi elles : une appropriation du sujet par la direction générale« Il n’y a que le dirigeant qui puisse débloquer des budgets, doter l’entreprise d’une gouvernance de la cybersécurité et mettre toute l’organisation en ordre de marche », pointe Fabien Caparros, chef de la division chargée des méthodes de management de la sécurité numérique de l’Anssi et contributeur du guide.

Fil conducteur de l’ouvrage, la nécessité de mettre la prévention au service de la croissance de l’entreprise imprègne chaque conseil énoncé. Ainsi, dans les démarches jugées essentielles à une politique de sécurité, la cartographie des impacts fait écho à la méthodologie des risk managers. « Nous préconisons d’anticiper les scénarios les plus impactants, en évaluant leurs conséquences financières ou réputationnelles. Si l’entreprise a en permanence un oeil sur ses vulnérabilités, elle pourra réduire le risque », estime Philippe Cotelle, président de la commission systèmes d’information de l’Amrae, qui a également participé à la rédaction.

Dossier: Cybersécurité : les entreprises contre-attaquent

Valorisation du risque

Autre pilier d’une stratégie visant la protection, la défense et la résilience, la capacité à tenir sur le long terme. « La démarche en faveur de la sécurité doit être tenable dans le temps, ce qui se révèle compliqué, car le numérique évolue en permanence. Pour cela, l’organisation doit se donner les moyens d’être agile et performante », prévient Fabien Caparros.

Outre le rappel des enjeux et une boîte à outils, le guide insiste sur la notion de valorisation de la prise en compte du risque cyber. « Cela suppose des investissements conséquents, mais, en retour, l’entreprise sera perçue comme un partenaire de confiance par ses clients et ses investisseurs », souligne Philippe Cotelle.

L’une des caractéristiques du risque cyber étant sa transversalité, « Maîtrise du risque numérique, l’atout confiance » est destiné à tous : dirigeants, gestionnaires des risques, directeurs des systèmes d’information, responsable de la sécurité des systèmes d’information, mais aussi responsables métiers, directeurs des ressources humaines, directeurs financiers, etc. « Le but n’est pas d’avoir un discours suscitant la peur et prônant le tout sécuritaire, mais de rappeler que si la maison brûle, nous avons les outils pour la protéger et mettre en sécurité ses occupants », conclut Brigitte Bouquot.

« L’Amrae continue à évangéliser les entreprises éloignées du risk management »

« La complémentarité de l’Anssi, sur les volets techniques et normatifs, et de l’Amrae, sur les aspects stratégiques et de gouvernance, n’a cessé de se resserrer ces dernières années. Dans ce guide exhaustif, l’Anssi apporte sa culture héritée d’un environnement étatique, voire militaire, là où l’Amrae continue à évangéliser les entreprises éloignées du risk management. Notre objectif commun est de faire en sorte que notre écosystème mette en place toutes les conditions d’une confiance numérique. » Brigitte Bouquot est présidente de l’Amrae

« Le numérique représente un vecteur de menaces toujours plus destructrices »

« L’Amrae et l’Anssi n’ont pas la même approche du risque numérique et parlent des langages différents, mais nous partageons une ambition commune : nous glisser dans la peau de la cible et répondre à ses préoccupations. L’enjeu est majeur à l’heure où le numérique représente autant une source d’opportunités qu’un vecteur de menaces, toujours plus sophistiquées et destructrices. Le risque zéro n’existe pas, mais ce livre entend être au côté des entreprises dans une logique d’amélioration continue. » Guillaume Poupard est directeur général de l’Anssi

Julie Le Bolzer

Je remercie la rédaction des Echos de m’avoir permis de proposer dans une tribune des pistes de réflexion sur la Fonction Risk Manager.

Je remercie la rédaction des Echos de m’avoir permis de proposer dans une tribune des pistes de réflexion sur la Fonction Risk Manager. Des Risk Managers plus influents sont en effet le meilleur atout des entreprises pour lever ou atténuer les risques et éviter les situations de gestion de crises. 

Pour en savoir plus, je vous renvoie à l’ouvrage  » La Fonction Risk Manager. Organisation, Méthodes et Positionnement » que j’ai co-écrit avec N.Dufour ; paru en avril 2019 aux Editions Gereso. 

TRIBUNE

Opinion | Propositions pour une fonction «risk manager» plus influente

Meilleur atout des entreprises pour lever ou atténuer les risques et éviter les situations de gestion de crises, les risk managers semblent pourtant bien discrets et dotés d’une autorité relative les cantonnant au mieux à une logique de conseil interne sur des risques importants. (Par Caroline Aubry, maître de conférences en gestion à l’université Toulouse-III)

Par Caroline Aubry (maître de conférences en gestion à l’université Toulouse-III)

Publié le 18 déc. 2019 à 9h39

Mis à jour le 18 déc. 2019 à 9h40

Multiples cyberattaques subies par Airbus, plainte contre la BNP Paribas et ses anciens dirigeants pour complicité de torture, crimes contre l’humanité, génocide, blanchiment et recel au Soudan ou encore incendie de l’usine Lubrizol, Volkswagen et le Dieselgate avec l’ouverture du procès, Renault-Nissan et l’incarcération de Carlos Ghosn, Lactalis et le lait contaminé pour ne citer que les affaires les plus médiatiques, cette actualité voit réunis les cinq facteurs qui ont fait du risque une variable stratégique de la réflexion des entreprises françaises : élargissement du domaine du risque, prise en compte de la subjectivité du risque, transfert de certains risques des assureurs vers les entreprises, affaires, rôle des acteurs-amplificateurs que sont le régulateur-législateur et les médias.

Depuis trente ans, ces facteurs ont conduit les entreprises françaises à mettre en place une démarche globale de gestion des risques, nommée Enterprise-Risk-Management (ERM) par les Anglo-saxons ; ils ont contribué à la création d’une fonction dédiée à la gestion des risques, que nous appelons Fonction Risk Manager.

Une Fonction Risk Manager détentrice d’une faible influence sur la décision

Les Risk Managers corporate à la tête des directions de gestion des risques rencontrent de nombreux obstacles pour se faire entendre de leurs directions générales. Une première série entrave l’exercice même d’un rôle « d’architecte » de la gestion des risques : ce que les Risk Managers corporate appellent l’illusion de transversalité de leur périmètre d’activité (« Une identification des risques à 360° » soit tous les risques, sur l’ensemble des activités, actifs et entités de leurs groupes) les amène à reconnaître qu’il y a des « zones grises » liées à la taille de leur groupe et que tous les risques ne sont pas remontés ; ce d’autant plus qu’ils font face à un manque de moyens humains et budgétaires ; le poids de la sanction venant de la direction pèse également sur leur prise de décision ; leur challenge est en effet de « prendre le maximum de risque avec le maximum de sécurité, car sinon on ne vous le pardonnera pas. »

D’autres obstacles rendent leurs relations avec la direction générale complexes voire difficiles : ils se sentent dessaisis du processus de remontée des informations et peu écoutés ; la remontée des informations est indirecte et se fait via un rattachement hiérarchique souvent situé à plusieurs intermédiaires de la direction générale et rarement membre du comité exécutif ; elle est « faiblarde » en termes de contenu, d’outils et de fréquence ; ils craignent particulièrement lorsqu’ils sont rattachés au directeur financier, au contrôle interne ou à l’audit interne, de ne pas avoir de liberté de pensée.

Une troisième série vient du manque d’implication de la direction générale : non-reconnaissance de la nature stratégique de la gestion de risques dont il est difficile d’évaluer le coût, ses objectifs étant difficilement mesurables et sans référentiel ; communication externe vécue comme un exercice de conformité via le document de référence, communication interne autour de la fonction peu pratiquée ; faible fréquence de réunion des comités de risques, ce qui les réduit à un outil sans autorité. Pour exercer leur autorité, les Risk Managers corporate doivent conquérir une légitimité.

Des Risk Managers corporate en quête de légitimité

Trois pistes peuvent être proposées. Un rattachement hiérarchique, sur le modèle du Chief Risk Officer américain, le plus proche de la direction générale et autre qu’à la direction financière ou au contrôle interne leur donnerait la liberté de remonter directement des informations non censurées. Une mesure de leur activité via des objectifs (de gouvernance, de contrôle stratégique, opérationnels) quantifiés et des indicateurs adéquats déclencherait la reconnaissance de la valeur ajoutée de la fonction et l’implication de la direction générale.

Gageons que des moyens humains et budgétaires suivraient. Une montée en puissance de leurs compétences grâce à leur expertise permise aujourd’hui par l’existence de formations supérieures (Master 3ème cycle, formations de l’Association pour le Management des Risques et des Assurances dans les Entreprises par exemple), l’expérience accumulée en une quinzaine d’années d’existence de la fonction, leur sens du relationnel et la connaissance de l’activité, du groupe et des opérations leur feront gagner en légitimité personnelle et faciliteront leur accès à la direction générale.

 

Le métier de Risk Manager est-il fait pour vous ?

Un grand merci à Philippe Roux pour m’avoir proposé de partager ma connaissance du métier encore peu connu de Risk Manager. Métier en émergence qui cherche à accroître son influence sur la décision. Challenge passionnant !

Ce partage de connaissance est également l’occasion de présenter l’ouvrage que j’ai co-écrit avec Nicolas Dufour sur la Fonction Risk Manager intitulé : « La Fonction Risk Manager. Organisation, méthodes et positionnement » ; parue en avril 2019 aux Editions Gereso.

Voici l’article : https://www.strategik.net/blog-iso-9001/risk-manager/

Le périmètre d’activité des Risk Managers ne cesse de s’élargir

Les Risk Managers travaillent de plus en plus sur tous les risques, soit une « identification des risques à 360°. » 

Que vient faire un directeur des risques dans une table ronde sur la transition écologique ?

Le changement climatique génère trois types de risques majeurs pour les entreprises :

1) les risques de responsabilité si elles ne sont pas capables de tenir leurs engagements de réduction drastique de leur impact environnemental et de réalisation de l’objectif zéro carbone.

2) les risques d’adaptation, car le dérèglement climatique à proprement parler n’est plus un risque mais une certitude dont nous ressentons déjà des effets. Les entreprises multinationales seront exposées à des aléas de plus en plus fréquents dans l’ensemble de leur chaîne logistique et doivent considérablement améliorer la résilience de leurs activités.

3) plus difficiles à appréhender, les risques de transition, liés aux changements profonds de l’écosystème dans laquelle l’entreprise évolue et leurs conséquences sur le modèle de croissance de l’entreprise. Aucune entreprise ne sera à l’abri de ces mutations.

Les directions des risques jouent un rôle essentiel pour sensibiliser les dirigeants des grandes entreprises sur ces risques, les aider à formuler des scénarios pertinents à moyen et long terme, et à les pousser à l’action pour prévenir les risques, et exploiter les opportunités de développement qui se présentent.

L’ampleur du changement climatique, tout comme la rapidité de la révolution numérique, nous forcent à revoir le mode de fonctionnement de nos entreprises.

Face à des incertitudes croissantes et des discours anxiogènes, la tentation de se replier sur les certitudes du passé est grande. Nous devons au contraire entretenir le dialogue avec les parties prenantes, faire confiance à notre intelligence collective, faire preuve d’audace et privilégier la décision, dans le cadre d’une stratégie à long terme intégrant tous les enjeux économiques, sociaux et environnementaux.

Nous devons prendre des risques calculés aujourd’hui pour éviter des conséquences incalculables demain.

Un grand merci à @brunepoirson et à l’ @Institut_CR pour cette rencontre !

Implication des collaborateurs dans la démarche de gestion des risques. L’exemple du Cyber risque.

L’identification du risque et la mise en place de plans d’actions sont des étapes « classiques » de la démarche de gestion des risques. Orienter la démarche vers les opérationnels, les prendre en compte et les sensibiliser au risque est moins fréquent. Cela favorise pourtant une culture d’apprentissage et une pro-activité indispensables à la mise en place d’une démarche globale de gestion des risques. Pour une description de la démarche de gestion des risques en cinq étapes, voir Aubry, 2013.

Yann Girard propose de faire des collaborateurs la première ligne de défense de l’entreprise contre la cybercriminalité en les sensibilisant et en les impliquant dans la mise en oeuvre de la démarche.

Cybercriminalité : les collaborateurs, première ligne de défense de l’entreprise

Publié le 16 octobre 2018

Yann Girard

Chief Information Security Officer / Retail BanksFrance

 

Le nombre d’entreprises victimes de fraudes cybercriminelles ne cesse d’augmenter, elles sont des cibles privilégiées quelle que soit leur taille. Ainsi près de 80 % des entreprises ont constaté au moins une cyber-attaque en 2017, 77 % sont des petites et moyennes entreprises. Les conséquences, nous le savons, peuvent s’avérer parfois désastreuses.

Si le vecteur d’attaque est d’origine technologique et parfois extrêmement sophistiqué, la participation involontaire des victimes est la plupart du temps nécessaire au succès des opérations frauduleuses. Les cybercriminels s’appuient sur notre méconnaissance des outils, nos biais cognitifs et notre manque de vigilance pour arriver à leurs fins.

 Avant d’être technologique, la réponse à ce problème passe donc avant tout par la sensibilisation de chacun des collaborateurs de l’entreprise.

 Les 4 scénarios d’attaques suivants, fréquemment observés par les équipes de spécialistes antifraude Société Générale, peuvent ainsi être facilement évités si nous développons les bons réflexes :

–       La fraude au président : demande urgente et confidentielle d’un prétendu responsable hiérarchique ou d’une autorité pour effectuer un virement inhabituel en dérogeant exceptionnellement aux procédures internes. Dans un tel cas, une vérification auprès de sa hiérarchie s’impose.

–       Le fournisseur transmettant de nouvelles coordonnées bancaires pour régler sa prochaine facture. La demande est là aussi loin d’être neutre et nécessite un contre-appel à votre fournisseur pour vérifier s’il en est bien l’émetteur, et une vigilance sur la nouvelle domiciliation bancaire.

–       L’appel d’un faux support informatique, pour prendre le contrôle de votre PC à distance afin de réaliser des tests. Objectif : installer un logiciel qui permettra à l’attaquant de commettre des fraudes, voler vos données ou les détruire. Il est donc essentiel de s’assurer de l’identité de l’interlocuteur, et de la légitimité de l’opération.

–       Le troyen bancaire, reçu dans un mail de phishing souvent anxiogène ou promotionnel, qui vous incite à cliquer sur des liens ou des pièces jointes. Encore une fois, le risque est qu’un logiciel malveillant s’infiltre dans votre système d’information. Les mails sont le premier vecteur d’attaques, méfiance donc vis-à-vis des pièces jointes et des liens cliquables.

Ces scénarios d’attaques par ingénierie sociale sont très classiques mais fonctionnent encore malheureusement trop souvent : ils sont détectables et doivent éveiller notre vigilance. D’autant que les impacts peuvent être lourds, entre conséquences financières (jusqu’au redressement ou la liquidation judiciaire), et conséquences sociales et humaines (licenciements…).

D’où l’importance de sensibiliser les collaborateurs avant tout : ils doivent être conscients des menaces potentielles pour anticiper les scénarios d’attaques et protéger l’entreprise.

Identifiez ce qui est vital pour votre business, les collaborateurs les plus susceptibles d’être ciblés (trésoriers, équipes comptables…), et accompagnez- les en conséquence à travers des formations, des simulations, une charte de bonnes pratiques cybersécurité…

Société Générale organise par exemple chaque année ses Cybersecurity Hours, programme de conférences, ateliers pédagogiques et actions de sensibilisation à la Sécurité de l’Information. Elles ont lieu en octobre, pendant le mois européen de la Cybersécurité. Votre banque, dans son rôle de tiers de confiance, reste d’ailleurs un interlocuteur privilégié pour bénéficier de conseils et de recommandations sur ces sujets.

Nous ne pourrons jamais empêcher les fraudeurs d’essayer mais chacun d’entre nous peut leur compliquer la tâche voire déjouer leurs tentatives par des réflexes simples à acquérir et à entretenir. Déployer des solutions de sécurité en entreprise pour se protéger est nécessaire mais cela reste un investissement vain si les collaborateurs ne sont pas sensibilisés.

Cyber risque

Je vous propose deux articles sur le Cyber risque. Encore lui !

Le premier (Risques IT : Êtes-vous prêt pour la prochaine cyberattaque ?) préconise la mise en place d’une démarche de gestion des risques.

Le second (Le cyber-risque est (aussi) une affaire de Comex) va au-delà en préconisant la mise en place d’une gouvernance des cyber risques. Celle-ci semble bien (trop) ambitieuse dans la plupart des entreprises françaises, dans lesquelles la Fonction Risk Manager est encore une fonction en émergence mais l’auteur a le mérite de fixer l’objectif à atteindre.

Article 1 

Opinion | Risques IT : Êtes-vous prêt pour la prochaine cyberattaque ?

ALAIN-GABRIEL GOMANE / Senior Product Marketing Manager, MEGA International Le 12/10

Il y a un peu plus d’un an, Wannacry frappait lourdement de nombreuses entreprises et services publics. Cette attaque, provoquée par une simple absence de mise à jour, n’a pas connu d’équivalent depuis. Mais il pourrait ne s’agir que d’une période de calme avant la tempête.

Quoi qu’il en soit, il est indispensable pour toutes les organisations de gérer l’obsolescence de leurs applications, mais plus généralement, des risques IT, afin d’être moins vulnérables aux potentielles cyberattaques.

L’importance d’une culture de gestion des risques

Le développement des outils numériques engendre de nouveaux risques en matière de cyberattaques. Les hackers sont de plus en plus nombreux et usent de techniques toujours plus perfectionnées pour pirater leurs victimes. Selon des données de la Commission européenne, 80 % des entreprises de la zone ont déjà été touchées au moins une fois par une attaque depuis 2016, qu’il s’agisse de vol de données, d’actes frauduleux, ou de déstabilisations. Pourtant, les organisations n’ont pas toujours conscience du danger d’une cyberattaque. Et c’est seulement lorsqu’elles y sont confrontées qu’elles développent une culture de gestion des risques.

Par exemple, l’an dernier, le National Health Service (NHS) du Royaume-Uni a été victime d’un piratage. Cette organisation possédait un très grand parc informatique dont les machines étaient équipées de Windows XP, un système d’exploitation qui n’est plus mis à jour par Microsoft. Les pirates ont donc utilisé cette faille et sont parvenus à toucher cinquante hôpitaux. Ces derniers n’avaient plus accès à leurs applications de gestion des historiques médicaux, et n’étaient plus en mesure d’effectuer la moindre opération médicale ou chirurgicale pendant plusieurs jours. Mais NHS n’a pas été la seule victime de Wannacry. D’autres géants ont également été impactés à l’image de Vodafone, FedEx, Renault, Telefónica, le ministère de l’Intérieur russe ou encore la Deutsche Bahn !

Des organisations encore trop peu protégées face aux cyberattaques

Qu’il s’agisse de systèmes d’exploitation ou d’applications, les solutions informatiques peuvent comporter des failles qui ne sont pas toujours corrigées suffisamment rapidement par leurs éditeurs. Par ailleurs, nombreuses sont les organisations qui ne procèdent pas assez régulièrement aux mises à jour de sécurités. Face à elles, elles ont pourtant des cyberpirates qui justement exploitent ces vulnérabilités en utilisant notamment le phishing (usurpation d’identité au travers d’emails frauduleux) afin d’obtenir des données ou de l’argent, et créer des incidents ou interruptions de service.

Alors que les DSI sont bien au fait de ces risques, elles sont encore peu nombreuses à avoir déployé un véritable programme de gestion des risques IT. Cette situation s’explique par le fait que les mises à jour supposent de longues préparations qui consomment énormément de ressources. C’est ainsi qu’une faille peut être présente plusieurs mois avant qu’elle ne soit corrigée. Par ailleurs, les directions générales ont tendance à imposer un rythme de performance court-termiste et par conséquent opposé aux politiques de sécurité qui représentent des coûts, mais ne sont profitables qu’à moyen ou long terme. La sécurité est en effet vue le plus souvent comme un centre de coûts.

Faire de la DSI un centre de profits

Il serait intéressant de connaitre le coût d’une attaque informatique telle que Wannacry pour savoir ce que les victimes ont dû dépenser pour les enquêtes techniques, les honoraires de leurs avocats, les primes d’assurance. À cela pourraient également s’ajouter les coûts non quantifiables liés à l’arrêt d’activité ou à la perte de confiance de leurs clients. Enfin, on peut également se poser la question des efforts et ressources dédiées pour sécuriser les données clients, pour se mettre en conformité réglementaire (en particulier à la RGPD entrée en vigueur il y a quelques semaines) ou pour améliorer les dispositifs de cybersécurité… Si les victimes de Wannacry n’ont bien entendu pas communiqué sur ce montant, les conséquences existent bel et bien.

Pour tirer les leçons de cette attaque, les organisations, qu’elles en aient été ou non les victimes, ont tout intérêt à anticiper la prochaine attaque en préparant les conditions pour la contrecarrer. Il s’agirait de réduire au maximum le nombre de failles exploitables par les hackers, mais également de minimiser l’impact qu’une telle attaque puisse avoir sur toute l’entreprise.

Avant de corriger les failles, il est évidemment indispensable de les identifier. Créer un référentiel de toutes les applications ainsi que des technologies qui les supportent permet d’en maîtriser l’obsolescence. Une fois ce travail réalisé, la DSI peut choisir soit de migrer les technologies obsolètes vers de nouvelles versions plus sécurisées, soit de retirer de la circulation des systèmes applicatifs dangereux pour les redévelopper. Une autre option consiste à continuer l’utilisation de ces technologies obsolètes : la DSI devra alors déclarer et gérer les risques IT engendrés.

Lorsque les failles sont identifiées et qu’une décision a été prise, il deviendra nécessaire d’analyser l’impact potentiel des applications rendues indisponibles par une attaque. Cela passe par une analyse des processus et des fonctions de l’entreprise qui travaillent avec les applications potentiellement touchées. Afin de minimiser cet impact, il est impératif de mettre au point ainsi qu’implémenter un plan d’urgence.

Article 2

Le cyber-risque est (aussi) une affaire de Comex !

mardi 9 octobre 2018, par La Rédaction

Tribune. Selon un rapport publié par le Forum économique mondial de Davos en 2018 (1), la cybermenace se hisse désormais, pour les dirigeants, à la troisième place des risques considérés comme les plus probables. Et c’est naturellement cette perception qui pousse ces mêmes dirigeants à ne plus les ignorer. Par Hervé Ysnel, CGI Business Consulting

Les dirigeants ne tournent plus le dos devant la cybermenace. D’une part, les cyber-risques ont gagné en visibilité médiatique – aucun dirigeant d’entreprise ne veut faire la une des journaux télévisés sur ces sujets ! -, qu’il s’agisse de fuites de données ou d’interruptions brutales d’activité. D’autre part, les défaillances des entreprises en matière de cybersécurité entament fortement leur réputation, l’image, le capital confiance et in fine, ont un impact sur leur performance financière. Comment ne pas citer Saint-Gobain qui a vu fondre son chiffre d’affaires de plus de 200 millions d’euros suite à l’attaque NotPetya ou Equifax qui a perdu les données personnelles de ses clients et par ricochet 35 % de sa valorisation en quelques jours. Le lien entre cybersécurité et valorisation financière n’est plus à faire. Des agences (2) de notation se sont positionnées sur ce créneau en attribuant désormais une note au niveau de cybersécurité.

Ce sujet qui empêche les dirigeants de dormir…

Dans un contexte tendu où la menace est chaque jour plus prégnante, il est plus que temps pour les entreprises d’adopter une réelle gouvernance du cyber-risque. Jusqu’ici, le terme même de gouvernance était employé à tort. Les organisations se contentaient plutôt de réduire (3) le risque avec des projets et plans d’actions de responsables de la sécurité des systèmes d’information (RSSI) souvent très compétents mais ayant rarement l’oreille du Comex pour y trouver budgets et prise de décision stratégique.

Quand on parle de gouvernance, il faut l’entendre selon la célèbre maxime militaire, “gouverner, c’est prévoir”. La cybermenace pèse désormais tellement sur l’avenir d’une organisation qu’elle doit nécessairement s’inviter dans les discussions des conseils d’administration. La prise de décision doit en effet remonter dans les plus hautes sphères de l’organisation. L’objectif n’est pas simplement de prévenir mais aussi de garantir la conformité, alors que de plus en plus d’instances, nationales ou internationales, légifèrent et poussent les entreprises à agir plus concrètement.

Vers une nouvelle organisation

Partons de ce postulat : toute entreprise est susceptible de connaître un incident majeur lié à la cybersécurité. Celles qui s’en sortiront (sans trop de dommages) seront celles qui auront anticipé. Anticiper, cela signifie par exemple prévoir des plans de continuité d’activité et de gestion de crise. Il est donc primordial que le Comex s’intéresse à ce sujet pour ajuster son niveau d’implication et se positionner dans la prise de décision et le pilotage des crises.

Au-delà, il est également essentiel de nommer un responsable du risque cyber au Comex. Un grand groupe bancaire a d’ailleurs récemment intégré dans son comité de direction un représentant de la sécurité en la personne d’un ancien Général. Preuve que la prise de conscience germe, lentement mais sûrement. De nombreuses entreprises suivent cette démarche en faisant porter le risque cyber à un acteur de la sûreté, de la conformité, du contrôle… Le choix se faisant principalement selon l’organisation et le secteur d’activité de l’entreprise.

La nécessaire évolution du pilotage du risque

Si le sujet des cyber-risques gagne en visibilité au sein des sphères dirigeantes, une stratégie nouvelle va devoir être définie et impulsée. Car pour décider, les dirigeants doivent pouvoir disposer de toutes les données de l’équation. Un exemple : faut-il lancer rapidement un produit potentiellement vulnérable ou faut-il au contraire prendre du temps pour aboutir à un produit plus fini et risquer de perdre des parts de marché ?

De fait, les responsables du cyber-risque doivent arriver avec de nouvelles approches, telles que des méthodes d’appréciation ou d’analyse de risque global et plus de quantification (4) normée des risques. L’enjeu consistant au final à rapprocher des risques de natures différentes et travailler de concert avec les autres fonctions de défense de l’entreprise : contrôle interne, audit interne, risk management… Le concept d’Entreprise Risk Management (ERM) prend alors tout son sens.
Selon la même logique, les reportings doivent évoluer, dans la forme et le fond. Les indicateurs doivent pouvoir répondre aux questions des dirigeants, aussi bien sur les dépenses en sécurité que sur les activités clés à maintenir en cas d’incident, la conformité à la réglementation ou les pratiques d‘acteurs semblables (il faut pouvoir se positionner !).
Cette petite révolution est bien sûr bousculée par le numérique et les avancées qu’il permet en matière de gestion des cyber-risques. La digitalisation de la fonction de RSSI est en marche : les outils de GRC (Gouvernance-Gestion des risques-Conformité ou Governance-Risk Management-Compliance en anglais) automatisent de nombreuses tâches pour permettre, dans un futur proche, couplé avec le SOC (Security Operation Center), un suivi en temps réel du cyber-risque. Ainsi, la numérisation va conditionner la qualité et l’efficacité de la mission réalisée par le représentant du cyber-risque et donc sa capacité à répondre aux besoins de ses dirigeants.

(1) https://www.weforum.org/reports/the-global-risks-report-2018

(2) Les agences BitSight ou Ratingcy par exemple, ou Cyrating en Europe

(3) En complément de la réduction du risque, le transfert du risque à un Tiers et principalement à la cyberassurance prend son envol depuis quelques mois

(4) Les méthodes d’analyse de risque cyber font de plus en plus appel à la quantification financière des incidents et des risques ce qui facilite la comparaison entre des risques de nature différente.